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POUR LA DÉMOCRATIE
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DISCOURS DU REPRESENTANT DE L'UDPS/BELUX AU PARLEMENT EUROPEEN

Réf.: RBL/UDPS/PR/088/98

1. CIRCONSTANCES

Ce lundi 26 octobre 1998, le Parlement Européen attendait le discours de M. Etienne Tshisekedi, Président National de l' UDPS, Chef de file de l'Opposition démocratique congolaise et Premier Ministre Elu à la Conférence Nationale Souveraine. Le Parlement Européen avait invité M. Tshisekedi afin qu'il vienne expliquer " LE PLAN DE PAIX" proposé, le 4 septembre 1998, par les Forces politiques et sociales démocratiques du Congo au Secrétaire Général de l'ONU et à toute la Communauté Internationale en vue d'une solution globale et pacifique de la crise politique congolaise. Interdit de sortir du pays le samedi 24 octobre et mis en résidence surveillée dès 5h du matin ce lundi 26 octobre, M. Tshisekedi était absent de l'enceinte du Parlement Européen.

Samedi 24 octobre, la Représentation l' UDPS/Belux avait déjà, par un communiqué de presse, alerté le Parlement Européen et toute la Communauté internationale sur le fait que le passeport de M. Tshisekedi, qui s'apprêtait à voyager, venait d'être confisqué par la Sûreté de M. Kabila sans aucune explication. Et le lundi 26 octobre, un autre communiqué de presse, publié dans la matinée, informait l' opinion que M. Tshisekedi venait d'être mis en résidence surveillée depuis 5h du matin.

A 15h, heure où M. Tshisekedi devait prendre la parole, M. Michel Rocard, Président de la Commission parlementaire pour le Développement et la Coopération, a demandé à l'Assemblée si le Dr François Tshipamba Mpuila, Représentant de l' UDPS en Belgique, au Grand Duché de Luxembourg et auprès des Institutions Internation ales en Belgique (UDPS/BELUX) présent dans l'enceinte, pouvait prendre la parole pour expliquer ce qui est arrivé à M. Tshisekedi et ce qui se passe actuellement au Congo. Sa proposition fut acceptée par les Parlementaires, et la parole fut accordée au Dr Mpuila. Son exposé fut suivi d'un débat à l'issue duquel le Parlement prit la résolution d'envoyer une note de protestation à M. Kabila.

Voici, in extenso, le discours du Dr Mpuila:

2. DISCOURS DU REPRESENTANT DE L'UDPS

2.1. INTRODUCTION

Auguste Assemblée,

Qu'il me soit permis de dire d'emblée, sans fausse modestie ni complaisance, que l'impact de ma présence et de mes propos dans cette enceinte sera insignifiant par rapport au résultat qu'aurait provoqué le contact physique et direct entre M. Etienne Tshisekedi et le Parlement Européen ainsi que dans tous les milieux qui attendent M. Tshisekedi à travers plusieurs pays d'Europe, en Amérique, au Canada et en Afrique. Nous sommes convaincus que M. Tshisekedi aurait provoqué, au niveau de la Communauté internationale, un changement profond dans la compréhension et l'approche de la crise congolaise, et que tous les échanges auraient abouti, non seulement à la meilleure solution pour mettre un terme à la crise congolaise, mais aussi à un déclic pour une action appropriée et décisive, à l'instar de ce qui se passe au Kosovo, en faveur de la paix, du respect des libertés et des droits de l'homme, de la démocratie et du progrès au Congo. Le voyage de M. Tshisekedi allait certainement être le point de départ d'une nouvelle dynamique internationale en faveur des relations de partenariat entre le Congo et la Communauté internationale, relations nécessaires et utiles pour nos pays et nos peuples réciproques.

De gré ou de force, M. Tshisekedi a été amené, au cours de nombreuses années d'humiliations, de bannissement et de tortures, années où il a été contraint de vivre seul dans les cellules des prisons et lors de ses relégations au village, hier sous Mobutu et aujourd'hui sous Kabila, à passer au crible la crise congolaise , et à en scruter l'aval comme l'amont. Il en a, mieux que tout autre compatriote, saisi, intériorisé et métabolisé la substance intrinsèque. La nature, les événements et l'histoire ont ainsi fait de M. Tshisekedi le Symbole et la Conscience patriotique et démocratique du peuple congolais, et son Porte Parole dans sa lutte pour reconquérir sa dignité humaine et bâtir, au cur de l'Afrique, une société démocratique pluraliste, respectueuse des libertés et des droits fondamentaux de la personne humaine.

