COMMUNIQUE DE PRESSE

 

 

REACTION DE L'UDPS/BELUX AUX CONTRE-VERITES SUR LIKULIA
(Cfr Article de Monsieur Jean-Dominique GESLIN dans Jeune Afrique, n° 2020 du 28 septe mbre 1999, p. 27)

Réf.: RBL/UDPS/DE/161/99

Nous avons lu avec intérêt l'article de M. Jean-Dominique GESLIN paru dans l'hebdomadaire Jeune Afrique, n° 2020 du 28 septembre 1999, p. 27 et intitulé: "RD Congo. Dernier Premier ministre de Mobutu, le général Likulia est de retour à Kinshasa, où il pourrait jouer un rôle clé. Un joker pour Kabila?".

Dans son article, l'auteur affirme notamment que Likulia n'a pas laissé de mauvais souvenirs sur la population; qu'il est proche de l'Opposition démocratique; qu'il s'était tenu à l'écart du pillage généralisé du pays par les gouvernants mobutistes avant leur fuite; qu'il présente un profil idéal pour jouer un rôle politique de premier rang; qu'il a la confiance des Occidentaux; qu'il avait, lors de son bref passage à la primature, laissé l'image d'un réformateur courageux apprécié par les étudiants; et qu'il recueillerait l'adhésion populaire s'il devenait président du parlement de Transition ou premier ministre de Kabila.

Nous n'avons pas adressé notre réaction directement à Monsieur Jean-Dominique GESLIN, car il ne mérite aucune considération de notre part pour trois raisons:

a. Le minimum de bon sens et de respect pour notre Peuple suffisait à M. Geslin pour ne pas se livrer à de telles affirmations sur, non seulement l'un des piliers et penseurs du mobutisme, un homme qui a exercé de hautes responsabilités dans l'armée, le gouvernement et les services de sécurité durant plus de deux décennies dans le régime de Mobutu, mais également l'une des vipères en qui le vénin mobutiste se trouve condensé avec le maximum de densité et qui, par conséquent, ne crée autour de lui que vide, désolation et deuil. Affirmer qu'un esclave peut être heureux et qu'il peut même ovationner son bourreau et souhaiter son retour au pouvoir est, non seulement une contradiction dans les termes, mais aussi une insulte et un mépris pour notre Peuple.

b. Quelles que soient les raisons qui ont poussé ce journaliste à diffuser de telles contre-vérités sur Likulia, nous estimons qu'il y a tout de même un seuil en dessous duquel tout homme qui y descend perd toute dignité et ne mérite que le mépris.

c. Ce journaliste est l'un de ceux qui veulent prolonger la tragédie de notre Peuple: au lieu de devenir notre correspondant, il doit être dénoncé devant l'opinion tant nationale qu'internationale et tout doit être mis en ouvre pour le mettre hors d'état de nuire.

Pour démontrer ces contre-vérités, nous ne parlons pas nous-mêmes, nous livrons ici le témoignage de deux autres mobutistes qui ont vu Likulia à l'ouvre au sein de leur appareil commun mobutiste, et à ce jour, témoignage non démenti par Likulia qui confirme ce que nous savions déjà sur lui.

I. Le témoignage de N'gbanda Nzambo, dans son livre intitulé "Ainsi sonne le glas ! Les derniers jours du Maréchal Mobutu" (éditions Gideppe, 1998)

1.1 Likulia et la guerre des généraux

Nous savions que l'arbitraire était le seul fondement et la seule justification de tout ce que Mobutu concevait et entreprenait. Ainsi avait-il construit sa force publique sur base ethnique, régionale, tribale et clanique. Tous les meilleurs soldats et officiers étaient systématiquement chassés de l'armée ou physiquement éliminés à cause de leur origine ethnique ou pour conflits de pouvoir, d'influence et d'enrichissement par des généraux et des membres de famille de Mobutu. Les médiocres étaient arbitrairement promus sur base ethnique ou de soumission à tel ou tel général. Likulia a été parmi les hauts responsables de l'armée congolaise durant plus de deux décennies dans le régime de Mobutu. Il a été l'un des idéologues de l'esprit mobutiste et l'a appliqué à fond au sein des FAZ.

