UNION
POUR LA DÉMOCRATIE
ET LE PROGRÈS SOCIAL




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Quarantième anniversaire de la Proclamation de lIndépendance ou Quarantième anniversaire dIndépendance du Congo

CONFERENCE-DEBAT A L'UNIVERSITE CATHOLIQUE DE LOUVAIN-LA-NEUVE

1. INTRODUCTION

Quil me soit permis, avant toute chose, de féliciter et de remercier les organisateurs de cette Rencontre pour les raisons ci-après:

- En nous invitant à cette Rencontre comme orateur, ils ont fait honneur à lUDPS, Parti politique dont nous avons la fierté et la lourde responsabilité de représenter la Direction politique et de défendre les intérêts en Belgique, au Grand Duché de Luxembourg et auprès des Institutions Internationales en Belgique.

- Lintérêt quils portent au Congo et à sa population et leur volonté manifeste de sensibiliser les Congolais et les Partenaires à la tragédie congolaise méritent dêtre soutenus et encouragés.

- Au moment où lélite congolaise de Belgique subit un processus de dégénérescence organique et intellectuelle, processus qui lamène, dune part à déserter des salles des conférences, des séminaires et des colloques où le débat, mieux structuré, mieux articulé et approfondi semble se situer de plus en plus au-dessus de son univers vital et mental, et dautre part à transformer plutôt des lieux de deuil et des fêtes en unique salle de conférence et en unique champ de lutte de libération de notre pays, il faut saluer la chance que les organisateurs de cette Rencontre offrent à une élite de retrouver, à linstar des élites des autres peuples, le chemin des salles des conférences et des bibliothèques pour sinformer mieux et davantage sur le Congo. Le degré de civilisation dun homme aujourdhui est intimement lié à son degré dinsertion dans le circuit dinformation mondiale comme expéditeur ou comme destinataire. Sinon, on est, bien que vivant en pleine Europe, un homme déphasé et primitif par rapport à son temps et à la société dans laquelle lon vit. Et il ny a quun homme qui détient une information vraie et actuelle qui peut prendre des décisions judicieuses, mûries et appropriées dans sa vie. Sinon, on est candidat à lesclavage, à la manipulation, à la désinformation et à laliénation.

- Plus grave encore est ce sentiment dangoisse qui menvahit chaque fois que je suis appelé à donner une conférence devant les Compatriotes autres que membres de lUDPS. Je suis heureux du temps que je passe et de lénergie que je dépense en parlant devant les membres de lUDPS car je sais que mon message enrichit leur information et déclenche directement en eux plusieurs actions concrètes et effectives telles que les manifestations de rue, les cotisations pour diffuser les documents ici et les envoyer aux membres se trouvant au Congo pour les sensibiliser aussi, lorganisation de plusieurs assemblées fédérales, sectionnaires et cellulaires pour approfondir le message. Mais sagissant des autres Compatriotes, les conférences-débat sur le Congo battent le record en Belgique. Faites vous- mêmes linventaire des conférences déjà organisées ici à LLN sur le Congo et rassurez-moi si ces conférences ont débouchés sur une prise conscience plus aiguë, une ou plusieurs organisations très structurées et des actions concrètes et effectives en faveur de linstauration dun Etat de droit souverain, démocratique et prospère au Congo. Lunique action concrète que ces conférences suscitent est de transformer de plus en plus des auditeurs en spectateurs vis-à-vis de la tragédie congolaise, mais des spectateurs très critiques et intransigeants envers les orateurs et même envers ceux qui sont déjà engagés dans une lutte concrète et effective pour la libération de notre pays et même de leur exiger de leur rendre compte des résultats de leur lutte. Ceci est dautant plus incompréhensible que ces derniers luttent comme des bénévoles, ne sont payés par personne, saignent leurs familles qui vivent pour la plupart de minimex pour une lutte qui devra libérer tout notre peuple, y compris les membres des familles de ceux qui se sont donné le statut des spectateurs comptant sur les autres pour libérer les membres de leurs familles réduits comme les nôtres à létat desclaves et vivant dans une misère extrême.