Mais cet avantage que M. Tshisekedi a su tirer de ses supplices constitue en mêe temps son drame. M. Tshisekedi est trop en avance sur ses compatriotes et sur nos partenaires. La cohérence de sa logique, la pertinence de ses positions, la profondeur de ses analyses et la justesse de ses solutions ne sont comprises que plusieurs mois et même plusieurs années plus tard. Il a beau attendre et patienter, sur la route, pour que nous le rejoignions afin qu'ensemble nous progressions sur le chemin de la paix et de l'instauration d'un Etat de droit démocratique au Congo, en vain. En effet, nombreux sont ceux qui, au Congo comme à l' Etranger, abordent, de façon superficielle ou sporadique, le problème de la crise congolaise, ils n'en saisissent pas par conséquent les causes profondes. Leurs prémisses étant fausses, les conclusions qu'ils en tirent, souvent de bonne foi, comme schémas de solution ne peuvent être qu'erronées.

C'est pourquoi, présentement, la meilleure compréhension et l'approche la plus adéquate de la crise congolaise et la solution à y apporter - solution qui soit vraie, valable et durable - passe nécessairement par M. Tshisekedi. Il appartient donc au Parlement Européen, à toutes les personnes de bonne volonté et aux organisations internationales, qui veulent contribuer réellement et effectivement à résoudre la crise congolaise, 2d'utiliser toutes les voies de droit pour obtenir la libération et le voyage de M. Tshisekedi.

Dans notre exposé, nous adresserons d'abord les remerciements au Parlement Européen et à la Communauté internationale; nous expliquerons ensuite le comment et le pourquoi de l'absence de M. Tshisekedi; nous transmettrons ensuite le message de l' UDPS au Parlement Européen et à la Communauté internationale avant de présenter un résumé succinct du plan de paix de M. Tshisekedi.

2.2. REMERCIEMENTS

Auguste Assemblée,

L'UDPS, les Forces politiques et sociales démocratiques congolaises et le peuple congolais tout entier tiennent à s'acquitter, avant toute chose, d'un agréable devoir: celui de remercier le Parlement Européen pour avoir invité M. Etienne Tshisekedi afin qu'il vienne parler de la paix. C'est un signe d'amour pour notre peuple et une marque d'intérêt pour mieux comprendre la crise congolaise et contribuer à la résoudre. Votre invitation a été judicieuse car elle était adressée à l'Homme que la Communauté internationale doit écouter et soutenir si elle veut contribuer à la solution de la crise congolaise.

Notre reconnaissance envers le Parlement Européen est d'autant plus profonde que votre invitation a déclenché, à travers le monde, d'autres invitations adressées à M. Tshisekedi. C'est ainsi qu'après son passage au Parlement Européen, M. Tshisekedi allait être reçu presque dans tous les milieux politiques, diplomatiques, syndicaux, financiers et scientifiques en Belgique avant de se rendre dans plusieurs pays de l'Europe, aux Etats-Unis, au Canada et en Afrique comme l'Apôtre de la paix, du respect des libertés et des droits de l'homme, de la démocratie et du progrès au Congo. Toutes les personnalités et toutes les organisations que nous avons contactées ont accepté bien volontiers d'avoir un échange avec M. Tshisekedi.

L'occasion nous est aussi donnée de remercier, de vive voix, le Parlement Européen et toute la Communauté internationale pour toutes les initiatives et toutes les actions passées, en cours et à venir en faveur du Congo dans le domaine de la paix, du respect des libertés et des droits de l'homme, de la démocratie, du progrès et de la libération- malheureusement encore partielle- des prisonniers politiques dont M. Tshisekedi lui-même.

2.3. LE COMMENT DE L'ABSENCE DE M. TSHISEKEDI

Auguste Assemblée,

Afin d'enlever tout alibi à M. Kabila d'empêcher le voyage de Tshisekedi, l' UDPS avait entamé, à temps, toutes les démarches administratives nécessaires au voyage. L' Administration Kabila confisqua le passeport de M. Tshisekedi et exigea de lui et de sa délégation de se procurer les nouveaux passeports congolais. Ces derniers en formulèrent la demande en bonne et due forme. Il leur été ensuite répondu que le stock des nouveaux passeports était épuisé et qu'ils ne devaient pas voyager sans lesdits nouveaux passeports. Ils réclamèrent même un autre document tenant lieu d'un nouveau passeport, en vain.

