![]() |
|
|
[Page principale] [Home page] «La République Démocratique du Congo : vers quel avenir?»Tel a été le thème de la Conférence-débat organisée le 23 septembre 2000 au Hauss der Kirch, Bastionsstr. 6, Düsseldorf-Altstadt, en Allemagne par Dialog International, Association pour la promotion de la paix et du développement, Postfach 26 01 24, D-40094 Düsseldorf, tél./Fax (0211) 31.26.08 MM. François Tshipamba Mpuila et Gilbert Ramazani, Représentants de l’UDPS respectivement au Belux et en Italie, ont été invités à cette conférence- débat parmi les orateurs. Voici leurs textes: 1. Le texte du Dr François Tshipamba MpuilaA. Etat de lieu La reproduction du régime léopoldien par Mobutu hier et par Kabila aujourd’hui, donne au Congo un état de lieu inchangé depuis la Conférence de Berlin jusqu’à ce jour. Le pays est, non un Etat, mais une jungle, une foire, une entreprise commerciale et financière, administrée tour à tour par différents régimes de terreur imposés chaque fois par une minorité de congolais, bandits armés et groupes mafieux soutenus par des étrangers et n’ayant d’autre source de légitimité que la puissance de leurs armes. Ils imposent le silence et leur volonté arbitraire à la population et pillent les richesses nationales. Privés de leurs libertés politiques et civiles et de leurs droits fondamentaux par ces chefs de guerre, les Congolais sont des esclaves écrasés par des corvées et plongés dans une souffrance et une misère indescriptibles. Pour masquer leur incompétence à procurer à la population le bonheur collectif et leur volonté de retarder indéfiniment l’insertion du Congo dans le concert des nations libres, civilisées, démocratiques et prospères, les aventuriers au pouvoir s’autoproclament des révolutionnaires nationalistes alors qu’ils ont été placés au pouvoir par des étrangers et s’y maintiennent grâce aux étrangers; signent des contrats léonins bradant le patrimoine minier stratégique national et hypothéquant la souveraineté nationale; nomment des étrangers civils et militaires à des fonctions dans les services publics de l’Etat et pillent les richesses nationales à travers des sociétés-écrans créées avec des parrains étrangers. Sans gêne, ces destructeurs de leur propre pays et bourreaux de leurs compatriotes accusent les néocolonialistes occidentaux et les voisins africains d’être la cause de tous les malheurs du Congo et enivrent la population de haine contre eux. Ils inventent des complots internationaux contre la Patrie; fabriquent des traîtres qu’ils tuent grâce aux jugements expéditifs rendus par des cours d’ordre militaire; créent des saboteurs; engendrent des boucs émissaires; font de la guerre et de ses atrocités sur notre Peuple un fonds de commerce; bombardent les infrastructures scolaires, sanitaires et routières, les civils innocents et leurs maisons; rançonnent la population déjà exsangue sous l’alibi de l’effort de guerre pendant qu’eux viennent faire le tourisme à travers le monde et payer des villas en Europe; excellent dans les mensonges, la corruption, le clientélisme, le tribalisme, le favoritisme, les vols et les viols; multiplient les lieux de torture; renforcent la répression… B. Les esclaves et les débiles mentaux de demain Si rien ne change, les enfants de demain connaîtront le même sort que leurs ancêtres sous Léopold II, leurs grands- parents sous Mobutu, et leurs parents sous Kabila: les esclaves misérables enfermés dans une vaste prison par les malfaiteurs armés pillant impunément les richesses nationales. Et nés d’une population mal nourrie, stressée, souffrant de maladies carentielles graves, étouffant dans un environnement insalubre et fragilisée par des épidémies et des endémies, les enfants de demain seront même des débiles mentaux incapables de performances exigées pour survivre dans un monde de plus de plus compétitif, et ils se livreront, eux-mêmes et sans effusion de sang, en pâture aux autres peuples pour être placés sous tutelle, recolonisés et exploités. C. Les conditions d’un avenir radieux C.1. La culture politique et la conscience patriotique et démocratique L’avenir du Peuple Congolais réside en premier lieu dans l’acquisition de la culture politique et de la conscience patriotique et démocratique et leur large diffusion dans la majorité de la population. C’est ce critère qui fait que les peuples aient des systèmes et des dirigeants politiques qu’ils