En ce qui concerne le titre du débat, lindépendance étant un des attributs dun Etat, ne sapplique pas encore au Congo, car ce dernier nest pas encore un Etat comme nous le démontrerons dans ce texte. La proclamation de lindépendance du Congo était un souhait, un projet, un idéal à réaliser dans le futur car les belges ont quitté le Congo en 1960 sans en avoir fait un Etat. Et considérer le 30 juin 2000 comme le 40ème anniversaire de lindépendance du Congo est une illusion car le Congo nest pas devenu un Etat au cours de ces 40 années écoulées. Notre combat consiste, dans sa première étape, à faire du Congo un Etat et un Etat de droit souverain et démocratique, et à rendre à notre peuple sa dignité humaine, son statut dêtre humain, à le faire exister car il est considéré comme esclave. Cette étape de la lutte ne concerne pas seulement les partis politiques, elle engage et lie tous les Congolais. Cest quand le peuple existera comme souverain que les compatriotes désireux de sadonner à la politique active solliciteront le suffrage du peuple devenu libre et souverain. Ce sera la 2ème étape de la lutte.

2. AU CUR DE LA CRISE CONGOLAISE SE TROUVENT LABSENCE DE L'ETAT ET DEMOCRATIE

Dans son article paru dans LAfricain n° 195 de juin et juillet 2000, pp 20-25, et intitulé Lavenir de lEtat en Afrique, M. Lokengo Antshuka Ngonga écrit dans lintroduction de son texte:

«Lhypothèse que nous formulons demblée, à linstar de J-F MEDARD de Jean COPAINS et de beaucoup dautres politologues, est celle de lexistence de lEtat en Afrique postcoloniale. Dès lors que les attributs minima constitutifs de cette réalité socio-politique à savoir lexistence dune population, dun territoire et dun exécutif central sont attestés, le problème de lexistence ou de la non-existence de lEtat en Afrique ne doit pratiquement plus se poser. Malgré la crise, lEtat présente en effet une certaine réalité en Afrique. (.) LEtat africain dispose de tous les éléments essentiels constitutifs de son identité formelle. Cependant la façon dont il assume ses responsabilités et dont il met en uvre ses attributs est une question qui ne peut pas être éludée du simple fait de la confirmation de son existence.»

M. Lokengo a, de lEtat, une conception trop sommaire et déphasée par rapport à la conception contemporaine de lEtat dont les attributs minima constitutifs débordent lexistence dune population, dun territoire et dun exécutif central. Non, il ny a ni Etat ni démocratie au Congo, et cest la cause profonde de la crise congolaise. Nous exposerons successivement: les conceptions archaïques et trop sommaires de lEtat, la conception contemporaine de lEtat, la notion de la citoyenneté, et la conclusion.

2.1. Conceptions trop sommaires de l'Etat

Dans les sociétés primitives, le pouvoir était anonyme et s'identifiait au conformisme qu'imposaient les traditions, les coutumes et les croyances. A un stade plus évolué, les nécessités économiques et les luttes avec les groupes voisins ont exigé l'intelligence et l'initiative d'un chef et engendré le régime féodal. Le pouvoir fut alors incarné par un homme, le plus fort, le plus sage ou le plus habile. La manière dont il était désigné importait peu. Ce qui caractérisait son autorité, c'est qu'il l'exerçait comme une prérogative personnelle: il ne le devait qu'à ses qualités propres. Le chef commandait parce qu'il était lui et non un autre. Les relations de commandement à obéissance étaient des relations personnelles.

Ce pouvoir individualisé ne pouvait résister à l'évolution de la conscience politique du groupe. On savait qui commandait, mais on ignorait qui avait le droit de commander. La manière même dont ce droit s'établissait discréditait son fondement. Le chef devait imposer son titre les armes à la main. L'échec l'éliminait, le succès le consacrait. Son autorité n'était due qu'à sa chance ou à sa force. Cette légitimité par les armes imposait un pouvoir arbitraire au groupe. Et incarné dans un homme, le pouvoir disparaissait avec lui. Jointe au défaut de légitimité populaire, l'absence de continuité créait l'incertitude de l'avenir pour les gouvernants dont le pouvoir était toujours menacé par les armes des rivaux aussi bien que pour les gouvernés toujours victimes des luttes dont le pouvoir était l'enjeu.

LEtat a été identifié, soit à un territoire; soit au fait de la différenciation entre gouvernés et gouvernants; soit à une manière d'être de la nation; soit à un système de normes; soit à la substance éthique consciente d'elle-même; soit à une autorité planificatrice suprême; soit à un mur qui entoure le jardin où poussent les fleurs et les fruits d'humanité... Ceux qui associent, dans une même notion, les éléments matériels tels que la population et le territoire et un exécutif central tel que la puissance de domination, définissent l'Etat comme une "communauté d'hommes, fixée sur un territoire propre et possédant une organisation d'où résulte une puissance suprême d'action, de commandement et de coercition".