Que cette Auguste Assemblée sache que lesdits nouveaux passeports sont jusqu'à présent très rares et que leur usage n'est pas encore une obligation pour les voyageurs congolais. Allez vous-mêmes à Zaventem, vous constaterez que 90% des congolais voyagent entre Kinshasa et Bruxelles avec les anciens passeports et obtiennent l'autorisation de sortie des Services d'Immigration de M. Kabila. Samedi 24 octobre, M. Kabila chargea ses Services de la Sûreté de notifier à M. Tshisekedi qu'il lui était formellement interdit de sortir du Congo.

Et lundi 26 octobre, dès 5h du matin, la parcelle et la résidence de M. Tshisekedi ont été encerclées par les milices armées de M. Kabila. Le domicile a été violé: la porte de sa résidence a été forcée, les milices sont entrées jusque dans la chambre à coucher, ont brusquement réveillé M. Tshisekedi en pyjama, et lui ont notifié qu'elles étaient envoyées pour le surveiller et l'empêcher de sortir de sa maison. Son avenue Pétunias est fermée à la circulation et bouclée. Après le passeport, c'est la liberté de M. Tshisekedi qui vient d'être, pour la nième fois, confisquée par M. Kabila.

2.4. LE POURQUOI DE L'ABSENCE DE M. TSHISEKEDI

M. Kabila continue à humilier la Communauté internationale dont il a un profond mépris et à souffrir de l'allergie contre le respect des libertés et des droits fondamentaux de la personne humaine, dont la liberté de voyager. Il a transformé le Congo en une vaste prison où les prisonniers ne peuvent se déplacer que quand il veut et pour aller là où il veut. Le pays tout entier est soumis à sa volonté arbitraire. Tout le monde y est soumis à sa volonté arbitraire. Le voyage de M. Tshisekedi provoque une une peur bleue dans l'être de M. Kabila pour les deux raisons ci-après:

2.4.1. M. KABILA A PEUR DE LA PERSONNALITE DE M. TSHISEKEDI

M. Kabila a peur que la Communauté internationale, dans un contact physique et direct avec M. Tshisekedi, découvre qu'à côté des aventuriers et des opportunistes qui ont confisqué le pouvoir à Kinshasa, pillent le pays, le vendent à travers toutes sortes de contrats léonins et l'engagent dans une guerre absurde dont le peuple congolais et les autres africains paient déjà un prix très lourd, il y a quand même un homme d'Etat au Congo; un homme responsable et crédible; un homme qui se bat depuis 18 ans, avec une constance rare et par la non-violence, pour l'intérêt supérieur de la Nation, la paix, la dignité de son peuple et l'instauration d'un Etat de droit démocratique; un homme capable de jouer un très grand rôle dans la pacification du Congo et de toute la région; un homme à même de rassembler les congolais pour la réconciliation politique autour d'un projet de soci été démocratique; et un homme déterminé à insérer le Congo dans le concert des nations libres, démocratiques, civilisées et prospères. 4

M. Kabila craint que M. Tshisekedi, qui jouit déjà de la confiance de la majorité de notre peuple, soit découvert et soutenu aussi par la Communauté internationale dans sa lutte.

2.4.2. M. KABILA A PEUR DU TRIOMPHE DES IDEES ET DES VALEURS PRECHEES PAR M. TSHISEKEDI

Pêcheur en eau trouble, M. Kabila a aussi peur que triomphent les idées et les valeurs pour lesquelles M. Tshisekedi se bat depuis 18 ans. Car, si la paix sociale, la stabilité politique, la justice, la démocratie, les relations de bon voisinage et la solidarité entre les peuples. Car, si ces idées et valeurs l'emportent sur la dictature, la violence, la guerre, les divisions et la haine ethnique dans lesquelles M. Kabila ne cesse d'enfoncer notre pays et toute l'Afrique, le peuple congolais une fois libéré demandera des comptes à M. Kabila sur sa gestio n du pays depuis 17 mois, notamment sur le processus démocratique, le fameux plan triennal dans le domaine économique et social, le bradage du patrimoine minier national à travers des contrats léonins, et sa mauvaise gestion de l'aide politique et militaire que l'AFDL avait reçue des pays amis lors de la conquête du pouvoir l'an dernier.

C'est pourquoi, M. Kabila veut imposer le silence et la prison à M. Tshisekedi afin que ses idées et valeurs ne soient ni connues ni soutenues par la Communauté internationale.