Mais comment expliquer que l'armée congolaise, avec ses potentialités humaines et matérielles, n'ait jamais gagné aucune guerre sur son territoire? N'gbanda se pose cette question et l'explique par la guerre des Généraux à laquelle Likulia a très activement participé:

"La gangrène qui a rongé l'armée zaïroise et l'a rendue inopérante des années durant, malgré tout le potentiel humain et matériel dont elle disposait, réside dans la guerre d'influence, de positionnement et d'enrichissement que se sont menée jusqu'au bout les officiers généraux des Forces Armées Zaïroises. Cette guerre des Généraux apparut dans toutes ses dimensions lorsque le Président Mobutu décida la restructuration de l'armée. Il nomma à sa tête le général Bumba Moasso comme "Capitaine général", lisez commandant en chef des Forces Armées Zaïroises. Dès cet instant apparut "la guerre des clans" autour des Généraux. Ainsi, le général Bumba connut-il une opposition interne du Général Babia entouré et appuyé principalement par les Généraux Molongya, Boteti et Likulia. - ce dernier était à l'époque Auditeur général des FAZ. Pour y faire face, le "Capitaine général" procéda à la promotion rapide des officiers mbudja et au recrutement massif de jeunes gens dans son fief ethnique de Bumba. Ce fut le début du western des Généraux. Et la naissance des clans et des parrains.

"Le clan Babia évince le clan Bumba et installe ses hommes au commandement. Bumba réapparaît, contre-attaque et passe le flambeau au Général Eluki qui fait monter en force les autres jeunes officiers, dont le Général Mahele, son propre cousin qu'il a élevé sous son toit. Le clan Babia reprend du poil de la bête, mais le Général Likulia émerge et élimine un à un ses "parrains", dont le Général Babia et prend le leadership. De sa position d'Auditeur général des FAZ, ce nouveau Général utilisa les atouts puissants dont il disposait pour "casser" ses rivaux. Des complots fictifs furent inventés dans le but d'éliminer des concurrents dangereux. Citons en passant le procès le plus macabre de 1978, à l'issue duquel furent exécutés des officiers supérieurs dont Kalume et Kudia Kubanza alias Kuku Jean De Dieu. (.)

"Tous les ministres de la défense, Généraux de l'armée, ont eu chacun, à la tête de l'armée ou dans l'entourage du Président Mobutu, son "opposant" qu'ils devaient combattre ou dont ils devaient se défendre: Bumba subit les assauts de Molongya; Singa affronta les attaques de Lomponda; Likulia fit avaler des couleuvres à Eluki; Mahele en fit voir de toutes les couleurs à Eluki; tandis que Singa revenu à la Défense subit les coups de maître que lui a portés Likulia comme secrétaire d'Etat au ministère de la Défense. La liste est longue".

"C'est la guerre des Généraux qui engendra au sein des FAZ le phénomène néfaste du clanisme, du tribalisme, du régionalisme et du clientélisme. Car, le besoin stratégique de chaque chef militaire de renforcer sa propre position face à ses rivaux le forçait naturellement à procéder au recrutement massif des jeunes de sa "base" clanique, tribale ou régionale durant son mandat, si court soit-il, à la tête de l'armée. De même, chaque Général ministre de la défense se préoccupait-il d'abord des promotions et des envois sélectifs des officiers de sa tribu ou de sa région natale en formation ou en stage de spécialisation à l'étranger. Les critères objectifs de compétence, de bravoure et d'ancienneté furent complètement bannis au sein des FAZ. On imagine aisément les conséquences à moyen terme pour la qualité et l'efficacité de certains officiers.

"L'armée zaïroise fut complètement paralysée au sommet et les conséquences se sont vite manifestées à la base, au niveau des troupes, par l'indiscipline: le soldat zaïrois obéissait plus à son "parrain" qu'aux autorités hiérarchiques" (pp. 46-48).

1.2. Pillage du trésor public de l'Etat

Nous savions que les soldats étaient mal payés, mal nourris et mal encadrés au profit de leurs chefs qui gonflaient abusivement l'effectif de l'armée, et détournaient impunément son budget de fonctionnement ainsi que de nombreux avantages que Mobutu accordait habituellement aux hommes de troupes, en dehors du budget du ministère de la défense nationale:

"Il s'agissait d'une vaste mafia et d'une affaire de gros sous: l'effectif administratif des FAZ présenté par l'état-major général était en fait le double de l'effectif réel des troupes sur le terrain. Ainsi, à la fin de chaque paie se déroulait ce que les soldats impuissants et dégoûtés, avaient baptisé "Opération aller-retour", ce qui résume la nature de cette fraude. Les officiers de paie débarquaient dans les garnisons militaires avec des malles d'argent perçu à la Banque du Zaïre selon l'effectif fictif, et repartaient, après la paie de l'effectif réel, avec le surplus pour une destination inconnue, sous les yeux ahuris des soldats qui s'entendaient dire le lendemain qu'il n'y a pas assez d'argent pour leur nourriture, ni pour leurs soins médicaux, ni pour leur habillement" (p. 51).