Trop sommaire est cette analyse qui voit un Etat dans toute société où existe une différenciation entre les forts qui commandent et les faibles qui obéissent. En additionnant des moutons avec des moutons, on obtient un troupeau, et en y ajoutant un pré et un berger ou un loup, on n'obtient pas un Etat.

Alors que Léopold II avait, au Congo, un territoire, une population et l'une des administrations les mieux structurées de ce temps-là dans les colonies, voici le jugement formulé sur son système par Félicien Cattier dans Etude sur la situation de l'Etat indépendant du Congo, Bruxelles 1906, pp. 73-80 et 341: "Léopold II n'a pas fait du Congo un Etat, mais une entreprise financière et commerciale, administrée, non dans les intérêts des indigènes ni même dans l'intérêt économique de la Belgique, mais pour l'enrichissemment personnel du roi-souverain. Le ressort de toute l'activité gouvernementale consistait à procurer au roi le maximum de ressources. Les produits les plus précieux de la colonie ont été l'objet d'une rafle si inconsidérée que l'épuisement des principales ressources apparaissait inévitable."

2.2. Conception contemporaine de l'Etat

La conception contemporaine de l'Etat, qui est aussi la nôtre, est décrite par le projet de société démocratique de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) et par les auteurs tels que G. Burdeau, R. Carré de Malberg, E. Cassirer, J. Dabin, A. Kaplan, H. Kelsen, H.J. Laski, R. Maspetiol, H.H. Macloskey, A. Passerin d'Entrèves, L. Touraine, U. Scheuner, M. Simonovitch, E. Weil...

La valeur fondamentale sur laquelle lEtat contemporain se fonde et se construit est la promotion de la dignité humaine par le respect des libertés politiques et civiles et des droits fondamentaux décrits dans la Déclaration Universelle des Droits de l'homme et dans les deux Pactes facultatifs décrivant les droits politiques, civiles, culturels et économiques de l'homme. Ces libertés et droits fondamentaux sont en fait des facultés naturelles de l'homme et constituent la reconnaissance minimale de la dignité humaine en dessous de laquelle l'homme perd cette dignité humaine et est alors considéré comme un esclave, un animal et un objet.

2.2.1. Etat: titulaire, support et siège du pouvoir politique

L'Etat n'est pas un phénomène naturel comme une population, le clan, la tribu ou le territoire: il est le fruit de l'intelligence humaine en quête d'une meilleure organisation et d'un meilleur exercice possible du pouvoir politique dans la société humaine.

La première notion-clé contemporaine de l'Etat est la dissociation entre le pouvoir et celui qui l'exerce. Cette dissociation permet d'ennoblir le pouvoir en le détachant des passions humaines; d'assurer au pouvoir la durée sans laquelle il ne peut rien accomplir de grand; de distinguer le fondement de l'autorité avec les qualités propres de celui l'exerce; de soumettre le gouvernant lui-même au respect du droit et de la loi, et empêcher ainsi que ce dernier n'identifie sa personne à l'Etat ou ne mette en oeuvre sa puissance personnelle, mais bien la puissance de l'Etat; de détacher les rapports d'autorité à obéissance et des relations personnelles du chef à sujet; de donner à l'obéissance des gouvernés une dignité que la soumission à la volonté arbitraire d'un homme compromet; et de garantir la noblesse et la grandeur de la vie politique en favorisant le rapprochement, la coexistence pacifique et même les coalitions entre les individus, les partis et les organisations sociales que leurs options politiques et sociales divisent.

Le pouvoir cesse ainsi d'être incorporé dans la personne du chef. Le support du pouvoir est l'Etat défini comme la puissance qui transcende les personnalités, les qualités propres et la volonté arbitraire des gouvernants; le siège de l'autorité politique et le titulaire abstrait et permanent du pouvoir dont les gouvernants ne sont que des agents d'exercice nécessairement passagers.

2.2.2. Etat: institution dotée d'une constitution

Le pouvoir, ainsi détaché des personnalités qui mettent en oeuvre ses prérogatives, s'inscrit dans l'institution étatique. L'Etat est le pouvoir institutionnalisé et, par extension, l'institution elle-même dans laquelle s'incarne le pouvoir. Cette institution est une entreprise au service d'un projet de société qui est la représentation, partagée par la majorité du groupe, de l'ordre politico-social souhaité. Le projet étant incorporé dans l'entreprise, celle-ci dispose d'une puissance et d'une durée supérieures à celles des individus par lesquels elle agit. Le projet de société constitue l'assise du pouvoir politique et en est l'énergie animatrice. La consistance de ce projet est déterminée par le degré de l'évolution de la conscience humaine, patriotique, politique et morale du groupe; par l'image qu'il se fait d'un avenir souhaitable; par ses traditions et par l'écho qu'y rencontrent les philosophies politico-sociales dont les options, les convergences, les divergences et la concurrence animent la vie politique.