2.5. MESSAGE DE L'UDPS

2.5.1. LE DESTIN DU CONGO

En faisant du Congo un espace politique tampon et un espace économique ouvert à tous par la liberté de commerce et l'interdiction des droits à l'importation, La Conférence de Berlin avait assigné au Congo le destin d'être la terre la plus propice aux spéculations du Capital. Mais le peuple congolais et l'UDPS ont assig né au Congo un autre destin.

a) Position géographique stratégique

Situé au coeur de l'Afrique, le Congo a une frontière commune avec neuf pays et se trouve à la croisée de plusieurs afriques: islamnique, anglophone, lusophone, francophone et arabe. Dans ses frontières actuelles, le Congo est donc le coeur de ce centre africain qui s'étend depuis le Zambèze et les frontières sud de l' Angola jusqu'au mont Cameroun au nord et aux grands lacs à l'Est.

b) Richesses

Le Congo est riche en plusieurs minérais (or, étain, diamants, argent, cuivre, coblat, cadmuim, uranium, zinc, manganèse, germanium, tantale, monazite, wolfram et cassitérite) et de plusieurs sources énergétiques (pétrole, charbon et chutes ). Le fleuve Congo et ses nombreux affluents et les lacs de l'Est est une source de poisson, de transport et d'énergie hydro-électrique. Le barrage d'Inga, en amont de Matadi, renferme une puissance de 32 millions de kilowatts.

Les conditions climatiques sont aussi idéales. Le pays chevauche l'Equateur. La partie centrale est dotée d'un climat typiquement équatorial, avec des pluies abondantes: plus de 1500 millimètres par an réparties sur toute l'année et des températures oscillant autour de 25EC. Au Nord et au Sud, une saison sèche apparaît et croît en durée et en rigueur avec la latitude. Dans la plus grande partie du pays, elle ne dépasse pas trois mois d'affilée. Partout, le total annuel des pluies est élevé et dépasse souvent largement 1000 millimètres. Le Congo est un pays propice à l'élevage. Le sol est très fertle et se prête à la culture des produits variés: coton, maïs, huile de palme, noix palmistes, café, cacao, caoutchouc, pommes de terre, blé, pois, haricots, manioc, riz, arachides, ignames, patates, thé, tourteaux, bananes, canne à sacre, papayes, cocotier, goyaves...

L'immense forêt équatoriale couvre 1 millions de kilomètres carrés et constitue une source considérable d'oxygène, de bois, de plantes médicinales, de flore et faune.

Le Congo est habité par une population estimée à 40 millions, en majorité jeune, travailleuse, généreuse et riche de plusieurs cultures entre lesquelles existent beaucoup d'affinités. Linguistiquement, trois ensembles dominent le pays. Le groupe bantou occupe l'essentiel du territoire. Le groupe des langues soudanaises se rencontre dans le Nord (Ngbaka, Ngbandi, Mbandja, Zande, Mangbetu...). Le groupe nilotique se trouve dans le Nord-Est (Alur, Lugbara, Logo).

Cette description démontre que le Congo est un géant d'Afrique et du monde. Pour le peuple congolais et l'UDPS, le Congo est appelé à être une nation-pilote pour le monde noir et même pour le monde afro-asiatique; un facteur décisif de stabilité politique, de paix sociale, d'équilibre et de progrès en Afrique centrale. Pour ce faire, le Congo doit rester un pays uni et le peuple congolais doit reconquérir sa dignité humaine et sa consistance ontologique, axiologique et culturelle et instaurer un Etat de droit démocratique au coeur de l'Afrique.

2.5.2. Crise congolaise: la cause première est le Congolais lui-même d'abord, l'Etranger ensuite.

Pour l'UDPS, ce sont les congolais eux-mêmes, d'abord, qui ont transformé leur beau et riche pays en un cancer central de l'Afrique. Toute l'Afrique centrale, victime de métastases du cancer congolais, est devenue aujourd'hui un autre "Moyen Orient".

a) la cause première

En effet, la cause profonde de la crise congolaise porte le même nom depuis la Traite des esclaves jusqu'aujourd'hui. Elle est due au fait qu'une minorité de congolais contrecarrent la lutte du peuple congolais pour sa dignité humaine, son indépendance, sa souveraineté, l'intégrité de son territoire et l'instauration d'une société démocratique pluraliste, respectueuse des libertés et des droits fondamentaux de la personne humaine. Aucun étranger ne peut s'introduire dans un autre pays, le dominer et l'exploiter s'il trouve toute la population hostile, év eillée et décidée à barrer la route à toute domination et exploitation étrangères. Mais, au Congo, il existe une minorité de Congolais qui, mus uniquement par leurs intérêts individuels et égoïstes, dépourvus de tout patriotisme et vidés de toute substance identitaire, ontologique, axiologique et culturelle, acceptent bien volontiers l'offre des étrangers désireux de dominer et de piller le Congo, et deviennent leurs complices et leurs portes d'entrée au Congo. D'autres congolais prennent même, eux-mêmes, l'initiative de sillonner des capitales étrangères à la recherche des mécènes et des parrains qui puissent les placer au pouvoir par les armes pour qu'ensemble ils pillent le pays.