1.3. Likulia et les services secrets de l'Etat: règlement des comptes et incompétence

"Comme dans l'armée, les conflits internes firent leur apparition tout au long du processus du développement des services spéciaux zaïrois. Des conflits souvent violents et pernicieux handicapèrent le fonctionnement harmonieux des services, portant ainsi atteinte à l'objectivité, à l'honnêteté et à l'efficacité qui doivent caractériser nécessairement les services secrets de tous les Etats du monde. Or, comme dans l'armée, chaq ue chef des services zaïrois devait faire face à au moins deux fronts: le front de l'opposition interne animé par son ou par ses rivaux qui le combattent par toutes sortes de sabotages et de mensonges auprès du Président Mobutu pour obtenir son éviction rapide, et les objectifs qui constituent les préoccupations traditionnelles de tous les services secrets des Etats modernes.

"Ainsi, l'histoire des services spéciaux zaïrois est émaillée de conflits de chefs et de " camp " : Mokolo contre Seti, Seti contre Nkema et Atenda (ses adjoints), Nkema contre Atundu (son adjoint), Seti contre N'gbanda, Nkema contre Mokolo, Seti contre Pelendo, N'gbanda contre le duo Goga-Atundu (ses adjoints), Likulia contre N'gbanda, Goga contre Atundu, Atundu contre Leta, et Leta contre la clique des Généraux Mavua, Baramoto et Nzimbi. (.) Le pays tout entier et beaucoup de cadres innocents en ont payé de très lourds tributs" (p. 59).

Après le discours du 24 avril 1990, Mobutu nomma Likulia à la tête des services secrets de l'Etat:

"Le nouveau chef des services secrets, le Général Likulia, n'avait dans ce domaine aucune expérience professionnelle ni aucune technicité requise. Et qui plus est, il était loin de répondre au souci de neutralité que recherchait le Maréchal Mobutu. Le nouveau patron des services secrets profita plutôt de ses nouvelles fonctions pour mener la guerre à ses collègues généraux, en se servant des puissants instruments des services secrets désormais entre ses mains pour mieux anéantir ses rivaux, tant dans l'armée que dans la politique. (.)

"Tout le personnel de l'ancien cabinet fut mis dehors, sans ménagement, et remplacé par les officiers fidèles collaborateurs du Général Likulia (...). C'est justement pendant ce chambardement et cette chasse aux sorciers que le malheureux événement de Lubumbashi se sont déclenchés. Conséquence : les nombreux messages du Redoc (responsable régional des services de sécurité) et du gouverneur de région demandant des directives et des interventions urgentes pour faire face à la tension qui naissait, sont restés plusieurs jours sans suite. Personne au cabinet n'y accordait une moindre importance. La conséquence de cette situation est connue de tous. (.) Si les responsables des services de sécurité à Kinshasa avaient rapidement réagi dès le signalement du début des malaises au campus universitaire, rien de grave ne se serait passé. Les procès verbaux d'audition des responsables régionaux du Shaba en témoignent suffisamment" (pp. 62-64).

II. Le témoignage du général Ilunga Shamanga, dans son livre intitulé "La chute de M obutu et l'effondrement de son armée", Canon One Stop Shop, 1998.

2.1. Intrigues et élimination physique des officiers et concurrents militaires

"Je n'arrive pas à me défaire de la conviction que le général Likulia a largement contribué à fragiliser les forces armées zaïroises pour des raisons que lui seul connaît. Le général Likulia a été le procureur dans tous les grands procès de tous les vrais-faux complots militaires des années 1975 et 1978 qui ont traumatisé et meurtri pour la vie toute une génération d'excellents officiers. C'est le général Likulia Bolongo qui a géré les destinées de la défense nationale de 1985 à 1990 promettant de monter une armée de cent mille hommes qu'il a transformée en une horde de gueux. C'est encore le général Likulia qui distribue généreusement prébendes et grades à quelques hommes de main et accessoirement aux frères de tribu du président Mobutu pour recevoir en retour leur soutien dans le clan en vue de son maintien au poste ministériel. Tout considéré, c'est le général Likulia Bolongo qui a démontré avoir été, pendant les trente-deux ans de pouvoir du président Mobutu, le champion militaire toutes catégories des intrigues et des coups tordus" (pp.124-125).