méritent. Léopold II et Mobutu ont pu, et à peu de frais, imposer leur volonté arbitraire et piller le Congo à cause de l’inconscience, de la naïveté et de l’absence de culture politique dans la population. L’UDPS, en installant, à partir de 1980, une opposition politique, permanente et pacifique à l’intérieur du pays, au cœur même de la population et sur le terrain de la dictature, a joué un rôle fondamental dans l’éducation politique de la population et l’émergence progressive de la conscience démocratique. Ce travail de fonds produisit ses effets en 1990 : l’aveu, par le dictateur, de l’échec flagrant et généralisé de son régime et son acceptation du pluralisme idéologique et politique; la naissance des autres forces politiques et sociales démocratiques internes et la tenue de la Conférence Nationale Souveraine (CNS, 1991-1992) qui posa les fondements d’un Etat de droit souverain, démocratique, moderne et prospère. Le processus démocratique étant devenu l’affaire du Peuple lui-même, Mobutu ne réussit pas à anéantir ou à contourner les acquis de la CNS entre 1992 et 1997. Et le désaveu politique précoce de Kabila est essentiellement dû à son refus de poursuivre le processus démocratique initié par la CNS. C’est la poursuite inlassable de l’éducation politique de la population qui transformera les Congolais, aujourd’hui esclaves, en Citoyens. Alors, ils combattront, d’eux-mêmes et spontanément, l’esclavage, l’oppression, l’exploitation, la dictature, tout pouvoir politique imposé de l’extérieur ou d’en haut et toute légitimité issue de seules armes. Ils auront une conscience aiguë d’appartenir à une collectivité politique et définiront cette appartenance par des droits, des devoirs, des responsabilités et des garanties.... Ils s’intéresseront à la gestion de leur Cité et auront la volonté d’agir de manière responsable dans la vie publique. Ils ne se contenteront plus d’occuper des postes dans la société sans s’intéresser à modifier les décisions et les lois qui en règlent le fonctionnement. Ils ne reculeront plus devant de grands sacrifices pour libérer leur pays. Ils placeront l’Intérêt général avant des intérêts individuels. Ils trouveront dans leur Nation une valeur sublime dont ils n’accepteront plus jamais l’hypothèque de l’indépendance, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale. Ils découvriront la valeur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et s’empresseront d’en intérioriser le contenu. Ils sauront que les libertés politiques et civiles et les droits fondamentaux ne sont pas des épiphénomènes, des appendices ou des attributs accessoires dont l’homme peut se passer, mais bien des facultés naturelles de l’homme; que leur respect constitue la reconnaissance minimale de la dignité humaine; et que celui qui en prive ses compatriotes traite ces derniers d’esclaves, d’animaux ou d’objets. Ils seront alors jaloux de leurs libertés et de leurs droits fondamentaux et seront prêts à mourir pour leur inviolabilité. Ils ne mettront plus jamais leur liberté - ce plus grand bien reçu par la naissance - aux pieds d’un César, d’un chef temporel : Léopold II, Mobutu, Kabila… Les Congolais se considéreront alors comme la seule source et le seul fondement de tout pouvoir politique au Congo, de son organisation et de son exercice. Ils se battront tous pour la construction effective, au Congo, d’une société démocratique pluraliste. Ce système politique s’est avéré être l’un des facteurs les puissants de l’évolution et du progrès des sociétés et des peuples notamment par son dynamisme intrinsèque fondé sur la liberté; l’encouragement de l’initiative, de l’inventivité, de l’imagination, de la compétition et de l’esprit d’entreprise. Ce système est aussi le seul qui peut, le mieux, grâce notamment à la limitation de pouvoir, à la représentativité et aux autres mécanismes de contrôle de pouvoir qui lui sont inhérents, respecter les libertés et les droits fondamentaux des citoyens. Ils découvriront que la démocratie n’est pas seulement une formule d’organisation politique ou une modalité d’aménagement des rapports socio-économiques, mais qu’elle est encore et surtout une valeur. C’est cette valeur – l’inaliénable vocation des hommes à prendre en charge leur destin individuel et collectif - qui constitue l’unité profonde des différentes conceptions de la démocratie, conceptions qui s’enchaînent les unes aux autres comme autant d’incarnations de l’idée démocratique qui se fait de plus en plus exigeante au fur et à mesure que ses impératifs sont satisfaits. C.2. Le respect de l’historicité et de la loi de la sédimentation. 