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[Page principale] [Home page] Udps : l' histoire d'un parti qui a oséLe landernau politique congolais est à ce point saturé qu'il apparaît difficile à première vue de démêler les vrais partis politiques des groupuscules opportunistes. Le lancement du processus de démocratisation en 1990, les opérateurs politiques retrouvent la liberté de parole et en usent avec une délectation telle qu'on n'en oublierait presque qu'il y a un parti qui, lui, n'a pas attendu que le maréchal Mobutu octroie, à la manière d'un prince, « sa » démocratie au peuple. L'Union pour la démocratie et le progrès social (Udps) a, en effet, fait pris le pari d'affronter la dictature mobutiste au plus fort de puissance, ce qui, à l'époque relevait de la témérité. Après la guerre de 80 jours, qui avait permis aux observateurs de constater la faiblesse du système de défense zaïrois, le président américain Jimmy Carter recommande vivement au président Mobutu une ouverture de son régime. C'est dans ce cadre que les élections législatives sont organisées en 1977, permettant ainsi aux « commissaires du peuple » élus de remplacer les « députés nationaux » nommés en 1975 par le chef de l'Etat. Dès son entrée en fonction, le tout nouveau « Conseil législatif » va exercer, parfois avec un zèle et une liberté insoupçonnée pour cette période, la plénitude de ses attributions de contrôle du gouvernement, en procédant à des interpellations des ministres qui sont restées légendaires dans la mémoire des Congolais. Devant la virulence des critiques, Mobutu se rend au parlement en 1980 où il félicite les parlementaires pour le travail abattu et ... interdit les interpellations ! Le dictateur ne s'arrête en si bon chemin : dans le dessein bien compris de réduire le parlement au silence, il crée le Comité central, un organe supérieur au Conseil législatif, composés de membres nommés par lui, et auquel il confie la mission de contrôler le gouvernement. Treize courageux députés ne l'entendent pas de cette oreille. Il s'agit de Etienne Tshisekedi wa Mulumba (Elu du district de Kabinda, province du Kasaï oriental), Makanda Mpinga Shambuyi, (Kabinda, Kasaï oriental), Paul Kapita Shabangi (Kasaï, Kasaï occidental), Gabriel Kyungu wa KumwanzaI(Lubumbashi, Katanga), Lusanga Ngiele (Likasi, Katanga), Mbombo Lona Kumpanyi (Kasaï, Kasaï occidental), Kanana Tshiongo wa Minanga (Kabinda, Kasaï oriental), Ngoyi Mukendi (Kananga, Kasaï occidental), Biringanine Mugaruka, (Bukavu, Kivu), Kasala Kalamba ka Bwadi (Kasaï, Kasaï occidental), Ngalula Mpandanjila (Kabinda, Kasaï oriental), Lumbu Maloba Ndiba (Tanganyika, Katanga) et Dia Onken A Mbel (Kwilu, Bandundu). Ils rédigent en décembre 1980 une « lettre ouverte au Président-fondateur du Mpr, président de la République », connue depuis lors l sous le nom de la « lettre de 52 pages ». Il s'agit en fait d'un réquisitoire sévère de l'action gouvernementale de Mobutu depuis sa prise de pouvoir. Les députés frondeurs dénoncent ainsi la concentration de tous les pouvoirs entre les mains d'une seule personne, le népoptisme et le détournement des deniers publics érigés en système de gestion de l'Etat, la précarité des conditions de vie de la population, la faillite de l'économie etc. Le 22 décembre, les services secrets perquisitionnent chez Ngalula Mpandanjila , confisquent la lettre de 52 pages avant qu'elle ne soit envoyée à son destinataire. Immédiatement après, douze des signataires sont arrêtés et internés à la cité de l'Oua, où ils seront rejoints par Kyungu qui, de Lubumbashi, s'était constitué prisonnier auprès du gouverneur. Déférés devant la commission de discipline du Comité central, ceux qui sont désormais qualifiés de «comploteurs de la Saint Sylvestre» sont démis de leur mandat et condamnés à 15 ans de prison, avant d'être