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[Page principale] [Home page] La visite actuelle de Kabila en Occident; une trahison nationale?Par Marc Kapend La volonté de changement exprimé par des congolais depuis les années 80, et qui eut comme point culminant la CNS, est claire en terme de démocratie par rapport à la dictature. Mais quant aux questions, quelle démocratie, quelles valeurs l`informent, comment la soutenir, quels objectifs de développement faut-il atteindre grâce à ce régime démocratique, etc., les réponses ne sont pas toujours aisées. Les mêmes puissances mondiales, responsables du sous-développement du Congo, de par le soutien, parfois inconditionnel qu`ils ont apporté aux régimes dictatoriaux, veulent aussi la démocratie pour les Congolais. Si les victimes et les responsables veulent tous la même chose, c`est probablement dans les objectifs à atteindre que réside la différence. Dans une analyse intitulée deux types de démocratie se disputent l`espace politique au Congo, nous avons tenté de décrire ce que nous appelions le type de démocratie désirable pour les Congolais; la démocratie de participation et la démocratie libérale qui servirait plutôt les intérêts du capital international. Espérant que cet écrit (disponible, en principe , dans le site UDPS.ORG, si cette banque de nos idées est tenue correctement) et d`autres analyses dans ce sens ont bien circulé, c`est avec optimisme que nous avons braqué nos regards à l`ouverture du DIC à Addis-Abeba. Mais, voilà que le 15 octobre 2001, la délégation gouvernementale claque les portes et fait capoter la tentative d`ajuster la tenue du DIC aux moyens budgétaires envisagés par le Facilitateur, en concertation avec les parties aux Accords de Lusaka. Aussitôt, c`est Kabila qui visite l`Amérique, la France, la Belgique puis encore l`Amérique, on peut se poser des questions sur la pertinence de cette intense activité diplomatique pendant le temps d`interruption du DIC. Celle-ci est-elle liée exclusivement aux moyens financiers ou s`agit-il aussi d`un report stratégique? Loin d`être évidente, la réponse à cette question ne peut être suggérée que par l`analyse des faits et gestes des acteurs sur la scène politique congolaise. Ils sont principalement de deux catégories : les acteurs nationaux et les acteurs internationaux. Les nationaux sont le gouvernement de Kabila, les groupes rebelles, l`opposition pacifique, des groupes de la société civile et des citoyens. Quant à l`extérieur, on a principalement les grandes puissances occidentales, détentrices des capitaux.; les E.U, la France, la Belgique, l`Angleterre, le Canada, etc. Tous ne s`agitent pas pendant cette période, mais il y en a bien, que l`attention braquée sur la guerre contre le terrorisme ne fait pas oublier le Congo, " heureusement ". Au niveau national, seul le gouvernement est en intense activité, une activité dirigée vers l`extérieur. Aux États-Unis, Kabila a été invité par les milieux d`affaires. Les assises du partenariat économique Amérique -Afrique, où il lui est demandé de libéraliser l`espace économique pour les affaires, Kabila a une réponse : si les forces étrangères non invitées sortaient du pays et les rebelles désarmés, mon pays redevient unifié et prometteur pour les affaires. Venant de Kabila, cette promesse est alléchante pour ceux qui, parmi les premiers veulent avoir la main mise sur le marché, les minerais et l`espace du Congo de demain. Il est aussi question que le Congo rejoigne la coalition contre le terrorisme, soit un gain d`espace militaire et de sécurité. En recevant Kabila, la famille Bush et ses amis, ne perdent donc pas leur temps. La France et la Belgique, qui s`empressent de recevoir Kabila au plus haut niveau, ont aussi des intérêts liés aux capitaux des hommes qui ont le pouvoir politique. Kabila cherche le soutien des milieux d`affaires et donc de leurs gouvernements. En retour, il promet à ces derniers que son gouvernement va travailler dans le sens de leurs intérêts. Dans quelle mesure ces intérêts sont-ils