1. Le cas du Congo. Nous ne reviendrons jamais suffisamment assez sur cet élément à la lumière de ce qui s’est passé au Congo depuis 1960 jusqu’à ce jour. En effet, au Congo, c’est la loi de la table rase qui règne, bloquant le pays au point de départ et le ramenant même vers le Moyen-Age. La détermination des Congolais pour obtenir l’indépendance nationale les a conduits à accepter la mort le 4 janvier 1959 et à exiger la tenue de la Table Ronde d’où sortit la Loi Fondamentale de mai 1960. Cette Charte contenait le patrimoine humain, patriotique et démocratique dans lequel se reconnaissaient nos compatriotes de cette époque-là; donna lieu aux élections démocratiques de mai 1960 et aux institutions démocratiques de 1960 et à leurs animateurs démocratiquement élus. Mobutu vint annihiler ce patrimoine, bloquer le fonctionnement des institutions démocratiques par son coup d’Etat du 14 septembre 1960 et fit renaître un état néocolonial de ses cendres. Les efforts et les sacrifices des Congolais pour sortir le pays de la crise institutionnelle issue de ce coup d’Etat aboutirent à la formation du gouvernement d’Union Nationale d’Adoula (2 août 1961) et à la rédaction de la Constitution démocratique de Luluabourg (1er août 1964) par les propres fils du pays: dans la charte, le patrimoine patriotique et démocratique de la Loi Fondamentale se trouvait intégré dans une synthèse supérieure. Le groupe de Binza dont Mobutu était le chef de file, et leurs parrains étrangers perturbèrent le fonctionnement normal de ce gouvernement notamment en provoquant des remaniements intempestifs, sans l’aval du Parlement, remaniements par lesquels les patriotes furent remplacés par les agents néocoloniaux dont les partis avaient été écrasés aux élections de mai 1960. Et le 24 novembre 1965, Mobutu, le même groupe de Binza et leurs parrains étrangers bloquèrent l’application de la constitution de Luluabourg; firent table rase du patrimoine humain, politique, patriotique et démocratique accumulé dans la Loi Fondamentale et dans le constitution de Luluabourg. De nulle part et de néant, ils inventèrent un Congo nouveau, tel un surgissement pur; et imposèrent une dictature néocoloniale féroce. Pendant plus de trois décennies, une dictature féroce, la pensée unique, le Parti-Etat et la répression traitèrent les Congolais comme des esclaves en les privant de toutes leurs libertés politiques et civiles et de tous leurs droits fondamentaux; bloquèrent toute dynamique et toute évolution politique de l’homme congolais et de toute la société congolaise. Le combat pour la liberté, initié par l’UDPS depuis 1980 aboutit, en 1990 à l’instauration du pluralisme idéologique et politique. L’UDPS et avec elle toutes les forces politiques et sociales démocratiques nées en 1990 mobilisèrent le Peuple et acculèrent le dictateur à convoquer la CNS, un forum de dialogue et de négociations nationales. Les Congolais se battirent jusqu’au martyre le 16 février 1992 pour obtenir le déroulement harmonieux de ce forum jusqu’à sa fin. La CNS, au-delà de ses lacunes et imperfections inhérentes à toute œuvre humaine et dues aussi à un contexte politique où Mobutu jouissait de l’appui total de DSP et où la classe politique congolaise était encore plus qu’aujourd’hui médiocre et dominée par le syndrome du vagabondage politique, avait fait progresser la culture politique et la conscience patriotique et démocratique des Congolais et le processus démocratique au Congo. a) Ce fut, dans l’histoire du Congo jusqu’à ce à jour, le plus grand forum de dialogue, de concertations, de négociations nationales et de représentativité. Les 2850 délégués étaient issus de toutes les provinces, catégories, couches et tendances idéologiques, intellectuelles, culturelles, confessionnelles, politiques et sociales de toute la Nation congolaise. b) Ce fut aussi le forum le plus long de notre histoire. La CNS a duré 16 mois (7 août 1991- 6 décembre 1992) tandis que la Table Ronde avait duré 1 mois (20 janvier-20 février 1960), la Table Ronde de Bruxelles 33 jours (25 janvier-16 février 1961), la Conférence de Tananarive 5 jours (8 mars-12 mars 1961), la Conférence de Coquilhatville 35 jours (24 avril-28 mai 1961), le