relégués chacun dans son village natal suite aux interventions des pays occidentaux. Amnistiés en janvier 1982, ils se retrouvent à Kinshasa où ils fondent le 15 février leur propre parti, l'Union pour la démocratie et le progrès social, dont l'appellation est en soi tout un programme. Devant leur détermination, Mobutu accepte de négocier avec le groupe des « rebelles » et charge Vundwawe Te Pemako, alors ministre de l'Intérieur, de conduire les contacts. Le nouveau parti se structure. A sa tête est placé M. Kibassa Maliba Malese, un ancien membre du Bureau politique élu du Shaba en 1977, et qui avait également été condamné ppopur son appartenance au groupe des « Treize ». Il est secondé par Ngalula comme 1er vice-président, Marcel Lihau comme 2ème vice-président, Vincent Mbwankiem 3ème vice-président, Etienne Tshisekedi comme secrétaire national à l'Organisation, et Faustin Birindwa comme secrétaire national aux Finances. Mais les négociations tournent court, car les frondeurs exigent la démocratisation pure et simple du Zaïre, là où Mobutu espère les réintégrer au sein du Mpr parti-Etat. Des emprisonnements en relégation, les fondateurs de l'Udps vont subir un vrai martyr. Les prisons de Luzumu (Bas-Congo), Belingo (Province orientaleà ou Luiza (Kasaï occidental) deviennent pour eux des maisons d'habitation habituelle. Arrive 1987. A l'issue de la signature des Accords de Gbadolité, plusieurs ténors du groupe intègrent le Comité central et Kibassa est même nommé ministre des Sports. Restent Tshisekedi et Birindwa qui continuent la lutte, rejoints par des jeunes turcs tels que Bossassi Epole, Omer Nkamba, Moni Dela... Le plus grand haut fait de l'Udps sera de toute évidence l'organisation d'un meeting sur la place du pont Cabu par Etienne Tshisekedi lors de l'anniversaire de la mort de Patrice Lumumba le 17 janvier 1988. Exceptionnelle témérité qui lui valu d'être à nouveau mis en prison après avoir été déclaré, sous les ordres de Mobutu, fou par des psychiatres du Cnpp ! QUE SONT-ILS DEVENUS ? Si l'ouverture politique du 24 avril 1990 peut être considérée comme la reconnaissance de l'aspiration légitime du peuple congolais à la démocratie, elle consacre également la victoire de l'Udps qui, seule et sans moyens, a su tenir la dragée haute à l'une des dictatures les répressives et les plus brutales du 20ème siècle. L'Udps reste l'exemple type de l'endurance du peuple congolais pour la conquête de ses droits. Que sont donc devenus ces hérauts du combat démocratique au Congo ? UN SEUL CONTINUE LA LUTTE Après la chute de Mobutu, Etienne Tshisekedi est devenu, encore une fois, le porte-étendard de la lutte contre le despotisme qu'installe Laurent-Désiré Kabila à Kinshasa. Encore une fois, il est arrêté et relégué dans son village comme à l'époque du maréchal. Premier à réclamer la voie négociée pour mettre fin à la guerre de 1998, il est considéré par ses partisans comme le principal précurseur du Dialogue intercongolais. Son endurance, sa détermination et sa toute récente tempérance en font une des pièces maîtresses autour desquelles se dénouera la crise congolaise. « Tshitsh » vit momentanément à Johannesburg. QUATRE ONT REJOINT LA MOUVANCE KABILISTE En ordre dispersé, ils ont rejoint le système Afdl-Cpp. Lusanga Ngiele, Ngoyi Mukendi et Dia Onken A Mbel ont intégré l'aile dissidente pro-Kabila que dirige Kibassa Maliba dont les deux premiers ont été conseillers pendant son mandat comme ministtre des Mines de Laurent-Désiré Kabila. Quant à Mbombo Lona, il vit toujours à Luebo (Kasaï occidental) depuis la première relégation en 1981. Aux dernières nouvelles, il serait devenu président des Cpp de cette localité. Un évolue DANS L'OPPOSITION PRO-BEMBA Co-fondateur et premier vice-président de l'Union nationale des fédéralistes congolais (Unafec), Gabriel Kyungu wa Kumwanza