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Congolais, sortons de la naïveté !

A lire les journaux congolais et à suivre, l`intense activité de L. Michel, Ministre belge des Affaires étrangères, depuis la suspension du DIC à Addis-Abeba, on est devant une réalité; c`est la naïveté nationale. L. Michel convoque et des acteurs politiques répondent. L. Michel modifie l`entente de Gaborone qui élargit le cadre du Dialogue Intercongolais et demande à la place que seuls des protagonistes de la guerre se retrouvent pour le partage du pouvoir; ce qui aliènerait profondément les objectifs que des acteurs congolais ont voulu assigner à ce forum, il y a bien des congolais pour approuver cela. La presse nationale parle de la communauté internationale en terme de bienfaiteur. A observer tout cela, on est enclin à croire que les acteurs politiques congolais concernés n`ont confiance ni en eux-mêmes ni à la grandeur de leur peuple ni encore moins à l`importance de leur pays. Leur attitude devant des sollicitations internationales obéissent à la naïveté.

Que des Congolais attendent à voir le sort que la communauté internationale réserve à leur pays, ce qui est, malheureusement vrai, rélève de la naïveté et de l`ignorance des enjeux du monde. La communauté internationale est dominée par le capital privé, dont l`objectif majeur reste l`accumulation de ce dernier par le moyen du profit. Un capital à la recherche des sociétés publiques privatisables, à la recherche des lieux de production à meilleur marché, à la recherche d`une main d`oeuvre bon marché, à la recherche des voies et moyens du recouvrement de la dette contractée par des dictateurs du tiers monde, à l`époque de la guerre froide, lorsque les États- Unis, par le biais de la Banque mondiale et du FMI, avaient intérêt à les chôyer. Bref, des puissants détenteurs des capitaux sont impertubablement occupés à élargir leur terrain d`exploitation, afin de s`assurer plus de richesse. C`est la "mondialisation" du capital, détenu essentiellement par des privés des Etats-unis, d Angleterre, de la France, la Belgique, etc.qui est marche. L`approche pour la pénétration du terrain, c`est la libéralisation des frontières. Ils sont donc opposés à toute possibilité d`État responsable ou véritablement souverain dans des pays pauvres, surtout ceux qui régorgent des ressources naturelles et humaines considérables. Car, il faut éviter que ceux-ci viennent établir des lois qui protègent l`économie nationale et gênent, par ce fait, la circulation libre des produits des grandes corporations. C`est à ce titre que Tshisekedi, indépendant et nationaliste, est redouté. Par contre, un Président- pupette, comme J. Kabila et un Premier ministre mariionnette comme Kengo wa Dondo, feraient leur affaire. Ce type de dirigeants se mettraient au service de la dette, peu importe alors qu`ils sont capables de consommer et, par ce fait, de faire tourner l`économie. Dans le schéma actuel de L. Michel, ce qui est visé, c`est de voir l`économie du Congo se mettre au service de la dette, par le moyen d`ajustement structurel. Ce qui ne peut se traduire que par un appauvrissement davantage.

C`est pour le recouvrement de la dette que mondiale et le FMI interviennent avec le programme d`ajustement structurel, ce qui implique gel des dépenses d`État en vue de soutenir le remboursement de la dette. Avant de réussir le test imposé par ces institutions de Bretton Wood, pas d`aide au développement. Comprenez alors la misère des fonctionnaires et le délabrement des infrastructures ( hôpitaux, routes et autres infrastructures sociales). C`est aussi l`aubaine pour la privatisation des entreprises publiques au profit des corporations internationales. Et lorsque, pour assainir les finances publiques, un agent de la Banque mondiale vient à gérer la banque nationale, l`aliénation de la souveraineté nationale est consommée. Qui peut me donner un seul exemple, à part le Ghana, où le programme d`ajustement structurel a promu le développement? Et pourtant, ces puissants États finiraient par établir des relations de partenariat ( de respect mutuel et d`échanges) avec notre pays, si les Congolais se déterminaient à exercer leur souveraineté. Nous avons des ressources à développer et ils ont l`expertise et la technologie à offrir, occasions d`emplois pour des experts.

Les acteurs de la communauté internationale tels que décrits ci-dessus sont au service du capital international, pas de notre pays. Leur visée principale démeure l`accumulation du profit. Les gouvernements du monde libéral sont largement influencés par ces puissants financiers. Ce n`est pas d`eux qu`il faut attendre qu`ils viennent régler le sort de notre pays à notre avantage. Ce qu`il faut, par contre, c`est une mobilisation nationale, pour contrer des tentatives comme la confiscation du DIC. On devrait s`opposer énergiquement à l`initiative belge et à la concertation d`Abuja. On devrait se mobiliser aussi pour financer nous-mêmes la tenue du DIC sur le sol congolais ou africain. L`activisme de Louis Michel ne vise pas l`intérêt des Congolais et l`allégeance du gouvernement Kabila et des rebelles au schéma d`Abuja est une preuve de grande naïveté et de l ìgnorance des enjeux.

Comme l`a lancé mon ami Olengankoy, une modique côtisation pour la tenue du DIC, de la part de tout congolais à l`étranger, pourrait permettre de réunir le fond nécessaire. Une pareille initiative nous attirerait le respect et la crainte de la communauté internationale. Avec des institutions de transition décidées souverainement par des Congolais, commencerait la démocratie profonde, condition de notre développement. Nous pouvons le faire. Il suffit une prise de conscience et un déclencheur.

La disponibilité des Congolais à attendre que la communauté internationale détermine de leur sort frise une maladie. Tous les peuples du monde sont responsables de leur détermination. Si nous refusons de nous libérer du joug colonial qui nous poursuit aussi bien sur le plan politique qu`économique, il n`y aura point de salut pour les Congolais. Car, la mondialisation, une extension du capital occidental dans sa forme actuelle, ne serait attrayante pour les Congolais que dans la mesure où ils peuvent constituer un État fort et un capital national. Cet objectif réquiert une démocratie de fond qui libère les initiatives et l`esprit d`entreprise des citoyens, sous la protection de l`État. Ce type de démocratie de participation ne se donne pas, le peuple lui-même l`arrache. Il est donc impérieux que les Congolais se mobilisent pour le contrôle du DIC, à partir duquel se mettraient en place des institutions capables d`orienter la démocratie et le développement à l`avantage national. La crise congolaise appelle que les Congolais se libèrent. C`est de l`emprise des puissances occidentales qu`il faut se libérer.

Marc Kapend
Canada


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