Conclave de Lovanium 12 jours (22 juillet-2 août 1961). c) C’est le forum qui a traité tous les problèmes d’intérêt général et de toute la vie d’une Nation de 1960 jusqu’à sa tenue: politique, droit, culture, économie, finances, famille, mère et enfant, santé, agriculture, mines, portefeuille, défense, sécurité, forêts, eaux, éducation, recherche scientifique, crimes politiques et économiques… Pour rappel, la Table Ronde de Bruxelles s’était limitée aux problèmes politiques (mise en place d’une Charte démocratique provisoire devant gérer le Congo pendant la Ière législature 30 juin 1960-30 juin 1964) tandis que la Table Ronde de Léopoldville, la Conférence de Tananarive, la Conférence de Coquilhatville et le Conclave de Lovanium s’étaient limitées à chercher la solution à la crise institutionnelle provoquée par la révocation du Premier ministre Lumumba, le coup d’Etat du 14 septembre 1960 et l’assassinat du Premier ministre. La CNS a fait la relecture de toute l’histoire nationale; diagnostiqué la cause profonde de la crise congolaise; intégré dans une synthèse supérieure le patrimoine humain, politique, patriotique et démocratique contenu dans la Foi Fondamentale et la Constitution de Luluabourg et balisé l’avenir en posant les fondements d’un Etat de droit souverain, démocratique, moderne et prospère. d) Ces fondements se trouvent dans les Actes de la CNS ci-après: la constitution démocratique de la transition et le projet de constitution de la 3ème République qui ont adopté La Déclaration universelle des droits de la personne humaine dans toute son intégralité, les directives et orientations pour gérer chaque secteur de la vie nationale, le code d’éthique pour la bonne gouvernance, le profil des dirigeants de la Transition et de la 3ème République, le programme du gouvernement de Transition, l'élection démocratique du Premier ministre du gouvernement de Transition, la mise en place du gouvernement de transition et des animateurs des institutions de la Transition. La CNS a été une véritable école de débat démocratique et d’éducation populaire. Le Peuple Congolais a adhéré à ces Résolutions de la CNS, en a fait son affaire et les défend jusqu’aujourd’hui. e) Mobutu bloqua l’application des Actes de la CNS par son coup d’Etat du 1er décembre 1992 et tenta, par tous les moyens mais en vain, d’imposer la dictature et sa volonté arbitraire entre 1992 et 1997. Le Peuple Congolais se désolidarisa, pendant ladite période, de tout ce que Mobutu et ses différents gouvernements illégaux entreprenaient et poursuivit sa lutte pacifique contre Mobutu et son régime. f) En effet, grâce à la lutte du Peuple, le processus démocratique, déclenché par l’UDPS en 1980, et devenu l’affaire du Peuple à partir de 1990 et institutionnalisé par la CNS, n’était pas à l’arrêt complet entre 1992 et 1997, il avait, comme tout processus et bien que lentement, progressé. Pour preuves: - Le pluralisme politique et idéologique. Le Parti-Etat et la pensée unique n’existaient plus. Le MPR était devenu un fait-privé depuis le 24 avril 1990. Le pluralisme idéologique et politique était devenu un fait réel et vécu. Plusieurs partis politiques existaient, fonctionnaient librement et officiellement, s’organisaient, tenaient des conférences de presse, se réunissaient en assemblées et convoquaient même des meetings au Stade. La société civile existait; organisait librement et officiellement toute sa vie associative. Les organisations interprofessionnelles (pluralisme syndical…) et interconfessionnelles, les organisations de défense des droits de l’homme, les organisations de la Jeunesse, des étudiants et des professeurs d’université existaient et fonctionnaient. Et même au sein du MPR fait-privé, le débat démocratique s’était introduit et les divergences et plusieurs courants apparaissaient. Mobutu n’était plus un Maître incontesté et incontestable. Il ne parvenait plus à imposer sa volonté arbitraire comme jadis, il écoutait de plus en plus ses pairs et négociait… - Les mécanismes de contrôle de pouvoir et les moyens de pression. Tous les mécanismes de contrôle de pouvoir et les moyens de pression existaient et fonctionnaient librement: opposition politique, presse, organisations de défense des droits de l’homme, organisations estudiantines et des professeurs, organisations interprofessionnelles et interconfessionnelles… - Les institutions de l’Etat. Mobutu ne contrôlait