Rappelons que, lors de ces procès, Likulia était l'auditeur général des forces armées, et "l'auditeur général était le seul patron de la justice militaire. Contrairement aux usages en matière d'organisation judiciaire, les magistrats du siège aussi dépendaient de lui, comme ceux du parquet" (p.30).

2.2 Pendant la guerre dite de "libération" de l'AFDL

2.2.1 Likulia, ministre de la défense

a. usurpation de pouvoir, incompétence militaire, détournements des deniers publics et trafic des armes

Quand Mobutu rentra à Kinshasa le 17 décembre 1996 pendant la guerre menée par l'AFDL, il nomma Mahele chef d'état-major général des FAZ et Likulia ministre de la défense. Voici le témoignage d'Ilunga Shamanga sur Likulia, , pp. 108-110:

"Avec le général Likulia Bolongo au ministère de la défense nationale, nous passons du vide au tro-plein de prises de positions et déclarations de matamore dans la presse. Il réclame d'être appelé ministre de la guerre et promet au peuple zaïrois "la contre-offensive foudroyante" dans la guerre de l'est (..) qui après coup, s'est révélée n'être qu'un pétard mouillé!

"Le ministre de la défense veut gérer la guerre à son niveau. Il est pressé d'avoir des résultats. Certains de ses conseillers font des déclarations de presse sur des radios étrangères dans une honteuse cacophonie. Pendant ce temps, le général Mahele se tait. C'est dans cette atmosphère que le chef d'état-major général des FAZ apprendra par voie de presse, comme le commun des Zaïrois, qu'un raid aérien des FAZ a été lancé sur Goma et Bukavu. Opération directement ordonnée par le ministre de la défense. Quel bénéfice les FAZ tireront-elles de ce raid aussi stupide qu'inutile? Ce raid a donné l'occasion à l'adversaire de prendre conscience que nous étions en mesure de la frapper jusqu'à Goma et Bukavu en utilisant les pistes de Kindu et Kalémie. La réplique ne se fera pas attendre.

"Quelques jours plus tard, le dimanche 26 janvier 1997 dans l'après-midi, nous recevions rapport d'une action simultanée des armées ugandaise, ruandaise et burundaise sur les axes de Béni, Walikale et Kalémie. Pour gêner ces mouvements ennemis effectués de jour et soulager nos hommes au contact, il fallait une intervention aérienne immédiate qui n'est jamais venue. Pourquoi? Manque de munitions pour les avions et des maillons pour les munitions des mitrailleuses de bord des hélicoptères de combat Mi-8 et Mi-24. C'était à peurer de rage.

" Au sein du gouvernement, nous apprenons que c'est la guerre entre le général Likulia, ministre de la défense, et ses collègues chargés des départements financiers. Au cours des discussions, les ministres civils voudraient que leur soit expliquée l'utilisation faite des moyens qui ont été déboursés jusqu'à présent par le gouvernement pour le compte des FAZ. Le général Likulia s'énerve, profère des menaces à des collègues comme le ministre des finances, monsieur Marco Banguli N'sambwe, et celui de l'économie, monsieur Edouard Mambu ma Khenzu" (pp. 108-110).

b. Trafic illicite des armes

Malgré l'embargo qui pesait sur le Zaïre, le général Nzimbi de la Division Spéciale Présidentielle (DSP) acheta, au mois de janvier 1997, des armes en Corée du Nord avec des documents attestant que le Zaïre était la destination finale sans pour autant que les forces armées zaïroises en soient les destinataires. C'était le business, en pleine guerre. Le pourvoyeur des fonds pour l'achat de ces armes était M. Imad Bacri, sujet libanais propriétaire des établissements Byblos à Kinshasa. Nzimbi mit au point un affrètement maritime pour acheminer tout le matériel sur le port de Matadi. Voici ce qu'en écrit Ilunga dans son livre:

"Vers la fin février 1997, nous apprenons que la cargaison en provenance de Corée du Nord est arrivée au port de Matadi. Quand le lundi 03 mars 1997 en début d'après-midi, arrive en gare ferroviaire de Kinshasa un train chargé de près de cinq cents tonnes d'armes et de munitions, le chef d'état major général des FAZ, le général Mahele, envoie des hommes pour mettre la main dessus tandis que Nzimbi avait déjà positionné ses sbires pour en assurer la garde. La tension monte entre les deux groupes. On frôle l'échange de coups de feux entre les hommes régulièrement envoyés par le chef d'état-major général et ceux qui sont en mission illégale de protection d'un trafic. Le mot "illégalité" a-t-il encore un sens pour des hommes qui se croient tout permis?