b) les preuves de l'histoire

Que l'on pense aux Kapitas fournisseurs d'esclaves pendant l'esclavage; aux Kapitas médaillés lors de la colonisation; au PNP contre l'indépendance et à la Conakat pour la sécession katangaise. Les étudiants congolais de Belgique avaient exigé la révocation de Lumumba en proclamant: "Si Lumumba reste au pouvoir, nous ne verrons aucun inconvénient à l'attitude séparatiste de M. Tshombe et d'autres. Nous les encouragerons jusqu'à l'éclatement complet du pays." (La Libre Belgique du 9 septembre 1960). Andrew Tully, l'historiographe de la Maison Blanche et de la C.I.A. pour les années 1958-1961, a décrit dans son livre "C.I.A. The Inside Story", comment, dans les années 1960, certains congolais, dont Mobutu, acceptèrent d'être utilisés pour casser le courant patriotique représenté par Lumumba; bloquer le fonctionnement normal des institutions démocratiques issues de la Loi Fondamentale de la Table Ronde de Bruxelles, et instaurer un Etat néocolonial.

Pour consolider la victoire de l'Etat néocolonial, empêcher définitivement le retour du courant patriotique et bloquer la Constitution démocratique de Luluabourg, le Groupe de Binza, avec Mobutu en tête, fut utilisé et placé au pouvoir le 24 novembre 1965. Pendant plus de décennies, ces congolais " animalisèrent " leurs compatriotes et, ensemble avec leurs parrains, pillèrent leur patrie.

De 1990 à 1997, les mobutistes, les vagabonds politiques et une milice clanico-tribale armée bloquèrent l'application des résolutions de la Conférence Nationale Souveraine (CNS), et laissèrent, derrière eux, un pays complètement détruit et ruiné et une population exsangue, gémissant sous le poids d'une dette extérieure de 14 milliards de dollars US.

Alors que le peuple s'avançait doucement mais sûrement vers la victoire malgré la présence d'un M. Mobutu, politiquement et physiquement affaibli, M. Kabila, leader inventé par les étrangers, fut parachuté au pouvoir le 17 mai 1997 par les mêmes étrangers avec les armes. Par la nature du régime politique qu'il imposa à la population et sa mauvaise gestion de l'aide politique et militaire reçue par l'AFDL des pays amis lors de la conquête du pouvoir, M. Kabila aggrava la crise au lieu de la résoudre.

Il bloqua le processus démocratique. A son arrivée, la société congolaise fonctionnait déjà en partis politiques et en société civile; les mécanismes naturels de contrôle de pouvoir étaient en place et leur pouvoir s'imposait progressivement grand: presse libre, partis politiques, syndicats, organisations de défense des droits de l'homme, églises, organisations de la jeunesse, organisations des étudiants et des professeurs d'université... M. Kabila s'attaqua à tout ce patrimoine démocratique et imposa un système totalitaire, Parti Etat et policier dans la conception et dans la pratique. Furent emprisonnés les journalistes, les hommes d'église, les politiciens, les défenseurs des droits de l'homme, les étudiants, les professeurs d'université. Tous les lieux de torture laissés par M. Mobutu rouvrirent leurs portes. Les libertés et les droits de l'homme furent massivement violés: massacre de plus de 20.000 réfugiés ruandais et congolais déplacés, mutilations, flagellations publiques, exécutions sommaires, violences sur les femmes et les enfants, les expropriations extrajudiciaires, les arrestations arbitraires, les détentions illégales, les massacres massifs... Bref, en un an de règne, M. Kabila porta au paroxysme l'héritage du mobutisme dans tous ses excès.

Au lieu de confier la formation de l'armée nationale aux fils du pays formés dans les grandes académies militaires du monde mais chassés de l'armée par M. Mobutu par tribalisme, de demander en toute transparence, aux pays amis, la facture à payer pour l'aide reçue et d'organiser, pour les troupes étrangères, leur retour négocié avec leurs gouvernements respectifs, M. Kabila affirma qu'il n'y avait aucun militaire étranger sur le territoire congolais et s'appuya sur ces troupes étrangères d'occupation pour imposer sa dictature. Il confia aux étrangers civils et militaires de hautes fonctions à la Présidence de la République, au gouvernement, à la sûreté, dans les entreprises...