en harmonie avec les aspirations congolaises pour la démocratie? Au risque de nous répéter par rapport au discours de deux démocraties discordantes auquel nous faisons allusion si haut, restons centré sur l`interprétation des faits et gestes des acteurs, pour en tirer les conséquences sur la poursuite du DIC. Si d`une part, un groupe d`acteurs est dans une activité intense pendant l`interruption du DIC, et l`autre tout simplement dans l`attente de la reprise de celui-ci, il y a beaucoup de chance que le premier adopte une stratégie qui canalise le dialogue à son avantage. Le rapport des forces en faveur de la démocratie de participation qui s`est dessiné à Addis-Abeba risque d`être inversé. D`ailleurs, la discordance même sur le temps de pause qu`on se donne peut indiquer la divergence des préoccupations. Alors que Masire, le Facilitateur parlait d`un mois d`interruption. Ce n`est pas l`Afrique du Sud dont on attend qu`elle offre l`accueil, qui fixe le temps de reprise, mais ce sont, plutôt, les puissances citées ci-haut qui parlent d`une reprise " pas avant janvier "; soit deux mois et demi. Ce temps peut être suffisant pour acheter les consciences, briser ainsi l`alliance démocratique et inverser le rapport des forces au DIC. Ne dit-on pas déjà que Bemba est en favorable à l`idée de soutenir que Kabila soit légitimé Président de la République pour la transition? Une contre-stratégie devrait continuer à se maintenir grâce à la cohésion intelligemment entretenue des forces démocratiques nationales. L`achat des consciences en ce moment paraît insensé. C`est une entrave à la réflexion et à une démocratie conçue par des Congolais eux-mêmes. Car, le problème réel que les Congolais doivent chercher à résoudre au DIC sont d`ordre structurel et non une simple mise en place. C`est seulement en rapport avec les structures qu`auront défini les Congolais, qu`une mise en place conforme à l`intérêt national, pourrait intervenir. Un pays qui veut démarrer son développement devrait avoir la chance de décider en toute souveraineté sur ce qui convient, tenant compte de l`expérience vécue et des expériences des autres. Bien plus, il vaut mieux que les Congolais délégués au DIC discutent librement, pour prévenir la répétition de la violence. Ne combat-on pas mieux le terrorisme en écartant les causes des tensions, en créant un espace réellement démocratique? Celles-ci ont généralement pour sources des politiques d`exclusion, l`injustice sociale, l`absence des mesures d`intégration sociale, l`autoritarisme, l`inflexibilité politique, etc. dont les auteurs sont des gouvernants. Par contre, la démocratie et la paix au Congo signifient une extension du réseau des communications du monde libre, un déploiement tant des affaires que de l`humanité dans cette partie d`Afrique, une insertion réfléchie plutôt que passive à la mondialisation. En servant cette aspiration d`espace démocratique et de paix, le Congo participerait à l`intérêt universel pour la paix, la justice et le développement durable. Pourquoi alors ne laisse-t-on pas les Congolais résoudre leur problème structurel en toute souveraineté? Si l`homme est égoïste par nature, celui qui détient le capital l`est encore plus, dans la mesure où son profit ou l`accumulation de son capital signifie, bien souvent, aliénation des intérêts des autres. L`incapacité du Congo à développer un capital et une industrie nationale, est une occasion belle pour la prospérité du capital et de l`industrie étrangers. Pour un congolais, surtout en position de dirigeant, participer à l`effort de rendre les Congolais incapables de développer un capital et une industrie nationale, peut-être interprétée comme une trahison nationale. Voilà le jeu auquel Kabila, junior, s`offre, en boycottant le DIC ou en cherchant à le dévier des ses objectifs majeurs, avec le concours des grandes puissances. Il ne faut pas que les délégués au DIC se laissent faire. L`intérêt national doit être déterminé et poursuivi imperturbablement. Marc Kapend [Page principale] [Home page] | |