UNION
POUR LA DÉMOCRATIE
ET LE PROGRÈS SOCIAL




[Page principale] [Home page] [What's new?/Quoi de neuf?]

Lettre du Président National, E. Tshisekedi, à Roberto Garreton sur les accords de Lusaka

1. Au nom des forces du changement regroupées au sein de l'Opposition démocratique et au nom de l'Udps, je saisis cette occasion pour présenter à la Commission des Droits de l'Homme de l'Onu, au Secrétaire Général de l'Onu, aux gouvernements des pays amis, aux Organisations Non Gouvernementales ainsi qu'à tous les hommes épris de liberté, de paix et de justice, mes remerciements les plus vifs pour l'intérêt qu'ils ne cessent d'accorder à notre pays, afin qu'il retrouve la paix, la stabilité et surtout l'Etat de droit.

Nous réitérons nos remerciements à Monsieur Garreton pour le soutien qu'il n'a cessé d'apporter à la lutte pour la démocratie ainsi que pour toutes les pressions qu'il n'a cessé d'exercer toutes les fois que les membres de l'Opposition étaient détenus arbitrairement.

2. Dans le présent document, j'aborderai essentiellement la situation que connaît notre pays depuis la signature des accords de Lusaka jusqu'à ce jour. J'évoquerai les contours du dialogue national intercongolais tels que dégagé dans lesdits accord. Je terminerai par des considérations sur la situation de quelques cas de droits de l'homme relatifs aux partis et regroupements politiques.

3. Accords de Lusaka

C'est dans le souci de mettre rapidement un terme à la guerre civile et à la catastrophe humanitaire que j'avais initié un plan de paix que j'avais transmis à la Communauté Internationale et aux autorités de Kinshasa et dont je vous avais entretenu lors de votre visite de février dernier.

C'est donc avec joie que j'avais salué l'accord de Lusaka et que j'avais encouragé toutes les factions de l'Opposition armée à apposer leur signature sur lesdits accords.

Au niveau national, cet accord amène les conséquences ci-après :

3.1. L'arrêt immédiat des hostilités car nous n'avons ni le droit d'envoyer nos enfants à la mort ni celui d'utiliser nos maigres moyens à des fins militaires, encore moins celui d'assister impuissant à la destruction de la République Démocratique du Congo ou de voir toute l'Afrique Centrale s'embraser.

A cette fin, je me réjouis de l'envoi de premiers observateurs des Nations Unies.

3.2. L'envoi en République Démocratique du Congo d'une force d'interposition chargée de maintenir la paix et la sécurité pendant la période de transition jusqu'après les élections devant doter le pays d'un ordre constitutionnel et institutionnel librement choisi par le peuple et le retrait des troupes étrangères.

3.3. L'ouverture d'un dialogue entre le pouvoir en place, l'Opposition démocratique non armée et l'Opposition armée. Engagé sous l'égide de l'Onu, de l'Oua, de l'U.E. et de la Sadc, ce dialogue devra aboutir à un accord politique prévoyant :

a) l'élaboration d'un cadre juridique devant régir le pays pendant la période transitoire, la mise en place des institutions de la transition (Président de la République, Parlement de transition, Gouvernement d'Union nationale, une armée républicaine par la fusion de toutes les factions armées);

b) l'intervention du Conseil de Sécurité par voie d'une résolution contraignante pour offrir une garantie internationale de la bonne exécution de l'accord de paix et surtout du respect des résultats des élections à venir par toutes les forces politiques.

4. La question primordiale à résoudre en ce moment est celle de la désignation du facilitateur.

4.1. En ce qui me concerne, j'ai déjà exprimé mon appui à la communauté Sant' Eugidio qui s'est déjà investie dans ce dossier.

4.2. J'ai déjà aussi proposé les membres devant faire partie de la communauté préparatoire de "Praesidum".

4.3. Je crois aussi que les premières rencontres devraient naturellement se tenir au siège de cette communauté, à savoir à Rome.

4.4. La suite du dialogue sera déterminée de commun accord par les participants au dialogue qui adopteront leurs résolutions par consensus.

5. L'activité politique et les droits de l'homme

Au moment où la nation s'attendait à une ouverture politique, le pouvoir a surpris l'opinion avec deux initiatives malheureuses, à savoir d'abord la création des Comités de Pouvoir Populaire (Cpp) et le Décret-Loi du 29 janvier 1999 relatif aux partis et regroupements politiques.

5.1. En ce qui concerne les Comités de Pouvoir Populaire institués par le pouvoir en place, ils sont la reproduction fidèle des anciens "Comités MPR" et "JMPR", dans la mesure où ils étaient installés dans les quartiers et les entreprises.

Il ne s'agit ni plus ni moins que d'une tentative de faire ressurgir l'ancien Parti-Etat. C'est donc un anachronisme qui non seulement frise l'intégrisme mais aussi menace de replonger le pays dans un système à parti unique. Il s'agit donc d'un acte qui en rajoute à l'insécurité juridique dont le pays est victime.

5.2. En ce qui concerne le Décret-loi du 29 février 1999 sur les partis et les regroupements politiques, il constitue un verrouillage complet de l'activité politique.C'est à bon droit que les accords de Lusaka prévoient sa suppression.

Il importe de rappeler que les libertés fondamentales et les droits humains sont des valeurs universelles et inaliénables attachées à la personne humaine et que nul n'a le droit de confisquer.

Les partis politiques évoluant en République Démocratique du Congo fonctionnent sur base de la Déclaration Universelle des droits de l'homme - L'Udps créée le 15 février 1982 se réfère largement aux principes de la Charte Internationale des droits de l'homme. Certains partis d'Opposition ont vu le jour avant l'Udps, c'est le cas du MNC de Patrice Lumumba, créé le 5 octobre 1958 et du Palu d'Antoine Gizenga, créé en juillet 1964.

D'autres partis politiques congolais se sont constitués sur base de la Loi n°90-007 du 17 juillet 1990 revue et complétée par la Loi n°90-009 du 18 décembre 1990, notamment le Pdsc et le Fonus.

Je saisis d'ailleurs cette occasion pour vous remercier de votre efficace intervention en faveur de Monsieur Olengha Nkoyi.

Enfin, nous nous préoccupons des droits de l'homme en général et tenons à dénoncer les massacres des civils récemment au Nord-Kivu et à Kisangani où des innocents congolais ont payé le prix d'un affrontement entre deux pays étrangers.

Nous appuyons les rapports des différentes Ong des droits de l'homme ainsi que les dénonciations des arrestations des journalistes (tels Muamba wa Ba Mulumba), personnalités politiques (comme Joseph Kapika) et les activistes des droits de l'homme (tels Laurent Kantu). A ce sujet nous vous remercions pour l'action efficace du bureau sur terrain du Haut Commissaire aux Droits de l'Homme.

Nous avons épinglé particulièrement les cas propres à l'Udps dans les domaines ci-après :

1.Arrestations :

1) Joseph Kapika (Kinshasa) 2) Tabu Kalala (Lubumbashi)

2. Privations de liberté de sortir du pays par la rétention du passeport ou refus d'en accorder (voir annexe).

3. Cas de torture des membres de l'Udps (voir annexe).

Kinshasa, le 29 août 1999

Etienne Tshisekedi wa Mulumba
Président National de l'Udps
Chef de File de l'Opposition Démocratique


[Page principale] [Home page] [What's new?/Quoi de neuf?]