Enjeu de ces différents projets de société et toujours sous-adjacent à cet affrontement légitime et bénéfique au dynamisme et à l'évolution des sociétés et des peuples, l'Etat définit et délimite le cadre de leur affrontement en fixant les bornes pour éviter l'éclatement de la communauté; maintient et renforce la cohésion du groupe et permet ainsi à ses membres d'aborder ensemble leur destin.

Au centre de l'Etat se trouve la constitution: charte où se trouvent condensées les idées, les valeurs et les institutions dans lesquelles se reconnaît la majorité du groupe. La constitution définit les attributs de l'Etat; l'organisation et l'exercice du pouvoir politique; les conditions d'obtention du titre et du droit de commandement et les procédures de l'exercer. Les lois et les institutions contenues dans la constitution sont au-dessus de tous, gouvernants et gouvernés. La constitution permet ainsi l'application de la valeur fondamentale de toute société démocratique: le respect des libertés politiques et civiles et des droits fondamentaux de la personne humaine. Et c'est le respect de ces libertés et de ces droits, défendus par des lois constitutionnelles qu'appliquent et défendent des magistrats indépendants, qui conduit, dans toute société démocratique, à la pratique de trois autres valeurs corollaires à la valeur fondamentale: la limitation de pouvoir des gouvernants, la représentativité pluraliste politique et idéologique tant au pouvoir que dans la société, et la citoyenneté. Ces trois valeurs se complètent et c'est leur interdépendance qui constitue la démocratie.

Dans un Etat de droit démocratique, le pouvoir institutionnalisé est soumis aux alternances régulières et successives où le peuple se choisit librement les nouveaux gouvernants, reconduit ou sanctionne les gouvernants sortants et est sensible, dans son orientation, aux multiples pressions exercées par les partis politiques, l'opposition politique, les organisations interprofessionnelles et interconfessionnelles, les mouvements de jeunesse, les milieux universitaires, la presse...

Le pouvoir n'est pas une borne plantée au milieu de la société pour en immobiliser le cours. Il procède d'elle en même temps qu'il agit sur elle. S'il n'en réflète pas les exigences, il sera tôt ou tard emporté. La solidarité est nécessaire entre le pouvoir et la conscience politique du groupe. S'il y a rupture, un pouvoir, par des voies et procédures légales et démocratiques définies dans la constitution, en remplace un autre et rétablit ainsi entre l'autorité politique et le projet politico-social souhaité par la société, la communauté que le pouvoir sortant n'avait su garantir.

2.2.3. Etat: régulateur de la dialectique de l'ordre et du mouvement

L'univers politique et social est un ordre en mouvement, et la stabilité politique et sociale est un équilibre de forces, équilibre non statique, mais dynamique, et donc dialectique. C'est l'Etat qui impose son arbitrage dans la concurrence et l'affrontement entre ces forces, détermine la mesure de leur victoire et procure à cette dialectique le cadre qui lui permet d'aboutir à un dépassement et non à une destruction. Le rôle régulateur de l'Etat de la lutte politique empêche que les gouvernants d'un jour ne s'érigent en juges souverains des décisions qu'ils estiment devoir être endossées par l'Etat. C'est la règle que l'Etat établit qui combine, affine et synthétise une pluralité d'aspirations, ce qui est une manière de faire l'un avec du multiple, c'est-à-dire de réaliser le projet politico-social fondamental, à savoir concilier l'unité du pouvoir avec la complexité politique et sociale.