"Le général Mahele recevra un ordre expres du général Likulia Bolongo, ministre de la défense, lui demandant de laisser Nzimbi et ses hommes prendre possession et disposer de la cargaison tant convoitée. Ainsi se dénoue sans effusion de sang zaïrois une des plus grosses opérations de trafic d'armes opérée sans gêne, en plein jour, au vu et au su de tout le monde. Que l'on ne vienne pas me dire après que le président de la République n'était pas au courant!" (p. 114).

2.2.2 Likulia, premier ministre

Le 8 avril 1997, Mobutu nomma Likulia son premier ministre. Le 11 avril 1997, Likulia publiait la liste de ses "ministres" parmi lesquels Ilunga était ministre de l'Intérieur et de la Sécurité du territoire. Voici le témoignage d'Ilunga sur Likulia premier ministre:

2.2.2.1. Cacophonie, règlement de compte et souci de promotion individuelle (égocentri sme)

"Le 8 avril 1997, quand le général Likulia devient Premier ministre de la république ou de ce qu'il en reste, il n'aura pas encore oublié les comptes qu'il avait à régler avec ses anciens responsables du secteur économico-financier du dernier gouvernement Kengo. Ils seront interdits de sortie du territoire national et jetés en pâture au public pour justifier le blocage des fonds destinés à l'effort de guerre. Ils s'en défendront avec documents à l'appui arguant du caractère revanchard et vindicatif des mesures prises à leur encontre par le général Likulia. Pendant que les responsables gouvernementaux se battent pour déterminer à qui il faut donner de l'argent pour la guerre, l'ennemi continue d'avancer." (p. 110).

L'auteur poursuit plus loin:

"Le nouveau gouvernement, dit de salut national, dirigé par le général Likulia Bolongo se met en place le samedi 12 avril 1997. Trois jours plus tard, le mardi 15 avril 1997, une déclaration du ministre de l'information, monsieur Kin-Kiey Mulumba, reprise par les médias locaux et étrangers, annonce que monsieur Kengo wa Dondo a fui le pays. La même déclaration met gravement en cause d'autres membres du gouvernement précédent. Cette déclaration du ministre de l'information, qui n'a jamais fait l'objet d'une concertation ou même de discussion en conseil des ministres, n'engage donc que son auteur. D'aucuns n'hésitent pas à accuser le Premier ministre lui-même d'en être l'instigateur ou le manipulateur de monsieur Kin-Kiey Mulumba.

"Informé de ce premier couac du gouvernement de salut national, le président Mobutu exigea du général Likulia Bolongo, Premier ministre, qu'un démenti officiel soit fait dans les plus brefs délais. L'affaire avait déjà fait des vagues, deux des anciens ministres cités dans la déclaration de monsieur Kin-Kiey Mulumba montent au créneau pour se défendre au cours d'une conférence de presse dont la tenue ne sera jamais autorisée. Visiblement, l'accession au poste de Premier ministre était, pour le général Likulia Bolongo, l'occasion de poursuivre la campagne de promotion de son image dans l'opinion et, accessoirement, de régler certains comptes personnels avec quelques individus. Pour la promotion de son image, ce ne sont pas les thuriféraires qui ont manqué. Cert ains ont été plutôt bien payés en retour, finissant par décrocher un maroquin, même de façon éphémère comme ce fut le cas pour la plupart d'entre nous.

"Une des premières instructions que le Premier ministre me donne c'est d'interdire la sortie du territoire à tous les anciens et actuels gestionnaires et mandataires de l'état. Seul le ministre de l'intérieur est habilité à donner des autorisations de sortie à ceux qui en exprimeront la demande. Je pris donc un arrêté dans ce sens. Il y aura, bien entendu, certains gestionnaires d'entreprises publiques qui sortiront du territoire avec la seule autorisation directe du Premier ministre, sans que je n'en sois même informé officiellement". (pp.135-137).