plus totalement la Présidence de la République. Dans l’armée, seule la DSP lui était encore fidèle, mais elle s’affaiblissait de plus en plus à cause des divisons et conflits interethniques internes entre les chefs ressortissant de différentes tribus et clans de l’Equateur. L’armée ordinaire, excepté ses chefs, était déçue, clochardisée et manipulée par différents chefs de clan sur base ethnique et tribale. Elle avait refusé de défendre le régime contre le FNLC en 1977 et 1978 et contre l’AFDL en 1996-1997. La Sûreté connaissait les problèmes que l’armée. Au Parlement siégeaient les parlementaires du MPR et de l’Opposition. Mais l’institution était encore pleine de vagabonds politiques et Mobutu parvenait encore à corrompre, avec succès, les parlementaires de l’Opposition. Ce fait, inhérent à tout processus démocratique débutant et à un niveau de culture politique encore bas et limité dans la Classe politique, ne constituait pas une catastrophe et était appelé à disparaître progressivement et inévitablement, car il était constamment dénoncé par le Peuple et par les autres mécanismes de contrôle de pouvoir. Le pouvoir judiciaire conquérait de plus en plus son indépendance et son impartialité. Pour preuves: les Cours et Tribunaux prononçaient de plus en plus des jugements contre les dignitaires du régime et même contre les actes posés par l’Etat. - Le respect des Actes de la CNS. Dans les nominations illégales de ses premiers ministres, Mobutu Premier ministre, il se référait à l’art. 78 de l’Acte de Transition et nommait, non les membres de son Parti, MPR, mais plutôt l’un des vagabonds politiques de l’Opposition. Ce n’était plus le vagabond politique qui rampait devant Mobutu pour être nommé comme jadis, Mobutu devait corrompre ce dernier pour qu’il accepte, car dans l’opinion, travailler avec et pour Mobutu n’était plus un honneur, mais une honte et celui qui acceptait s’exposait à la colère populaire. Kabila est arrivé, les pieds au 20è siècle mais la tête à l’âge de la pierre taillée. Il méprisa les efforts et les sacrifices consentis par ses compatriotes pour obtenir, par le prix du sang, tout le patrimoine patriotique et démocratique accumulé durant plusieurs années de lutte et condensé dans les Actes de la CNS, tenta même d’annihiler les acquis patriotiques et démocratiques qui étaient déjà fonctionnels entre 1992 et 1997 sous le régime Mobutu et voulut inventer un nouveau Congo de nulle part. Les paléo-révolutionnaires de l’AFDL/CPP tenté et ont ramené une nouvelle dictature, le Parti-Etat, la pensée unique et la concentration de tous les pouvoirs de l’Etat dans les mains d’un seul individu; l’identification d’un individu à l’Etat, de sa volonté arbitraire à la Loi, des richesses nationales et des mass media officiels de l’Etat à sa propriété privée. Quel recul et quelle honte pour un peuple qui s’était déjà doté d’un projet de société démocratique national et qui récoltait déjà progressivement et concrètement les fruits de sa lutte pour la démocratie! 2. En quoi consiste la loi du progrès, c’est-à-dire la loi de la sédimentation? Mobutu et les paléo-révolutionnaires de l’AFDL/CPP ignorent que la croissance des êtres vivants, le progrès des sciences et l’évolution des sociétés et des peuples sont des processus et procèdent, non par substitution, table rase, ou surgissement pur à chaque instant, mais par sédimentation. Chaque génération respecte les richesses déposées dans l’histoire par les générations passées et les enrichit à son tour avant de les léguer aux générations futures. Chaque étape de l’évolution marque le processus de ses propres données et exigences particulières, mais la conscience des gouvernés et des gouvernants conserve dans la mémoire les services rendus par les étapes antérieures. Ceux qui, aujourd’hui, appliquent la constitution belge, française, allemande, américaine… n’ont pas été tous présents à la rédaction de ces chartes. Et nul ne peut, par les armes, rejeter ce patrimoine national ou en imposer une modification. Le changement, même d’un iota suit les voies de droits prévues dans ces chartes. Il faut notamment convaincre la majorité au parlement de la nécessité et de l’utilité du changement et de l’enrichissement de la constitution. L’idée démocratique, elle-même, doit sa densité actuelle à la pluralité des significations déposée en elle par l’histoire. La démocratie, comme système de gouvernement