2.2.4. Etat: expression d'une conscience nationale

Pour remplir ses fonctions, l'Etat doit disposer d'une énergie qui lui soit propre: il l'obtient dans son assise sociale homogène qui se trouve dans la conscience politique et patriotique profonde des citoyens, conscience où habitent des représentations concernant le destin de la collectivité globale. Ces représentations, moins marquées par la contingence et les divergences partisanes, ont un contenu très général: elles visent ce qui est indispensable au maintien de la cohésion et, donc, à l'existence de l'être collectif. Ce degré de conscience s'extériorise devant des crises graves telles que les conflits sociaux dramatiques menaçant la cohésion sociale; l'hypothèque de la souveraineté, de l'indépendance et de l'intégrité territoriale de la Patrie; des menaces de guerre... C'est à ce niveau profond de la conscience politique et patriotique des gouvernés que se forme celle où l'Etat trouve l'énergie requise pour être un pouvoir authentique, réel, effectif et efficace. Ce pouvoir est celui de l'institution. C'est en elle que s'équilibrent les forces de mouvement et les résistances de l'ordre établi. L'institution repose en définitive sur des intelligences et des volontés humaines. C'est donc à l'homme - à chacun de nous comme à la communauté que nous formons -qu'il appartient qu'elle soit durable et féconde.

3. LE CONGO: UNE ENTREPRISE COMMERCIALE ET FINANCIERE

3.1. La conception de lindividu et les systèmes politiques en Afrique précoloniale

Mon expérience propre vécue dans mon village et la lecture de plusieurs auteurs africains et étrangers, qui ont étudié la conception de lindividu et les systèmes politiques aussi bien centralisés que décentralisés de lAfrique précoloniale, mont conduit aux conclusions ci-après:

- les Africains navaient pas attendu Montesquieu pour connaître la démocratie. Celle-ci était le mode dominant de gouvernement aussi bien dans les systèmes politiques centralisés que décentralisés en Afrique précoloniale;

- ces systèmes démocratiques de lAfrique précoloniale avaient des affinités essentielles avec la démocratie dans la Grèce antique;

- la Grèce antique, berceau de la culture, de la démocratie et de la civilisation de lEurope occidentale; sétait très largement inspiré des systèmes politiques de lAfrique précoloniale;

- la différence historiquement constatée dans lévolution et le développement ultérieurs des systèmes politiques en Europe occidentale et en Afrique coloniale et postcoloniale sont dus au fait que la société en Occident a évolué dans le sens de la libération progressive de lesprit et de la pensée et vers la participation de plus en plus maximale du peuple, considéré comme souverain primaire, source et fondement de lorganisation et de lexercice du pouvoir politique dans la société, à la gestion de la Cité. En Afrique par contre, plusieurs systèmes dasservissement imposés de lextérieur se sont abattus sur les populations et ont bloqué la dynamique interne, lévolution de la pensée et de lesprit, et le développement politique, culturel et socio- économique;

- Ces systèmes dasservissement, qui sont la traite des esclaves, la colonisation et les dictatures post- coloniales, sont limportation extérieure à la tradition africaine: ils ont été conçus et imposés de lextérieur par la force pour la domination politique et lexploitation économique lAfrique par les étrangers et une minorité dafricains anti-patriotes, anti-démocrates, égoïstes, aventuriers et opportunistes.

3.2. Différents systèmes dasservissements

3.2.1. La Traite des esclaves (16è-19è siècle)

Près de quatre siècles durant, du 16è au 19è siècle, lélément qui a dominé les relations entre lEurope et lAfrique a été incontestablement la traite des esclaves, effectuée soit par les Européens pour alimenter en main-duvre la mise en valeur des colonies du Nouveau-Monde, soit par les Arabes du centre de lAfrique vers lEst (Zanzibar) pour le commerce de livoire. Notons, pour ne pas jouer aux victimes, que ce commerce na pu être effectué par les Occidentaux et par les Arabes que grâce à la complicité des Kapitas locaux. Cest ainsi quenviron treize millions des Noirs ont été exportés via le Congo entre larrivée des Portugais (1482) et le début de la Conférence de Berlin (1884).

3.2.2. La Conférence de Berlin (1884-1885)

A la Conférence de Berlin, les Libre-échangistes et les Protectionnistes qui se disputaient le Congo s'accordèrent pour faire du Congo une zone tampon susceptible de satisfaire les intérêts de chacun d'eux et d'amortir ainsi les heurts dues à leurs rivalités et antagonismes dans la course coloniale. Elles firent du Congo la terre la plus propice aux spéculations du capital, c'est-à-dire une colonie gérée par Léopold II mais avec un statut international: un espace politique neutre et un espace économique ouvert à tous par la liberté de commerce et l'interdiction des droits à l'importation.