2.2.2.2. Manipulation et corruption

Il s'agit du fameux soutien des étudiants que Likulia aurait reçu quand il était premier ministre de Mobutu et dont Monsieur Geslin parle dans son article:

"Nous étions en période d'état d'urgence. Les manifestations publiques étaient donc interdites pour tout le monde. Le vendredi 9 mai 1997, pendant que nous étions en conseil des ministres, nous avons été alertés par des coups de Klaxon et des cris dans le voisinage de l'hôtel du conseil. Renseignement pris, il s'agissait d'un groupe de jeunes qui avaient organisé une manifestation " spontanée " de soutien au Premier ministre Likulia Bolongo. Ce groupe de jeunes qui est venu " spontanément " à l'hôtel du conseil était habillé en chemise uniforme, brandissant des drapelets aux couleurs nationales tout en chantant en scandant " papa Likulia tikala libela! (en lingala, cela signifie: "Que papa Likulia demeure à jamais au poste".

"Quelle ne fut pas la surprise des membres du gouvernement de voir le Premier ministre interrompre la réunion du conseil pour aller personnellement recevoir la motion de soutien des jeunes gens. Grotesque et ridicule! Plus personne n'était dupe. Le lendemain de cet incident, j'adressais au Premier ministre une lettre à laquelle je n'ai jamais reçu de réponse ou un accusé de réception" (pp.. 137-138).

Dans sa lettre, Ilunga rappelait à Likulia que le gouvernement avait interdit toutes les manifestations publiques à caractère politique; qu'il était surpris de voir le 9 mai 1997, non seulement un groupe de jeunes manifester devant l'hôtel du conseil, mais également le Premier ministre Likulia interrompre la réunion pour aller rencontrer ces jeunes, cautionnant ainsi des activités en marge de la loi. Il terminait la lettre par faire remarquer à Likulia que cette manière de procéder ouvrait une brèche dans les dispositions prises par le gouvernement en vue d'empêcher ce genre de manifestations et inconfortait le ministère de l'Intérieur et de sécurité du territoire face à d'éventuelles mais impossibles groupes analogues dont les revendications et prises de position seraient dirigées contre le gouvernement (cfr livre de l'intéressé, op.cit., p. 242, annexe25).

2.2.2.3. Répression contre l'Opposition démocratique et dictature dans la prise des décision par le gouvernement

"Le mardi 13 mai 1997, le Premier ministre réunit autour de lui les ministres de l'intérieur, de la justice, de l'information, le directeur général de la sûreté nationale, le vice-ministre à la défense, le gouverneur de la ville de Kinshasa et le secrétaire général aux affaires étrangères. Un seul point à l'ordre du jour : l'instauration ou non du couvre-feu sur la ville de Kinshasa en réaction aux trois journées "ville morte" programmées par les partis de l'opposition et les nombreux sympathisants de l'arrivée rapide de l'AFDL dans la capitale.

"C'était encore une vraie-fausse réunion. Le Premier ministre demande l'avis des participants sur l'opportunité de la mesure. Chacun y va franchement de son exposé. A la fin, nous nous entendons dire par le Premier ministre que de toute manière la mesure devait être rapidement annoncée car c'était la volonté exprimée du président de la République. Une fois de plus, il me revenait de prendre l'arrêté d'exécution de cette décision qui a pris les Kinois de court surtout à cause de l'heure décrétée de début du couvre-feu: vingt heures" (pp.138).

C'est ce Likulia-là que Monsieur Geslin présente comme proche de l'Opposition démocratique.

Conclusion

1. Les deux témoignages précités sur Likulia démentent les affirmations de Monsieur Jean-Dominique Geslin sur Likulia, et démontrent que ce dernier a même été l'un des plus grands porte-étendards et catalyseurs de l'esprit mobutiste et l'un des centres les plus actifs de la perfidie dans l'appareil mobutiste et dans la société congolaise.

2. Les auteurs cités ont également occupé de hautes fonctions dans l'appareil mobutiste. N'gbanda a été, pendant plusieurs années le cerveau même du mobutisme et de Mobutu lui-même. Nous savons bien ce qu'ils ont fait même s'ils n'en parlent pas eux-mêmes dans leurs écrits. Notre référence à leurs écrits ne les exorcise ni les cautionne. Nous avons tout simplement voulu démontrer que d'autres que nous ont révélé les vérités connues de nous depuis longtemps et qui contredisent les affirmations de Monsieur Jean-Dominique Geslin sur Likulia. La création et la lutte de l'UDPS contre le régime et l'esprit mobutiste depuis 1980 est la preuve que nous nous étions bien rendu compte de tout le mal que le mobutisme faisait contre notre Patrie et contre notre Peuple.

