REACTIONS AUX INTERVIEWS DE Mme M'POYO KASA-VUBU ET DE M. HERVE HASQUIN SUR LA COOPERATION BELGO-CONGOLAISE

 

Réf. : RBL/UDPS/DE/150/99

 

L'interview de Mme M'POYO Kasa-Vubu publiée dans le Journal belge Le Soir du 14/08/1999 frappe par la carence d'autocritique rigoureuse sur sa collaboration avec Kabila, le manque d'analyse profonde sur la coopération belgo-congolaise passée et l'absence de vision cohérente et de perspective concrète sur l'avenir.

 

Mme M'Poyo n'a toujours pas compris qu'elle a, par sa collaboration de 12 mois avec Kabila, assassiné pour la nième fois son Père et tous les martyrs de l'indépendance et de la démocratie. L'œuvre politique par excellence léguée par le Président Kasa-Vubu à la postérité est la Constitution démocratique de Luluabourg promulguée à la fin de son mandat le 1er août 1964. La Conférence Nationale Souveraine (CNS) s'en était largement inspirée et avait revalorisé, en l'intégrant dans une synthèse supérieure, tout le patrimoine patriotique et démocratique acquis au prix du sang par les générations passées du Peuple Congolais. Telle est la loi du progrès qui, toujours et partout, procède par sédimentation. Chaque génération puise les richesses déposées dans l'histoire par les générations passées et les enrichit à son tour, ainsi de suite.

 

Kabila a amené la logique anti-progrès de substitution : il a tenté d'anéantir tout ce patrimoine pour inventer un nouveau Congo tel une générations spontanée ex nihilo. Mme M'Poyo l''a encouragé dans cette logique paléo-révolutionnaire de table rase qu'elle justifiait même par la « théorie du séisme ». N'eût été la résistance de l'Opposition démocratique, Kabila et Mme M'Poyo auraient effacé de l'histoire nationale, non seulement l'œuvre politique du Président Kasa-Vubu, mais aussi tout le patrimoine patriotique et démocratique cristallisé dans les Actes historiques de la CNS. L'histoire rappellera sans cesse à la mémoire et à la conscience du Peuple Congolais l'acte parricide de Mme M'Poyo et lui en demandera tôt ou tard les comptes.

 

Pendant que Mme M'Poyo était assise à la table du festin aux côtés de Kabila, des génocidaires, des penseurs du mobutisme, des étrangers, des vagabonds politiques comme elle et autres aventuriers et opportunistes venus comme elle de la diaspora, le régime Kabila s'illustrait par la dictature; les violations des libertés politiques et civiles et des droits fondamentaux de l'homme; et l'hypothèque de l'indépendance et de la souveraineté nationales par la nomination des étrangers dans les services publics de l'Etat (présidence de la République, gouvernement, armée, sécurité, entreprises…), la signature des contrats léonins avec les étrangers et le maintien des troupes et milices armées étrangères au Congo. En moins de six mois de règne, Kabila avait déjà porté au paroxysme l'héritage politique du mobutisme dans tous ses excès. En dépit de tout cela, Mme M'Poyo resta cramponnée à sa place à la table du festin. Elle devint même la propagandiste la plus zelée du régime fasciste et archaïque de Kabila devant la Communauté internationale à partir de l'ambassade de Kabila à Bruxelles.

 

Mme M'Poyo n'a pas non plus compris qu'elle n'aurait pas dû aller travailler dans un système politique arbitraire, sans cadre juridique consensuel, sans constitution démocratique et donc sans mécanismes de contrôle de pouvoir préalables. Le même arbitraire qui avait dicté sa nomination et qu'elle a cautionné pendant 12 mois, a fini par l'emporter elle-même en la chassant de son poste sans, il va de soi, un recours possible au sein même du régime Kabila.

Malgré son limogeage, Mme M'Poyo continua à s'accrocher au régime Kabila, suspendant tout son avenir politique à la volonté arbitraire d'un individu, Kabila dont elle implora, mais en vain, l'intervention personnelle en sa faveur. Et c'est à son corps défendant que qu'elle quitta Kabila. Elle se déchaîne aujourd'hui contre Kabila, non par intériorisation de l'idéal patriotique et démocratique, mais parce que Kabila lui a retiré les honneurs et le pain de la bouche.