évolue dans le groupe des partis de l'opposition signataires de l'accord de Sun City et qui se sont rapprochés de Jean-Pierre Bemba, après avoir été conseiller puis ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Rdc en Arabie Saoudite et au Kenya. Mais l'homme s'est particulièrement rendu célèbre pour avoir organisé et exécuté pour le compte de Mobutu le génocide des Kasaïens du Katanga dont il était gouverneur. A la même époque, il dirigeait également la fédération katangaise de l'Uféri, un parti d'extrême droite violemment tribaliste. UN VIT EN EXIL Après avoir quitté l'Udps pour servir Kabila en tant que ministre de la Fonction publique, Paul Kapita Shabangi, maître parlementaire-débout s'il en est, s'est exilé à Bruxelles après sa révocation du gouvernement. Il était recherché par les services pour indélicatesse financière... UN SE FAIT OUBLIER Lumbu Maloba Ndiba vit discrètement dans sa villa sur les hauteurs de Binza Ipn. Ayant quitté l'Udps pour entrer au gouvernement Birindwa, il n' a pas intervenu dans le débat politique depuis le changement de régime de 1997. Cinq sont décédés Principale figure de proue des députés frondeurs à la création de l'Udps, Makanda Mpinga Shambuyi est décédé avant même l'ouverture démocratique dans des conditions suspectes lors d'une relégation. Biringaniine Mugaruka s'était exilé depuis le mois de mars 1982, apeuré par une menace de mort que Mobutu avait fait planer sur le groupe des 13 parlementaires. Installé à Londres, il n'est plus revenu au Congo. C'est là que la mort l'a trouvé. Kanana Tshiongo est décédé en 1995 lors d'un passage à Bruxelles. Décédé également Kasala Kalamba ka Bwadi qui avait déjà rejoint le Pdsc aile-Urd Kengo. Le dernier à quitter la terre des hommes est Ngalula Mpandanjila, qui a tiré sa révérence le 4 février 2001. Devenu conseiller politique de Mobutu à l'issue de la signature des accords de Gdolité, il le restera même après l'ouverture démocratique de 1990. Par la suite, il créera le Radepi, un groupuscule de la famille politique mobutiste, les Fpc. Ils dirigent l'Udps Si pour la majorité de congolais, l'Udps se confond parfois avec la personne de son président national, M. Etienne Tshisekedi, ce parti ne fonctionnerait pas sans l'apport de tous ceux qui, souvent au péril de leur vie, ont choisi de militer dans ses instances de dirigeantes. Numéro deux de l'Udps, le Dr Adien Phongo Kunda dirige le secrétariat national qui tient lieu de gouvernement du parti. Il est secondé par trois secrétaires-généraux adjoints : Isidore Bolankendu, Olivier Kabangu et Modeste Sadiki. Le secrétariat national comprend plusieurs secrétaires nationaux titulaires chacun d'un département de la vie nationale. On peut relever Albert Kaponda Muene Ndambu, secrétaire national à l'Organisation, notre confrère Alexis Mutanda, des Relations étrangères, Cécile Meta de la Justice, Désiré Muwala de Monnaie et Institutions financières, Faustin Uma de la Communication, Désiré Birihanze de l'Emploi, Travail et Solidarité, ou encore la nouvelle coqueluche de la jeunesse de l'Udps, Mme Eve Bazaiba, adjointe à l'Animation socio-culturelle. Mais la direction de l'Udps c'est aussi les fédérations provinciales qui lui assurent cette implantation nationale dont elle est si jalouse. Le parti peut se vanter de couvrir toutes les onze provinces du pays, y compris celles occupées. Ainsi, la fédération du Maniema est dirigée par le Mwami Kikumbi Assani, un chef Rega, celle du Nord-Kivu par Rubens Mikindo, celle du Sud-Kivu par Thomas d'Aquin Ndume Ngama et celle de Province orientale par Joseph Kienda. Dans la zone gouvernementale, nous ne pouvons pas ne pas évoquer cette belle paronymie : le président de l'Udps Bas-Congo s'appelle tout simplement ... Disekedi !
(C) Le Potentiel du 4/12/2002
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