3.2.3. Léopold II (1885-1908)

Léopold II fit du Congo une entreprise commerciale et financière pour son enrichissement personnel. ", il mit en place un système inédit qui concentra en quelques années en Afrique, les brutalités, les violences et les abus de quatre siècles d'accumulation primitive en Europe occidentale: blocage de la dynamique interne de la société congolaise et l'aliénation idéologique et culturelle de la population, absolutisation du pouvoir politique, monopole de l'Etat - et l'Etat, c'était le roi -, privilèges exorbitants accordés aux sociétés privées qui régnaient en maîtres sur leurs concessions et avec lesquelles le roi se partageait le "gâteau africain", violations systématiques et massives des libertés politiques et civiles et des droits fondamentaux des indigènes traités comme des esclaves, expropriation et dépossession des masses autochtones de leurs droits naturels, intensification de la politique domaniale - le Congo était un domaine privé du roi - , mobilisation coercitive de la force du travail et maximalisation des profits sur la seule base de l'extraction de plus-value, impôt en nature, accentuation des méthodes répressives et atroces tant sur le plan de l'organisation économique que sur celui de l'organisation sociale...

3.2.4. La colonisation belge (1908-1960)

A la reprise en 1908, la Belgique dota le Congo dune charte coloniale: une justification juridique du droit de dominer politiquement et dexploiter économiquement la colonie qui demeura une entreprise commerciale et financière pour la Métropole.

3.2.5. Dictatures néocoloniales: de 1960 à ce jour

A lindépendance en 1960, la naissance dun jeune Etat de droit souverain et démocratique, sur base de la Loi Fondamentale issue de la Table Ronde de Bruxelles, fut étouffée dans luf. Le 11 juillet 1960, le Katanga fut occupé par larmée belge et ce fut la sécession katangaise, suivie de celle du Sud-Kasaï, de la révocation du Premier ministre et du premier coup dEtat de Mobutu le 14 septembre 1960, et de lassassinat de Lumumba le 17 janvier 1961. Une dictature néocoloniale fut imposée, et le Congo reprit son statut dentreprise commerciale et financière pour le groupe de Binza et les parrains étrangers. Le gouvernement dUnion Nationale de Cyrille Adoula, plébiscité par le Parlement le 2 août 1961, fut soumis à des remaniements intempestifs, sans laval du parlement, par le groupe de Binza et les parrains étrangers, jusquà ce quil devînt à son tour un intrument de domination et dexploitation néocoloniales. Lapplication de la constitution démocratique de Luluabourg, promulguée le 1er août 1964, fut aussi étouffée dans luf par le coup dEtat du 24 novembre 1965 initié par les parrains étrangers et exécuté par le groupe de Binza.

Mobutu pendant plus de trois décennies, Kabila depuis 1997 et les rebelles depuis 1998, ont imposé à leur tour, grâce aux armes, le "système léopoldien" présentant les caractéristiques communes ci-après:

- accession au pouvoir par les armes grâce à un projet initié et planifié par les Etrangers;

- rejet du patrimoine patriotique et démocratique contenu dans les Actes de la CNS (1991-1992) et acquis au prix du sang par le peuple;

- blocage de la dynamique et de lévolution politique, socio-économique et culturelle de la société et imposition dune idéologie aliénante et obscurantiste au peuple;

- confiscation des mass media officiels et leur utilisation pour la déification du dictateur;

- imposition de la dictature, du Parti-Etat et de la pensée unique et absence des mécanismes de contrôle du pouvoir;

- identification de la personne du dictateur à lEtat et de sa volonté arbitraire à la Loi, concentration de tous les pouvoirs de lEtat entre les seules mains du dictateur; mise en place des institutions et des lois taillées sur la mesure du dictateur et à travers lesquelles sa volonté arbitraire et exprimée et réalisée; et considération du pays et de ses richesses comme une propriété privée du dictateur et de ses collaborateurs et pillage de ces richesses sans remords;

- réduction de la population à létat desclavage par la méconnaissance de ses libertés politiques et civiles et de ses droits fondamentaux. Doù les arrestations arbitraires; les tortures; les détentions illégales; les exécutions sommaires; les expropriations extra-judiciaires; les massacres massifs; les rélegations; les traitements inhumains et dégradants; les enlèvements; les disparitions; les déplacements forcés; les perquisitions illégales; les extorsions et les rançonnements; les violences faites aux femmes et aux enfants; la répression contre les patriotes, les démocrates, la presse, les défenseurs des droits de lhomme, les églises, et les opposants politiques