en Occident, a été précédée d’un long effort d’affranchissement de l’esprit et de la conscience, affranchissement au cours duquel, depuis les philosophes grecs antiques jusqu’aux philosophes français du Siècle de la Lumière (18ème siècle) en passant par la Réforme, s’est dégagée la reconnaissance de la liberté foncière de la personne humaine. Ce mouvement a abouti à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789-1791 et a culminé dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme le 10 décembre 1948 et dans plusieurs Conventions et Traités internationaux intégrant et protégeant les libertés et les droits humains. D’abord moyen et exigence de cette liberté acquise, la démocratie s’est introduite dans les institutions politiques, notamment par l’intégration de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dans les constitutions des pays démocratiques. Devenue ensuite instrument et exigence de la justice, la démocratie provoqua des changements dans les rapports économiques et sociaux (droits sociaux, sécurité sociale…). Enfin, à l’étape actuelle, la démocratie tend à assurer le contrôle de la collectivité sur la croissance économique et sur le bon usage de la prospérité. Loin d’annihiler les étapes antérieures pour inventer le présent ex nihilo, chaque nouvelle étape les a au contraire enrichies. Le service de la justice a, non pas supplanté le service de la liberté, mais l’a enrichi. Le service de la liberté et de la justice n’ont pas été effacés par la gestion de la prospérité. Autrement dit, la volonté d’instaurer une société juste n’a pas éliminé le souci de maintenir une cité libre. Et la gestion d’une société prospère n’est pleinement démocratique que si elle respecte les impératifs de la justice. C.3. L’existence des démocrates au sein de l’élite congolaise. Le progrès de l’idée démocratique n’est pas l’effet de la spéculation intellectuelle qui se serait attachée à approfondir le concept de démocratie, mais bien des contradictions et des insuffisances internes à l’homme et à la société. La démocratie est à la mesure de l’homme dont elle reflète les déchirements internes. Elle ne peut vivre qu’en fonction du milieu où elle s’enracine et dont elle enregistre les aspirations. Et elle ne peut s’enraciner et fonctionner effectivement que dans une société où l’élite est composée d’hommes mûrs, respectueux de l’autre, équilibrés et maîtres d’eux mêmes; des hommes qui ont déjà réconcilié et maîtrisé leurs propres contradictions et déchirements internes. C’est pourquoi, à toutes les conditions historiques, économiques, politiques et sociales qui détermine l’accomplissement de la démocratie, s’ajoute une autre, primordiale: l’existence des démocrates. La démocratie ne s’impose pas par la vertu des mécanismes qui lui seraient propres : elle a besoin des hommes qui, en la vivant en eux, la font vivre pour et par tous. C.4. Adhésion populaire et soutien de la Communauté internationale. Aucune solution à la crise congolaise actuelle ne sera vraie, valable et efficace de façon durable que si elle emporte à la fois l’adhésion du Peuple Congolais et le soutien et de l’implication positive de la Communauté internationale. L’aspiration du Peuple Congolais de vivre en paix, libre et heureux dans un Etat de droit souverain et démocratique et de tisser des relations de bon voisinage avec les pays voisins, se trouve exprimée dans l’Accord de Lusaka, signé par les belligérants sous la pression de la Communauté internationale. Cet Accord vise le cessez-le-feu, le respect de la souveraineté et de l’intangibilité des frontières du Congo, le retrait de toutes les troupes et milices étrangères du territoire congolais et la tenue du Dialogue intercongolais d’où sortira un nouvel ordre politique pour le Congo. Et tous les gouvernements ayant leurs troupes au Congo se sont engagés, dans cet Accord, à se retirer dans le cadre de l’Accord. Que le Peuple Congolais et la Communauté internationale oeuvrent tous en semble pour l’application de cet Accord. Ce n’est qu’à ce prix que le Congo remplira sa triple vocation due à sa position géostratégique au cœur de l’Afrique et son immense potentiel humain, industriel, économique et écologique: une grande nation souveraine, libre, civilisée, démocratique et prospère; un facteur d’équilibre, de paix et de stabilité pour toute la Région des Grands Lacs et la Nation-pilote du monde noir, et, peut-être même, du monde afro-asiatique. 