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[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] Pays des grands lacs d'Afrique: les présidents refusent la transition vers l'Etat moderne
L'organisation régionale "les pays de grands" d'Afrique réunit le Congo-Kinshasa, le Ruanda et le Burundi. A ces trois pays on peut ajouter l'Uganda non inclus dans l'organisation mais qui partage l'espace physique de pays des grands lacs. Les trois premiers pays fûrent du temps de Mobutu Sese-Seko du Zaïre et de Habyarimana du Ruanda des amis; avec des concertations régulières, dans le cadre de l'organisation. Les relations entre les trois pays étaient aussi bien économiques, sociales et politiques. Le passage entre Goma et Gisenyi, tout comme celui entre Uvira et Bujumbura étaient libres dans tous les sens. Aujourd'hui , que le conflit armé, dans lequel trois pays(l'Uganda, le Ruanda et le Burundi) coalisent dans ce que beaucoup d'observateurs appellent agression contre le Congo-Kinshasa, on peut se poser la question de savoir ce qui a changé entre ces pays, amis d'hier.
Le changement de chefs d'Etats est évident; Au Zaïre redevenu Congo, Kabila a remplacé le dictateur Mobutu. Au Ruanda, Bizimungu joue le rôle de figurant chef d'Etat alors que Kagame fait la loi. Au Burundi, l'ancien président a repris le pouvoir par la force au président élu. Quant à l'Uganda, depuis 1982, Museveni s'est imposé comme chef d'Etat autoritariste. Ces 4 chefs d'Etats se disent tous des nationalistes. Mais pour comprendre ce qu'ils sont réellement, et non ce dont ils se réclament ou que leurs suiveurs leur prêtent comme titres et qualificatifs, il faut se tenir distant des discours idéologiques et apprécier le concept de pouvoir chez ces chefs d'Etat par rapport à ce que devrait être le pouvoir dans un Etat moderne. C'est seulement en rapprochant la typologie acceptable au praxis du pouvoir politique de ces chefs que nous pouvons être en mesure d' éclairer l'opinion. Cet exercice nous paraît utile d'autant qu' il revèle que, c'est dans les politiques de ces chefs que résident les faiblesses de leurs Etats; le conflit armé, l'affamation et les génocides des peuples, la destruction des infrastructures de leurs pays,...ne sont que des conséquences et non les causes des maux dont souffrent les peuples des Pays des Grands Lacs d' Afrique.
Hobbes considéré comme le père de l'Etat moderne a une conception de l'Etat moderne comme institution, la forme de l'organisation politique la plus élevée en matière de gouvernement civil, dans laquelle le Roi n'est qu'un agent au service de la république. Outre la souveraineté nationale qu'implique cette conception, il y a une distinction nette entre la personne du chef et l'Institution " la république". Les citoyens ont des obligations, non pas vis à vis de la personne du Chef ou du Roi, mais plutôt vis à vis de la République; ce qui implique le repect des lois et des institutions également par tous. Le chef est apprécié suivant sa vision et sa capacité à canaliser les institutions dans la perprétation de la république et dans l'institutionnalisation de la Loi. Son rôle est donc celui d' un fonctionnaire de la république. Ses mérites sont de garantir le respect de la loi par tous, d'intégrer tous les citoyens dans la république, sans exclusive car, la res-publica est la chose de tous et de gérer rationnellement le bien commun. Alors, l'égalité de tous devant la loi est la seule forme de justice dans la république. Ainsi conçu par Hobbes, l'Etat moderne est abstrait; dirigé par des lois et non suivant le charisme ou le charme du chef.
Tel qu'il est décrit ci-dessus, l' Etat moderne se caractérise par la suprématie de la Loi, à laquelle tous; grands et petits, membres du gouvernement et simples citoyens, hommes et femmes, civils et militaires, se soumettent. Les institutions dites démocratiques, dans lesquelles se retrouvent représentants élus des peuples et membres de la bureaucratie, garantissent le respect du cadre légal. C'est dans ces conditions d'abstraction de l'Etat; c'est à dire de sa non appropriation par le chef, ni par le magistrat et de la distinction entre l' Etat et la personne du chef, que le pouvoir s'exerce pour l'intérêt public. En déhors de ce cadre, le risque de confondre le pouvoir avec l'intérêt personnel est toujours grand, comme l'homme de par sa nature, au dire de Rousseau, ne voit que ses intérêts particuliers.
D'emblée, il nous est loisible de constater que les quatre chefs d'Etats précités ont en commun cette absence de perception de l'Etat moderne comme abstrait. Plutôt que la suprématie de la Loi, ces chefs soumettent les citoyens à leurs décrets, des lois subjectives, souvent inspirées par la détermination égoïste de se maintenir au pouvoir, plutôt que par l'intérêt général. Ils déploient vanité et brutalité policière pour obtenir l'adhésion de tous à celles-ci. En s'éloignant de la typologie de l'Etat moderne qui fait du chef d'Etat, un symbole de l'Etat, un premier parmi ses semblables et un garant de la Loi objective, les chefs d'Etats de pays de grands n'émergent pas; Ils se font petits chefs et entraînent, sciemment ou inconsciemment, leurs pays et leurs peuples dans le sous-développement.
