Proposition
d’un plan de règlement définitif du conflit armé entre le Rwanda et la
République Démocratique du Congo
Bref
rappel historique des faits
Nous sommes en 1994. Le
Rwanda, la Suisse d’Afrique, pays aux mille collines est en guerre civile
depuis quatre ans. Cette guerre oppose le Gouvernement du président Juvénal
Habyarimana, de l’ethnie Hutu, majoritaire, au Front Patriotique Rwandais
(Fpr), dirigé par un Tutsi, Paul Kagame.
Le Fpr, monté et mis en oeuvre à partir de l’Ouganda, sa base arrière, se
rapproche dangereusement de Kigali dont les faubourgs sont tenus par les soldats
français dans le cadre d’un accord de coopération militaire liant le Rwanda
à la France.
Pendant
ce temps, une mission de maintien de paix de l’Onu commandée par le canadien
Roméo Dahler est à pied d’oeuvre au Rwanda pour appuyer les négociations
politiques en cours à Arusha en Tanzanie, en vue d’un partage des pouvoirs
politique et militaire entre protagonistes rwandais. C’est dans ce contexte
qu’un contingent belge assure la garde et la sécurité des officiels
politiques à Kigali.
Et c’est en revenant de Arusha le 6 avril 1994, après avoir signé les
documents finals du partage des pouvoirs, à la grande désapprobation des
siens, que le Président Habyarimana est assassiné, l’avion le
transportant accompagné de son homologue burundais Ntariyamira est abattu peu
avant son atterrissage à Kigali. C’est le début du génocide d’ environ 2
millions de tutsi et hutu modérés du Rwanda, perpétré par les éléments des
Forces Armées Rwandaises (Far) et des miliciens pro gouvernementaux dits
Interahamwe avant leur fuite au Zaïre et la prise du pouvoir à Kigali par le
Fpr.
Ces deux groupes (ex Far et Interahamwe), évalués à environ 45 mille
personnes et contenant en leur sein les génocidaires, vont se déverser au Zaïre,
(Rdc) via les villes de Goma et Bukavu en vidant le Rwanda de tous ses biens et
avoirs.
Des innocents en nombre indéterminé, véritables boucliers humains,
seront charriés par cette vague de peur intense entretenue par les génocidaires.
Ce sont eux qui remplirent les camps des réfugiés tout au long de la route
Bukavu-Birava-Katana-Goma-Rutshuru. Des camps devenus célèbres comme ceux de
Mugunga, Buindi, Inera-mulungu, Kavumu, Kibumba ;
L’histoire retiendra que les génocidaires ont été couverts dans leur fuite
par les gouvernements zaïrois (Kengo) et français dont le premier ministre,
Edouard Balladur, atterrira personnellement à Goma en juillet 1994 pour
avaliser « l’opération turquoise », opération d’appui aux dignitaires du
régime déchu.
Les locataires de ces camps ont été pris en charge par le Haut commissariat
des Nations Unies pour les réfugiés (Hcr) et gardés par les soldats congolais
coiffés de casques bleus.
L’avènement de l’Afdl qui va hisser au pouvoir à Kinshasa, Laurent Désiré
Kabila en 1997, va permettre la traque et même le massacre d’un grand nombre
de ces innocents, notamment à Tingitingi et à Mbandaka tandis que la plupart
des chefs génocidaires, friqués, recherchés par le Tribunal pénal
international (Tpi) de Arusha vont se retrouver à l’abri en Afrique et en
Europe. Les rescapés de ces massacres, génocidaires et autres, évalués à
environ 25000 personnes, dispersés dans la forêt dense congolaise et dans
certains pays voisins de la Rdc, ont fini par s’organiser et se structurer
jusqu’à se retrouver tous à l’intérieur de la Rdc, grâce aux changements
des alliances intervenus au sein de l’Afdl. Depuis 1998, ils sont entretenus
et utilisés par les hommes politiques de tout bord selon les intérêts
financiers, politiques ou géostratégiques, malheureusement très mouvants,
dans la sous-région.
C’est ce groupe d’hommes et de femmes, qui, 10 ans durant, peuplent nos forêts,
nos savanes et certaines de nos villes, détruisent tout, absolument tout dans
l’environnement qu’ils occupent, empoisonnent les relations entre le Rwanda
et la Rdc et constituent ce fonds de commerce inépuisable pour certains
politiciens véreux. Ils auront été l’alibi, le prétexte, la raison ou la
cause de la crise profonde qui secoue la Rdc et qui risque de l’emporter définitivement
comme nation et comme Etat.
La problématique
Interahamwe et la paix en Rdc
Le génocide des 2 millions de Hutu et Tutsi modérés rwandais a secoué la
communauté internationale reconnue responsable de n’avoir rien fait pour
l’empêcher. Des hautes personnalités des Nations Unies ont même été citées
nommément pour leur responsabilité personnelle.