Mais lorsque ces étrangers, qui se considéraient déjà comme les "ayant droit" constatèrent que M. Kabila se mit à les remplacer par les katangais et fomentèrent un coup contre son pouvoir et même contre sa vie. Ce dernier les expulsa unilatéralement le 2 août 1998. Et une guerre civile éclata. Dans cette guerre, il y a, d'un côté M. Kabila qui a recouru aux étrangers pour le maintenir au pouvoir; et de l'autre côté les rebelles qui ont eux aussi recouru aux étrangers pour con quérir le pouvoir.

Voilà pourquoi l'UDPS dit que la crise congolaise est avant tout politique et interne. Ce sont les congolais eux-mêmes qui doivent avant tout changer d'attitude vis-à-vis de leur propre pays, préférer négocier entre eux plutôt qu'incriminer avant tout les étrangers ou les faire intervenir dans les problèmes internes pour qu'ils jouent le rôle primordial.

3. PLAN DE PAIX DE M. TSHISEKEDI

MEMORANDUM DES FORCES DE L'OPPOSITION DEMOCRATIQUE DE LA RDC DIRIGEES PAR M. ETIENNE TSHISEKEDI WA MULUMBA, PREMIER MINISTRE ELU A LA CONFERENCE NATIONALE SOUVERAINE ET PRESIDENT DE L'UDPS, ADRESSE AU SECRETAIRE GENERAL DE L'ONU ET A LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE CONCERNANT LE REGLEMENT POLITIQUE GLOBAL ET DURABLE DE LA CRISE EN RDC.

Monsieur le Secrétaire Général,

En ma qualité; de chef de file des forces de l'opposition démocratique et de Président de l'UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), principal parti de l'opposition en RDC, je tiens, tout d'abord, à vous exprimer ma joie de voir un enfant de l'Afrique, en votre auguste personne, présider aux destinées de l'Organisation des Nations Unies à l'aube du XXI ième siècle.

Je vous souhaite donc plein de succès dans vos lourdes responsabilités et saisis également cette opportunité pour vous présenter mes sincères remerciements, et à travers votre personnalité, à tous les Etats membres de l'ONU pour l'intérêt et la solidarité qu'ils manifestent concernant le règlement de la crise grave et pleine de dangers qui secoue actuellement mon pays et toute l'Afrique centrale.

Le présent mémorandum, que j'ai l'honneur de soumettre à vous-même et à la communauté internationale au nom de toutes les forces de l'opposition démocratique en RDC et de notre peuple, a pour objet:

I) exposer les causes et les effets de la guerre civile actuelle aggravée par ses manifestations régionales,

II) présenter un plan de règlement politique de la crise susceptible d'avoir un très large soutien de la population et des forces politiques démocratiques et

III) lancer un appel pressant et pathétique à vous-même et à toute la communauté internationale en vue de soutenir et de faire aboutir le plan de règlement politique de la crise dont les grandes lignes seront exposées plus bas.

I. LES CAUSES ET LES EFFETS DE LA GUERRE CIVILE ACTUELLE

A. Les causes de la guerre civile

1- Les causes de la crises se trouves essentiellement à l'intérieur même de la RDC à savoir: absence de démocratie et de l'Etat de droit, violations des droits de l'homme et des libertés fondamentales, gestion chaotique et opaque des affaires de l'Etat, corruption, népotisme, incompétence notoire des principaux responsables politiques du pays, etc.

2- Compte tenu de ce qui précède, le Gouvernement en place n'a pas été capable de contrôler efficacement la frontière orientale avec l'Ouganda et le Rwanda en vue d'empêcher les forces rebelles de ces deux pays d'utiliser le territoire congolais comme base arrière ou voie de passage pour attaquer leurs pays. Il n'a pas été non plus capable de résoudre certains problèmes préoccupants sur le plan national comme celui de la nationalité ou les conflits de terre qui endeuillent régulièrement les provinces du nord et du sud Kivu à l'est de la RDC.

3- Les forces démocratiques ont régulièrement dénoncé cet état de choses et demande au Président KABILA d'entreprendre des réformes démocratiques et économiques suivant le schéma tracé par la conférence nationale souveraine tenue en 1992 en vue de créer un Etat stable et fort capable de résoudre les problèmes nationaux et de vivre en bon voisinage avec les Etats voisins.