2. Le texte de M. Gilbert RamazaniMesdames et Messieurs,Distingués Organisateurs, Bien chers compatriotes, Nous joignons nos sincères et vifs remerciements à ceux déjà exprimés, au nom du peuple congolais et au nom de notre parti politique, l’UDPS, par notre collègue François M’Puila, pour féliciter les organisateurs de ce meeting, et pour l’invitation qu’ils ont bien voulue adresser à notre parti politique, nous donnant ainsi l’occasion d’exprimer notre point de vue au sujet de l’avenir de notre pays. Mesdames et Messieurs, Pour l’UDPS, malgré la situation d’extrême gravité que la République Démocratique du Congo, notre pays, est en train de traverser en ce moment, devant l’interrogative reprise dans le titre de cette conférence, la majorité des compatriotes, congolaises et congolais, répondent par un message d’espoir, en ce sens qu’ils se prononcent pour un avenir de paix, de concorde nationale et de prospérité pour l’ensemble de nos populations. En fait, c’est pour arriver à ce résultat, que notre Parti politique, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social se bat au Congo depuis sa création. Cette lutte a été sans failles durant la dictature de Mobutu, et elle est aujourd’hui plus déterminée et indéfectible devant la dictature, nouvelle formule, plus atroce, instaurée par le Régime actuellement au pouvoir à Kinshasa. Depuis la CNS, le peuple congolais avait déjà dit non à l’inconscience et à l’arrogance des armes comme moyens de prise de pouvoir. Aujourd’hui, les 2 camps ennemis des belligérants tourmentent la conscience politique du peuple congolais. Nous devons parvenir à sauvegarder l’intégrité du territoire de notre pays, comme nous devons également assurer la souveraineté et l’indépendance de nos Institutions. Compte tenu du danger qui incombe sur ces attributs républicains, préalables indispensables pour q’une nation se définisse et s’accepte dans sa dynamique moderne, la Communauté Internationale, après divers et multiples efforts, est parvenue à obtenir une voie de sortie honorable pour notre pays. Il s’agit des accords de Lusaka, signés en juillet de l’année dernière, et qui imposaient un cessez le feu général. Mais hélas, depuis cet événement, la situation ne semble pas, dans son ensemble évoluer en direction de la paix. Nous soutenons donc tous les efforts et toutes les pressions qui s’exercent sur les belligérants en vue de les obliger à respecter les dits accords pour permettre la convocation et la tenue du Dialogue inter congolais. En fait, c’est grâce à ce dernier que les principales forces politiques du pays pourront trouver un consensus global autour du problème de légitimité du pouvoir. Ainsi, on aboutera à la formation d’un Gouvernement d’union nationale, qui restera en charge pendant une période bien déterminée mais certainement probatoire pour normaliser les principaux indicateurs sociaux, politiques, économiques et environnementaux. Pour autant, une fois qu’il aura installé son gouvernement d’union nationale, l’Etat congolais pourra étendre son autorité sur l’ensemble du territoire du pays et se faire entendre auprès de la Communauté et des Institutions Internationales. C’est quand il aura l’emporté la victoire sur la nouvelle dictature, que le peuple congolais deviendra libre et souverain. Il pourra alors affronter, pertinemment, la phase des élections générales, à travers lesquelles il pourra se choisir ses propres dirigeants. Pour arriver à ce résultat, Mobutu d’abord, Kabila ensuite, ont voulu que, dans l’entre-temps, des vies de beaucoup de compatriotes, soient sacrifiées au cours de route. Il s’agit là des vies humaines précieuses qui auront rendu possible la victoire de la raison, du bon sens et, en même temps, auront permis le déclenchement d’un processus de développement économique et du progrès social global. Nous leur devons reconnaissance, à jamais. Cette phase sanctionnera, finalement, la fin de l’arbitraire, de la pensée unique, de l’impunité des uns et de l’arrogance des autres. Lorsque la République Démocratique du Congo, notre pays, commencera à respirer cet air nouveau, tel que le souhaite la majorité de nos populations, alors l’Afrique tout entière pourra aussi et finalement affronter le 21ème siècle avec plus de sérénité, de vigueur et d’optimisme. Nous Vous remercions.
Dr Gilbert Ramazani Mulondani [Page principale] [Home page] | |