Le général canadien Roméo Dahler, commandant des forces de l’Onu au Rwanda
à l’époque des faits, l’a maintes fois stigmatisé dans ses écrits.
Le Tribunal pénal international (Tpi) pour le Rwanda a été institué et des
procès des génocidaires présumés s’y déroulent. Le Tpi recherche des présumés
génocidaires supposés se cacher dans certains pays, dont la Rdc.
La Belgique, par la bouche de son Premier Ministre, Guy Verhofstadt, a demandé
pardon au Rwanda, pour son rôle dans ces tristes événements ; c’était à
l’occasion des cérémonies marquant la commémoration du 10è anniversaire du
génocide au stade Amahoro à Kigali en avril 2004.
La France vient d’accepter qu’une commission d’enquête mixte
France-Rwanda, puisse établir les responsabilités éventuelles des uns et des
autres dans ce génocide.
L’accord de Lusaka pour un cessez le feu signé par les belligérants
congolais, dont le gouvernement de Kinshasa et qui précise en son chapitre 9
relatif au désarmement des groupes armés le traitement sans équivoque réservé
aux ex-Far et Interahamwe, procède de la même logique d’en finir avec ces
derniers. Mais l’incorporation de cette question dans un accord entre
congolais et dont les témoins sont l’Union Africaine, les Nations Unies ainsi
que tous les pays régionaux protagonistes dans la crise congolaise, montre à
suffisance le lien direct qui existe entre le règlement de cette affaire et la
paix en Rdc.
Certains n’ont pas encore compris que « le Protocole d’accord entre le
gouvernement de la Rdc et la République du Rwanda sur le retrait des troupes
rwandaises du territoire congolais et le démantèlement des ex-Far et
Interahamwe en Rdc », signé à Prétoria entre Joseph Kabila et Paul Kagame,
constituait un piège à rats tendu à la Rdc. Et ce piège fonctionne jusque-là,
à merveille, à la grande satisfaction du Rwanda mais aussi de celle de
quelques spéculateurs irresponsables congolais qui considèrent le pouvoir
comme outil d’enrichissement et don t le théâtre s’appelle la Rdc.
La Libre Belgique (16-17 octobre 2004), titrait à juste titre « Kinshasa et
Kigali, alliés contre la paix » en relevant d’une part la menace tutsi comme
alibi à Kinshasa et d’autre part les forces négatives comme fonds de
commerce pour Kigali.
Il importe donc de s’attaquer sans complaisance à cette épine dénommée ex
Far-Interahamwe en rendant la Rdc propre pour l’intérêt du Congo. Toute
subordination du règlement par les congolais de cette question à une
solution interne au Rwanda est non
seulement contre productive
mais aussi traduirait le caractère nocif d’une démarche basée sur
l’extraversion des intérêts de la Rdc.
Proposition
d’un plan de règlement définitif du conflit
Retrait immédiat et sans
condition du territoire de la Rdc, des troupes régulières du Rwanda. La Monuc
et l’Union Africaine sont chargées de la certification de ce retrait. Durée
de l’opération : 7 jours.
Identification et localisation
par le gouvernement de transition de la Rdc des sites devant abriter des camps
de regroupement volontaire des ex Far-Interahamwe. Ces sites seront précisés
pour chaque province, en les rapprochant le plus possible des milieux
actuellement investis par les concernés. Le gouvernement de la Rdc fera la
proposition de localisation des sites à l’Assemblée Nationale pour
approbation et publication. Durée de l’opération : 15 jours.
Mise en place par la Monuc et
les autres agences des Nations Unies concernées, des dispositifs de sécurisation
et de viabilisation des sites localisés. Affectation aux différents sites du
personnel Nations Unies approprié. Durée de l’opération : 20 jours.
Lancement par la Monuc d’un
ultimatum aux ex Far-Interahamwe pour le regroupement volontaire dans les sites
identifiés en leur fixant pour ce faire un délai maximum de 10 jours.
Traque et désarmement forcé
des ex Far-Interahamwe demeurés hors sites officiels, 5 jours après expiration
de l’ultimatum. Cette opération sera menée par la Monuc et les Fardc. La fin
de l’opération sera certifiée par l’Union Africaine. Durée de l’opération
: 20 jours.
Remise au Tpi des génocidaires
présumés attrapés et rapatriement des autres au Rwanda, leur pays. Cette opération
est sous la responsabilité de la Monuc-Hcr-Tpi. Durée de l’opération : 7
jours après la fin de l’opération n°5.
Signature d’un accord de
paix entre le Rwanda et la Rdc. Cette opération sera supervisée par l’Union
Africaine et interviendra 10 jours après l’opération n° 6.
Fait à Kinshasa, le 12 Décembre
2004
Valentin Mubake
Conseiller Politique et Stratégique
du Président National de l’Udps