4- Le Président KABILA ayant refusé d'entendre ces appels répétés et privilégiant les méthodes de renforcement d'un pouvoir personnel et totalitaire, une partie de ses anciens alliés nationaux et étrangers a pris les armes contres son régime. D'autre pays étrangers sont venus également au secours du Président KABILA pour l'aider à se maintenir au pouvoir. De ce fait, la guerre civile comporte donc des aspects nationaux et régionaux auxquels il convient de trouver des réponses appropriées en vue de parvenir à une paix durable en RDC et dans la région des Grands Lacs.

B. Les conséquences de la guerre civile

5- Les effets néfastes de la guerre sont bien connus. Pour la RDC, ces effets sont encore beaucoup plus graves du fait que déjà en temps de paix le Gouvernement KABILA était incapable de résoudre les problèmes de la population. Il convient de préciser que la situation des droits de l'homme est sérieusement affecté par la guerre sans négliger l'appauvrissement croissant des populations et autres difficultés sociales.

Cette situation appelle donc une réaction rapide des forces démocratiques de la RDC et de la communauté internationale en vue de parvenir à la paix et d'éviter une catastrophe sociale plus grande tant dans le pays que dans la région des Grands Lacs. Le plan de règlement politique ci-dessous peut permettre d'atteindre ce résultat sans trop de difficultés.

II. PLAN DE REGLEMENT POLITIQUE DE LA CRISE EN RDC

6- La position de l'UDPS et de toutes les forces de changement démocratiques concernant le règlement politique de la crise grave qui secoue actuellement la RDC repose sur le principe fondamental suivant: "Il n'y a aucune raison sérieuse et défendable

- d'envoyer à la mort la jeunesse de notre pays et celle des pays africains impliqués militairement dans le conflit,

- de gaspiller inutilement dans un conflit armé les maigres ressources financières de la RDC et celles d'autres pays africains concernés,

- de troubler gravement la paix en RDC et dans la région pour un problème politique principalement interne à la RDC qui peut être résolu autour d'une table de négociation en vue de conclure un accord politique global satisfaisant pour toutes les parties concernées."

7- Compte tenu de la gravité et de la complexité du conflit armé qui se déroule actuellement en RDC, et des dangers réels qu'il présente pour la paix et le développement dans le pays et dans la région je suis convaincu que la solution ne peut être une solution militaire et qu'il y a impérieuse nécessité d'obtenir un arrêt des hostilités et de conclure un règlement politique global, comprenant des aspects nationaux et régionaux, impliquant toutes les forces politiques représentatives du pays sans exclusion et bénéficiant d'une garantie internationale.

8- C'est pour parvenir à un tel règlement politique global que j'ai exprimé publiquement le 23 Août 1998 ma volonté de rencontrer le Président KABILA et les dirigeants de l'opposition armée basés à GOMA. Dans le même ordre d'idée, j'ai lancé un appel à la communauté internationale et aux Etats Africains intéressés, avec disponibilité de rencontrer certains hommes d'Etats africains et étrangers, en vue de solliciter leur soutien politique et diplomatique pour un règlement politique de la crise sous examen.

Les grandes lignes du plan de règlement politique proposé

9- D'après les forces de l'opposition démocratique dont j'assume le leadership, le plan de règlement global de la crise en RDC peut être résumé comme suit.

A. Au niveau national

10- La crise ayant ses causes profondes à l'intérieur même de la RDC, notamment l'absence de démocratie et d'un Etat de droit respectueux des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'une gestion chaotique et opaque des affaires de l'Etat, il convient de traiter sérieusement et sans complaisance ces causes pour mieux juguler leurs effets néfastes aux niveaux national et régional.

11- Ainsi le schéma suivant est proposé au niveau national

A.1 Organisation sous les auspices de l'ONU, l'OUA et des SADC d'une négociation regroupant toutes les forces politiques représentatives et significatives du pays (Gouvernement KABILA, opposition démocratique non-armée et opposition armée).

A.2 Conclusion d'un accord politique prévoyant:

A.2.1 La mise en place d'un parlement de transition.

A.2.2 L'adoption par le parlement d'une constitution garantissant une gestion démocratique et transparente du pouvoir pendant la transition dont la durée serait de 24 mois, conformément aux principes démocratiques élaborés par la conférence nationale souveraine tenue en 1992.

A.2.3 La formation d'un Gouvernement d'unité nationale restreint et responsable devant le parlement. Comme le parlement, le Gouvernement d'unité nationale devrait comprendre toutes les forces politiques représentatives et significatives du pays.