3. Les auteurs cités n'ont pas tiré, à la fin de leurs ouvrages, l'une des conclusions fondamentales sur le régime mobutiste, conclusion qui devrait, en même temps, être une leçon pour eux-mêmes, pour tous les autres mobutistes, et pour Kabila, le RCD, le MLC et tous leurs adeptes et parrains: le contenu de leurs livres est inhérent à tout système arbitraire, et tout système arbitraire secrète les germes de sa propre auto-destruction et finit par emporter ses propres géniteurs et même ses piliers.

4. Quant à Kabila qui s'apprête à nommer Likulia comme premier ministre de son gouvernement, il ne nous surprendra pas, car il a déjà suffisamment démontré ses limites morales, politiques et intellectuelles pour comprendre ce que le Peuple Congolais et tous les démocrates du monde attendaient de lui et y répondre adéquatement:

1.Les partis politiques sont toujours interdits. Kabila maintient toujours son décret-loi n° 194 qui tue les partis politiques dans leur essence et en fait des succursales de son Parti-Etat (cfr interview dans Le Soir du lundi 11 octobre 1999, p. 7). Le nombre des prisonniers politiques ne fait qu'augmenter. L'UDPS, qui avait osé braver, les mains nues, le sanguinaire Mobutu au plus fort de sa gloire et de sa puissance (1980), est la cible de prédilection de Kabila. Depuis le mois d'août dernier, les membres du Comité fédéral de l'UDPS/Katanga ont été arrêtés et amenés à l'ANR à Kinshasa où ils sont privés de toute visite et de tout mouvement. Il s'agit de MM. Kabu Kalala, Tshivuadi et le professeur Kambaji wa Kambaji. Menacé de mort, M. Kabalu, président du Comité Fédéral/Katanga a dû quitter le Congo. M. Joseph Kapika, le porte-parole de l'UDPS et M. Mbala, combattant très actif de l'UDPS/Matete à Kinshasa, sont en prison depuis le 30 janvier 1999.

2. Chaque jour, Kabila enrichit l'arsenal des piliers et penseurs du mobutisme autour de lui. Qui se ressemblent, s'assemblent. Les CPP ont été institutionnalisés en tant que Parti-Etat en août dernier.

3. La mise en place des institutions démocratiques et légitimes est toujours bloquée. Pendant la période transitoire actuelle comprise entre la fin de la dictature mobutiste et l'organisation des élections libres et démocratiques, un pouvoir ne peut être démocratique et légitime que s'il est l'émanation d'un cadre juridique, démocratique et consensuel, négocié et adopté par toutes les forces politiques et sociales du pays. Alors qu'il avait signé les Accords de Lusaka le 10 juillet 1999, Accords qui prévoient l'organisation d'un dialogue intercongolais d'où sortira un nouvel ordre politique au Congo, Kabila déclare après coup qu'il ne sera nullement question de la légitimité de son pouvoir et de son régime au dialogue intercongolais et que lui et son gouvernement régneront jusqu'aux élections. Il bloque, comme le RCD et le MLC, l'application des Accords de Lusaka et vient d'organiser "son" dialogue national.

4. Pour maintenir son régime dictatorial et répressif en place, Kabila est prêt garder éternellement les troupes étrangères au Congo sans se soucier de l'intégrité de notre territoire ni des atrocités de la guerre sur le pays et sur la population, à conclure n'importe quelle alliance et à signer tous les contrats léonins possibles bradant le patrimoine stratégique minier national (diamant, or, cuivre, pétrole.) avec ses parrains et hypothéquant ainsi l'indépendance et la souveraineté nationales.

5. Il importe que les Congolais et les vrais amis du Peuple Congolais traquent tous ceux (Congolais et étrangers) qui oeuvrent pour encourager la tyrannie, la domination et le pillage du Congo par une minorité de Congolais en compagnie de leurs parrains étrangers.

Fait à Bruxelles, le 18 octobre 1999

 

Pour le Bureau de Représentation de l'UDPS/BELUX

Dr François Tshipamba Mpuila,

Représentant

Dr François Tshipamba Mpuila

Représentant

 

 

 

 

Adresses de contact :