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Message de Monsieur Etienne Tshisekedi sur la situation actuelle au Congo
(Eurovillage, Bld Charlemagne, n° 80, 1000 Bruxelles)
Réf.: RBL/UDPS/PN/006/01
Mesdames et Messieurs, Mes Chers Compatriotes,
Tout le monde est au courant de l’événement que vient de vivre mon Pays, le Congo. Nous qui avons toujours été les disciples de la non violence en politique, nous regrettons amèrement que la violence ait servi à la disparition de M. Kabila. Nous profitons de cette occasion pour présenter à sa famille nos très sincères condoléances.
Mais en même temps, cette disparition est un événement politique majeur dans l’histoire du Congo. C’est une page qui doit être tournée dans notre histoire. Et mon message de ce jour consiste à tirer les conséquences de cet événement.
Au Peuple Congolais, je rappelle que la liberté ne se donne pas, mais qu’elle s’arrache. Que le Peuple Congolais se souvienne de la longue lutte qu’il a engagé depuis 1980 pour se libérer de la dictature de M. Mobutu. Qu’il se souvienne aussi qu’il y a eu des victimes pour cette libération et que nous avons pu arracher, le 24 avril 1990, le pluralisme politique, donc la démocratie qui était notre aspiration profonde.
Notre Peuple a démontré par cette lutte son attachement aux libertés fondamentales qui caractérisent la civilisation du monde moderne. Rappelons-nous que, malheureusement, M. Kabila, sans la légitimité ad hoc, avait interdit l’expression des libertés des activités des partis politiques. Je demande donc à notre Peuple en général et à l’UDPS, mon Parti en particulier, de mener librement, à partir de ce jour, les activités politiques comme par le passé, puisque nous ne les avons jamais interrompues.
Par ailleurs, je demande à notre Peuple, au moment où la dernière guerre qui a déchiré notre Pays et plongé notre Peuple dans la misère la plus noire, prend fin, de revenir à l’esprit de réconciliation nationale qui avait caractérisé la Conférence Nationale Souveraine. Il faut que tous les Congolais apprennent à se pardonner, à mettre la croix sur ce qui vient de se passer et à ne considérer que l’unité, la solidarité et la réconciliation politique que nous a léguées la Conférence Nationale Souveraine.
Aux belligérants, je dis que la cause principale pour laquelle la lutte armée avait été déclenchée dans notre Pays n’existe plus. Par conséquent, il n’y a plus de raison de se battre sur notre territoire. C’est pourquoi je leur demande, encore une fois de plus, de déposer définitivement les armes car elles sont sans objet, et de nous mettre le plus rapidement possible, tous ensemble, en vue d’appliquer les Accords de Lusaka dont la finalité connue de tous est la sortie de la grave crise congolaise.
Aux voisins qui sont parmi les belligérants, je demande la même chose qu’à notre Peuple, c’est-à-dire d’oublier le passé, de pardonner et d’envisager uniquement l’avenir de notre Sous-région que nous voulons prospère, grandiose et prometteuse d’un meilleur avenir. C’est pour cette raison que j’insiste et demande aux pays frères et voisins qui étaient impliqués dans cette guerre d’aider le Peuple Congolais à introduire dans le pays la culture de la paix et du dialogue ainsi que de construire un Etat libre et démocratique au cœur de l’Afrique. Un Congo fort apportera sa part de responsabilité dans l’édification de notre Sous-région, laquelle connaît trop de retard par rapport aux autres sous-régions africaines.
Au Secrétaire Général des Nations Unies, je demande de tirer toutes les conséquences de cette fin des combats et de prendre toutes les dispositions afin de déployer le plus rapidement possible les troupes de maintien de paix en attendant que les Congolais parviennent à régler leur problème de sécurité grâce au dialogue prévu par les Accords de Lusaka.
A la Communauté Internationale, je demande qu’elle continue à soutenir les efforts des Congolais et de leurs voisins afin que, non seulement la paix revienne dans ces pays, mais surtout que cette sous-région puisse se reconstruire grâce à leur coopération et se développer en harmonie avec les autres régions de l’Afrique.
Aux leaders des groupes au Dialogue Intercongolais, c’est-à-dire le parti de M. Kabila, le RCD/Goma, le RCD/Bunia, le MLC ainsi que l’Opposition démocratique dont je suis déjà le porte-parole, je demande que nous nous trouvions, dans le plus bref délai, à la date et au jour fixés par le facilitateur, M. Masire, à Gaberone, autour de ce dernier pour préparer le Dialogue Intercongolais, et voir dans quelle mesure nous pouvons venir en aide à notre Peuple meurtri par plus de deux ans de guerre.
Je vous remercie.
Ainsi fait à Bruxelles, le 18 janvier 2001
Etienne Tshisekedi Wa Mulumba Président National de l'UDPS et Chef de file de l'Opposition démocratique congolaise [Page principale] [Home page] [Nos leaders] [National leadership] | |