- Hypothèque de lindépendance et de la souveraineté nationales par les contrats léonins avec les parrains étrangers bradant le patrimoine minier et stratégique national; lappel et le maintien des troupes étrangères au Congo pour accéder au pouvoir et sy maintenir; la nomination des étrangers civils et militaires dans les services publics et les entreprises de lEtat;

Concernant le pillage des richesses nationales par le régime Mobutu et les parrains étrangers, la dette extérieure de plus de 14 milliards de $US laissée à une population exsangue en dit long. Et aujourdhui plus que jamais, le Congo est une jungle, une foire, une entreprise commerciale et financière pour les gangsters (chefs de guerre Kabila et les rebelles) et leurs parrains étrangers respectifs. Et comme toute jungle et toute foire, le Congo na pas de souveraineté propre. Sa souveraineté appartient aujourdhui au plus fort militairement et au plus rusé, congolais ou étranger. Les Congolais qui parlent dagression dun Etat souverain vivent dans lillusion. Les chefs de guerre et leurs parrains étrangers contrôlent militairement, chacun, un lopin du territoire congolais; y imposent leur volonté arbitraire aux esclaves (= les êtres humains sans libertés politiques et civiles et sans droits fondamentaux); et pillent impunément les richesses nationales. Cfr la liste publiée par La Croix du 23/02/2000 et plusieurs rapports des sociétés-écrans créées par Kabila, les rebelles et leurs parrains étrangers respectifs à travers lesquelles ils pillent les richesses nationales. Les rwandais et les ougandais, estimant que la jungle voisine est un sanctuaire pour leurs ennemis et est une menace pour leur sécurité, ont envahi la jungle: ils pillent ses richesses et et y massacrent les animaux qui y vivent (600 à Kisangani, sans compter Kasika, Butembo, Makobola).

Les belligérants ont fait de la guerre un fond de commerce, et son coût est très élevé:

- coût humain: massacres des populations civiles; diffusion des maladies épidémiques (C'est notamment le cas du Sida propagé au Congo par les soldats zimbabwéens, ougandais et rwandais); humiliations; misère indescriptible; déplacements forcés et augmentation du nombre des réfugiés et diffusion de la culture de l'impunité, de la haine, de la violence et de la mort dans les jeunes générations et doute sur l'avenir individuel, national et régional;

- coût socio-économique et écologique: arrêt de l'activité économique; destruction des infrastructures scolaires, sanitaires, routières; pillage des richesses minières; destruction des maisons et de l'environnement...

La première étape de notre combat consiste donc, d'une part à libérer le Congo de son statut de Domaine et Propriété privés, de jungle et de foire pour en faire un Etat souverain et démocratique; et d'autre part à nous libérer nous-mêmes de notre statut actuel d'esclaves afin que notre dignité humaine soit reconnue. Nous serons alors considérés comme des êtres humains, c'est-à-dire des êtres libres, des citoyens, et un peuple souverain: source, fondement et premier bénéficiaire de tout exercice du pouvoir au Congo. Cette étape lie, non seulement les partis politiques, mais tous les congolais et ne concerne pas le partage de pouvoir et des postes. La deuxième étape consistera alors, puisque nous serons déjà devenus citoyens, à solliciter, pour les citoyens désireux de faire la politique active, le suffrage du peuple déjà devenu souverain.

4. LILLUSION DETRE DES CITOYENS

La limitation de pouvoir, la représentativité idéologique et politique pluraliste et la citoyenneté constituent la trilogie démocratique. Nous nous limitons ici à la citoyenneté. Les Congolais vivent dans lillusion dêtre des citoyens. Un citoyen est un patriote qui a la conscience d'appartenir à une collectivité politique (commune, région, pays...) et à une communauté soudée par une culture et une histoire à l'intérieur des frontières de sa collectivité politique. Cette appartenance se définit par des droits, des devoirs, des garanties, des responsabilités et des revendications politiques et sociales. On nest citoyen que quand on fait partie dun peuple qui est souverain et qui est la seule source et le seul fondement de pouvoir politique exercé dans son pays. N'est pas citoyen celui qui ne s'intéresse pas à la gestion de son pays; celui qui ne se sent appartenir qu'à une famille, un village, une ethnie et non à une collectivité politique; celui qui se contente d'occuper des places dans la société sans s'intéresser à en modifier les décisions et les lois qui en règlent le fonctionnement; celui qui cherche à échapper à des responsabilités qui peuvent impliquer de grands sacrifices; celui qui soutient ou subit passivement une dictature, ou se résigne devant une occupation étrangère....