A.2.4 La fusion des deux forces armées qui se sont affrontées sur le terrain en vue de créer une seule armée nationale républicaine et soumise au pouvoir civil avec l'assistance de l'OUA et de l'ONU.

A.2.5. Le déploiement d'une force internationale de maintien de la paix ou d'interposition pour faire respecter le cessez-le feu et prévenir la reprise des combats jusqu'à la tenue des élections libres et démocratiques.

A.2.6 Création d'un groupe d'observateurs de l'accord de paix.

A.2.7 L'adoption d'un calendrier électoral réaliste pour l'organisation des élections à tous les niveaux en vue de permettre à notre peuple de se donner rapidement les dirigeants de son choix et régler la question de la légitimité du pouvoir dans le pays. Il va de soi que l'organisation des élections sera précédée de l'adoption par le parlement provisoire de la constitution définitive qui sera soumise au référendum populaire.

A.2.8 Intervention du Conseil de sécurité par voie d'une résolution contraignante pour offrir une garantie internationale de la bonne exécution de l'accord de paix et surtout du respect des résultats des élections à venir par toutes les forces politiques concernées.

12- Il convient également de souligner ici que compte tenu de la complexité de la situation politique et de la possibilité éventuelle du rejet des résultats des élections par une force politique qui aurait été battue, nous marquons notre nette préférence pour la tenue des élections libres, honnêtes et transparentes sous la supervision de l'ONU et de l'OUA avec la présence d'un représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies et des observateurs internationaux indépendants.

B. Au niveau régional

13- Partant des principes selon lesquels " les Etats démocratiques ne se font pas la guerre mais résolvent leurs conflits par des moyens pacifiques" et " la politique extérieure d'un Etat est le reflet de sa politique intérieure" , nous réaffirmons ici que seul un Congo devenu un Etat réellement démocratique et de droit tourné vers la paix et le développement peut non seulement stabiliser et améliorer sa situation intérieure mais également contribuer à la sécurité et à la stabilité politique de ses voisins.

14- La priorité consiste donc à démocratiser la RDC et en faire un Etat de droit stable, fort et pacifique géré par des dirigeants responsables et compétents démocratiquement élus et qui, de ce fait, ne saurait constituer une quelconque menace ou une cause d'insécurité et d'instabilité politique pour les Etats voi sins.

15- Dans ses aspects régionaux, le plan de règlement politique global devrait comporter les points ci-après:

B.1 La réaffirmation par tous les Etats de la région, conformément au droit international, du caractère sacré et de l'intangibilité de leurs frontières actuelles consacrées dans les traités internationaux en vigueur.

B.2 La mise en place d'un mécanisme approprié pour assurer la sécurité le long de la frontière entre la RDC et l'Ouganda et le Rwanda, avec possibilité des patrouilles militaires conjointes et installation des points d'observation contrôles par une force internationale pour éviter que le territoire congolais ne soit utilisé par les forces rebelles de l'Ouganda et du Rwanda pour diriger des attaques armées contre ces deux pays.

B.3 Le respect par la RDC des accords internationaux conclus avec les pays africains et étrangers.

B.4 Le retrait ordonné et programmé de toutes les armées étrangères se trouvant sur le territoire de la RDC après la mise en place des institutions politiques de la transition et leur remplacement par une force internationale de maintien de la paix.

III. APPEL SPECIAL A LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE

16- L'opposition démocratique croit en la vertu du dialogue et de la concertation politique ainsi que de la non-violence en vue d'instaurer une paix durable en RDC condition sine qua none pour construire un Etat de droit fondé sur la liberté et la justice et capable d'entreprendre un développement durable des populations.

17- Elle croit également, malgré les apparences trompeuses, que le peuple congolais a les capacités d'assumer son destin et de mener jusqu'au stade final son combat pour l'instauration d'un Etat de droit dans le pays.

18- C'est pourquoi, toutes les forces de l'opposition démocratique lancent, par ma voix, un appel spécial au Secrétaire Général des Nations Unies et à toute la communauté internationale en vue de soutenir par tous les moyens nécessaires ce plan de règlement politique qui reste cependant perfectible et adaptable à l'évolution générale de la situation.

Dans l'espoir que le présent mémorandum retiendra votre particulière et bienveillante attention, je vous prie d'agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l'Assurance de ma haute considération.

Fait à Kinshasa, le 04 Septembre 1998

Etienne TSHISEKEDI WA MULUMBA



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