 

Dans son interview sur la coopération belgo-congolaise, Mme M'Poyo passe son temps à parler des statuts de son parti aux partenaires étrangers alors que c'est aux Congolais qu'elle devrait présenter ces statuts. Elle est en quête d'un certificat d'existence auprès des parrains étrangers d'où son parti tirerait sa légitimité et sa légalité.

 

Les déclarations de MM. Hervé Hasquin, Louis Michel et Herman De Croo laissent transparaître le même affairisme, le même instinct de domination et d'exploitation qui avaient causé tant de mal aux Peuples Congolais et Belge à travers la «coopération» belgo-congolaise de 1960 à 1989. Le parti libéral revenu aux affaires s'apprête donc à réinstaurer les relations de dépendance du Congo envers la Belgique, lesquelles relations ont maintenu le Congo dans un état de sous-développement permanent. Et nous doutons que les autres partis de la coalition au pouvoir aient un idéal plus sain que les libéraux, c'est-à-dire une vision cohérente et la volonté politique d'inaugurer plutôt les relations basées sur le partenariat.

 

Dans un tel contexte, il ne suffit pas, comme le fait Mme M'Poyo, de dénoncer les intentions malveillantes du gouvernement belge et de le mettre en garde contre une reprise éventuelle de la coopération structurelle avec le tyran Kabila ou avec les rébellions armées. Il faut analyser la coopération passée, proposer une vision claire et une perspective concrète pour l'avenir, et mobiliser le Peuple Congolais et la Communauté internationale autour de cette vision et perspective. M. Louis Michel a déjà entre ses mains l'analyse globale de l'UDPS sur la crise congolaise. Il recevra, fin août courant, un document détaillé de l'UDPS sur la coopération belgo-congolaise.

 

D'orès et déjà, il importe que l'opinion sache que la Belgique, qui n'avait jamais ni voulu, ni prévu ni préparé l'indépéndance du Congo, a été contrainte d'octroyer cette indépendance notamment par les contradictions internes du système colonial, le contexte international, la lutte du Peuple Congolais et par un calcul machiavélique.

 

Après 1960, la Belgique opta pour un rêve néocolonial consistant à perpétuer la domination politique et l'exploitation économique du Congo malgré l'évolution des structures politiques. Mais la victoire des partis progressistes risquait de compromettre la réalisation de ce rêve. La Belgique et les autres pays occidentaux se coalisèrent alors avec une minorité de Congolais anti-patriotes, anti-démocrates, opportunistes et aventuriers pour bloquer la réalisation de la volonté de la majorité des Congolais consistant à être respecté dans sa dignité humaine, dans ses libertés politiques et civiles et ses droits fondamentaux , et vivre libre et heureux dans un Etat de droit réellement indépendant, souverain, démocratique et prospère.

 

La réalisation de cette volonté de la majorité fut amorcée, bien qu'à l'état embryonnaire, à travers la Loi Fondamentale issue de la Table Ronde de Bruxelles. La Belgique fut parmi les inspirateurs et les acteurs:

 

 

 

 

 

Les efforts des Congolais pour résoudre la crise politique et institutionnelle ainsi créée aboutirent à l'organisation des négociations nationales (Table Ronde de Léopoldville, Conférences de Tananarive et de Coquilhatville, Conclave de Lovanium)  à la convocation du Parlement le 5 juillet 1961;  à la formation le 2 août 1961 du gouvernement d'union nationale plébiscité par le Parlement et dirigé par Cyrille Adoula et à la Constitution démocratique de Luluabourg promulguée le 1er août 1964 par le Président Kasa-Vubu.

 

La Belgique fut de ceux qui inspirèrent:

 

 

 

 

A partir de décembre 1989, la Belgique contribua, certes, à l'isolement international de Mobutu, mais elle ne soutint pas, de façon effective et concrète, la réalisation de la volonté de la majorité clairement exprimée à travers les Actes de la Conférence Nationale Souveraine (CNS):

 

 

 

 

 

Lorsque Mobutu s'enfuit le 16 mai 1997, il laissa derrière lui un pays complètement détruit et pillé, et une population exsangue, gémissant sous le poids d'une dette extérieure de plus de 14 milliards $US. C'est aussi là le bilan de la coopération belgo-congolaise de 1960 à 1997 : elle n'a profité ni au Peuple Congolais, ni au Peuple belge, mais à Mobutu et à sa cour de receleurs du côté congolais, et à quelques familles belges (politiciens et financiers) du côté belge.