Un citoyen est habité par l'amour de sa Patrie. Il la considère comme une valeur sublime et n'accepte ni le pillage de ses richesses ni l'hypothèque de son indépendance, de sa souveraineté, de son intégrité territoriale et de son développement. Il a la conscience aiguë de ses libertés politiques et civiles et de ses droits fondamentaux et exige leur strict respect. Il combat tout gouvernant qui, par les armes ou la ruse, impose à ses compatriotes sa volonté arbitraire et les prive de leurs libertés politiques et civiles et de leurs droits fondamentaux, car il sait que ces libertés et droits sont inviolables et que celui qui en prive ses compatriotes considère ces derniers, non comme des êtres humains, mais comme des esclaves, des animaux ou des objets. Un citoyen contrôle la gestion de la Cité à travers ses représentants (parlementaires) et il est un artisan actif dans la construction de l'Etat: il participe à l'organisation et à l'exercice du pouvoir politique de sa Cité, soit directement par l'élection libre des gouvernants et par réferendum, soit indirectement par ses représentants librement élus.

5. CONCLUSION

Le défi à relever est clair. Les Congolais doivent démontrer à la face du monde quils sont eux-aussi des êtres humains: cest-à-dire capables de jouir de leurs facultés naturelles qui sont les libertés politiques et civiles et les droits fondamentaux; construire, à linstar des autres peuples, un Etat de droit souverain et démocratique et insérer ainsi leur pays dans le concert des nations libres, civilisées, démocratiques et prospères. Personne ne le fera à notre place et sans nous.

Grâce aux pressions internes et externes, tous les belligérants impliqués militairement dans le conflit congolais ont signé lAccord de Lusaka. Cet Accord constitue une base raisonnable et perfectible vers la solution politique de la crise, car il prévoit notamment la fin de la guerre, la tenue du dialogue intercongolais, le retrait programmé des troupes étrangères du Congo, la mise des milices armées hors détat de nuire par leur démilitarisation, démobilisation et réinsértion et lassistance de la Communauté internationale pour lapplication, par toutes les parties congolaises concernées, des décisions issues du dialogue intercongolais jusquà la tenue des élections. La nature de la crise congolaise est politique et non militaire, et cest seulement par le dialogue intercongolais quune solution politique y sera trouvée. Il sagit dinstaurer un Etat de droit souverain et démocratique et donc de résoudre le problème de la légitimité de pouvoir politique. Pendant la période de Transition se situant entre la fin de la dictature et lorganisation des élections, le pouvoir politique ne peut être légitime que sil est issu dune constitution démocratique, cest-à- dire dun cadre juridique et institutionnel mis en place par un consensus national entre toutes les forces politiques et sociales nationales réunies. Les animateurs des institutions de la Transition seront les délégués de ces forces politiques et sociales, et le gouvernement de Transition exécutera le programme commun négocié et non celui dun Parti-Etat. Du dialogue intercongolais sortira aussi un projet de constitution pour la 3ème République. Une Commission électorale nationale et indépendante préparera et organisera les élections qui marqueront la fin de la Transition.

Et cette solution politique à la crise existe déjà : elle se trouve dans les Actes historiques de la CNS. Les 2850 délégués à la CNS, tous fils et filles du pays et issus de toutes les couches, catégories et tendances de la société congolaise, avaient fait la relecture de toute lhistoire du Congo; diagnostiqué la cause profonde de la crise; intégré, dans une synthèse supérieure, le patrimoine patriotique et démocratique contenu dans la Loi Fondamentale et dans la Constitution de Luluabourg; et balisé lavenir en posant les fondements dun Etat de droit souverain et démocrartique moderne. Il suffit, pour sen convaincre, de comparer les constitutions et les programmes des gouvernements des pays démocratiques occidentaux aux textes, ci- après, issus de la CNS: constitution démocratique de la Transition, projet de constitution démocratique de la 3ème République, grandes orientations pour gérer chaque secteur de la vie nationale, le code déthique pour la bonne gouvernance, le programme du gouvernement de Transition et le profil des dirigeants de la Transition et de la 3ème République Toutes les résolutions de la CNS ont été prises par consensus par les 2850 délégués, et le peuple congolais, dans sa majorité, adhère jusquà ce jour aux Résolutions de la CNS. La solution à la crise est là, il faut tout simplement lenrichir, la réactualiser et lappliquer.

Fait à Bruxelles, le 15 août 2000

Pour le Bureau de Représentation de lUDPS/BELUX

Dr François Tshipamba Mpuila
Représentant


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