 

A l'avènement de Kabila le 17 mai 1997, au lieu de la pression – seul langage audible et compréhensible pour les tyrans – recommandée par l'Opposition démocratique congolaise afin de contraindre Kabila à initier la réconciliation politique nationale autour d'un projet de société démocratique qui serait adopté par toutes les forces politiques et sociales du pays ; et à organiser le retour négocié et en toute transparence de toutes les troupes et milices armées du Congo, la Belgique préféra plutôt assurer Kabila d'une «présence constructive et positive». Le bilan est connu: Kabila se sentit encouragé, il réalisa en très peu de temps le triste exploit de se hisser au top 10 des plus grands tyrans de l'histoire et accumula tous les ingrédients d'un mélange détonant. Le mélange explosa le 2 août 1998. Le pays fut assiégé par plus de 10 troupes et milices étrangères armées; le pays bombardé, détruit et pillé; et la population soumise malgré elle à des atrocités de la guerre et à une misère indescriptible.

 

Le gouvernement belge actuel ne peut se tromper ni de diagnostic, ni de peuple, ni d'époque. Il doit effacer définitivement l'expérience négative de la coopération vécue par les Peuples Congolais et belge de 1960 à 1989, et poursuivre les progrès, quoique timides, amorcés par le gouvernement belge précédent depuis 1989. Est définitivement révolue l'époque où il fallait soutenir une minorité d'aventuriers pour piller le Congo ou se borner à ne soigner que les symptômes des maladies et les métastases d'un cancer. Il faut soutenir la volonté de la majorité des Congolais ; poser le diagnostic étiologique et causal de la maladie et administrer subséquemment le traitement approprié.

 

La majorité des Congolais souhaite qu'entre le Congo et les partenaires s'instaurent les relations de Partenariat, c'est-à-dire les relations entre les gouvernements représentatifs de leurs Peuples respectifs et visant l'intérêt supérieur de chaque Nation et de chaque Peuple. Or, au Congo, il n'existe pas présentement un gouvernement représentatif du Peuple Congolais :

 

 

 

 

Or, la pacification et la démocratisation du Congo sont prioritaires et préalables à la paix sociale, à la stabilité politique et au progrès de toute la Région. Le gouvernement belge et tous nos partenaires doivent nous aider, avant toute chose, à résoudre le problème de légitimité de pouvoir au Congo. La légitimité du pouvoir au Congo exige que le Peuple Congolais soit la source, le fondement et le premier bénéficiaire de l'exercice du pouvoir au Congo : d'où la nécessité de passer par le dialogue intercongolais. Pour ce faire, le gouvernement belge et les autres partenaires doivent d'abord exercer toutes les pressions possibles sur les belligérants afin la guerre et ses atrocités cessent, que le retrait de toutes les troupes et milices étrangères soit programmé; et que le dialogue intercongolais débute sous les auspices de la Communauté international.

 

Ce dialogue ne sera une Conférence Nationale Souveraine-bis. Il est souhaitable qu'il soit organisé par la Sant'Egidio à cause de l'expérience, l'expertise et la crédibilité de cette Communauté italienne. Il réunira les délégués de toutes les forces politiques et sociales représentatives et significatives : le gouvernement Kabila, l'Opposition démocratique (partis politiques et société civile, dépositaire et défenseur des Actes historiques de la CNS), et les rébellions armées (RCD et MLC). Il ne réunira pas plus de 50 personnes. Il ne reviendra pas sur les fondements d'un Etat de droit indépendant et démocratique posés par la CNS : il devra les enrichir et les actualiser.

 

Pour éviter que l'application de l'Accord politique issu du Dialogue intercongolais ne soit bloqué comme cela a été malheureusement le cas pour la Loi Fondamentale issue de la Table Ronde de Bruxelles, le gouvernement d'union nationale dirigé par Cyrille Adoula, la Constitution de Luluabourg et les Résolutions de la Conférence Nationale Souveraine, le prochain dialogue intercongolais devra:

 

 

 

C'est seulement avec le gouvernement représentatif du Peuple Congolais issu de l'Accord politique, lors du dialogue intercongolais, que le gouvernement belge et les autres partenaires devront discuter des modalités de la coopération structurelle. Et parmi les problèmes que le gouvernement congolais posera à nos partenaires, il y en aura notamment les deux ci-après:

 

 

 

Fait à Bruxelles, le 24 août 199.

 

Pour le Bureau de Représentation

 

Dr François Tshipamba Mpuila

Représentant

 

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