Pour commencer par le Congo. Un important travail de transition vers l'Etat moderne fût effectué avec la Conférence nationale Souveraine, plus spécialement le projet de la Loi fondamentale qui y fût adoptée en 1992 et qui a été bloqué jusqu'ici, aussi bien par par la volonté du dictateur Mobutu qui, jusqu'à sa mort avait mis le bâton dans les roues de la transition vers l'Etat de droit au Congo, mais aussi par le nouveau Président qui n'a jamais perçu l'importance du travail fait par le peuple Congolais à la C.N.S. L'éminent constitutionnaliste congolais, Marcel Lihau qui, grâce à sa compétence en la matière et à sa rigueur, a donné un cachet particulier à ce projet, peut remuer et fulminer de colère dans sa tombe, à l'idée que ceux-là mêmes censés servir la nation, ceux payés par l'Etat pour la servir, s'emploient, impunément et à temps plein, à la détruire à petit feu. En absence de la Loi, Kabila, un individu, prend la place de l'Etat. Tous les congolais doivent se soumettre à ses décrets. Son discours idéologique relayé par ses suiveurs endort, une fois de plus, un peuple auquel on impose l'installation des CPP, présentés comme manière, pour le peuple de se gouverner. En réalité, ceux-ci, dans la mesure, où ils sont conçus pour étendre le pouvoir central à la base, dans une structure où tous les dirigeants doivent loyauté et fidélité au chef de l'Etat, ne répondent qu'à une forme autoritariste de gouvernement. Les organes de représentation , les associations civiles et les partis politiques, par lesquels le peuple devrait être capable d'opposer un pouvoir qui ne sert pas ses intérêts, sont indésirés ou tout simplement persécutés. Bref, les droits politiques et libertés d'expression, d'association ou d'entreprise quelconque du peuple sont violés.
Une conséquence de cette situation est que les fils du pays qui se déterminent à changer cet état de choses sont poussés à faire des alliances même avec le diable, pour prendre les armes contre le pouvoir. Kabila l'a fait, avec les milices et armées étrangères, pour en finir avec le pouvoir autocratique de Mobutu. Zaïdi Ngoma, Ilunga, Wamba dia Wamba et d'autres, eux aussi dits nationalistes, sont parmi ceux qui ont été contraints de faire le même type d'alliance avec les Ruandais et les Ugandais..
L'exercice de pouvoir autocratique, l'absence de politiques d'intégration sociale ou l'exclusion et le refus de concertation politique avec l'opposition sont à la base de l'exil et de l'organisation de resistence de la part d'un nombre croissant de citoyens congolais qui, aujourd'hui, contribuent à la légitimation, comme rébellion, d'un confltit qui aurait pu être dénoncé plus clairement comme agression de la part de l'Uganda, du Ruanda et du Burundi. Ceux des nationalistes et démocrates qui ne prennent pas des armes, sont interdits de toute activité politique; ils sont purement et simplement en résidence surveillée. EtienneTshisekedi, Antoine Gizenga sont parmi ceux qui subissent ce sort. D'autres, comme le professeur Kalele, M. Kanku....sont des prisoniers d'opinions. Le climat d' exclusion et d'autoritarime ainsi entretenu par le régime Kabila, est favorable à la guerre civile dans le pays. Mais, ce n'est pas tout ce qui explique le conflit armé dans les pays des grands lacs. Les pouvoirs autocratiques et minoritaires ugandais et ruandais portent, dans leur essence, des germes des conflits. D'ailleurs, leur responsabilité dans la guerre actuelle est plus grande.
De tous ces quatre pouvoirs, celui de l'Uganda est le plus ancien, car Museveni est au pouvoir depuis 1982 , alors que le RPR de Kagame est au pouvoir depuis 1994 et Kabila du Congo seulement depuis 1997. Mais Museveni qui aurait pu être un exemple et un promoteur de la paix régionale, se fait marionnette des intérêts économiques américains dans la région. A ce titre, il peut conserver son pouvoir et recevoir de l'aide militaire et financière occidentale. L'agression dont le Congo est victime, de sa part, s'inscrit dans le manque de perception de l'intérêt à développer une intégration économique régionale, profitable à son peuple. Sa disponibilité non éclairée au service du libre marché ne peut qu'aller de paire avec l'autororitarisme qui prive le peule Ugandais des droits politiques réels et de liberté d'expression et d'association, qui devraient être à la base de leur émancipation individuelle et collective. Ici aussi, les exclus, la rébellion ougandaise, prennent les armes pour combattre le pouvoir; c'est légitime.
Le même schéma d'exclusion est de mise au Ruanda et au Burundi, où la majorité Hutu est exclue purement et simplment de la citoyennetés. Alors, les rébellions deviennent, partout dans cette région, la réplique aux politiques d'exclusion et au règne de l'autoritarisme. Tout ces scénarios, avec les conflits armés qui les caractérisent, se soldent par la perte de nombreuses vies humaines dans la population civile, à la grande contemplantion passive de la communauté internationale. Qui de toute façon, dans la communauté internationale, rechercherait la paix dans cette région , mieux que les bélligerants eux-mêmes? L'absence de développement de blocs économiques régionaux solides ne sert - elle pas mieux la cause de la globalisation de marché au profit des multinationales? Loin de nous l'intention de rejeter la mondialisation qui est d'ailleurs un processus inévitable, mais il appatient aux entités nationales, plutôt que de subir ce processus, de s' organiser intelligement pour leur meilleur insertion au marché global. Seuls ceux qui peuvent produire et offrir quelques produits finis d'intérêt mondial sont susceptibles de réussir leur insertion et les autres ne constitueraient qu'un marché de consommateurs et un espace de production à meilleurs coûts pour les producteurs multinationaux américains d'abord et occidentaux ensuite. Alors, qui a intérêt à voir un groupe sous - régional comme les "Pays de Grands d'Afrique Lacs" emerger; l' Amérique ou les concernés?
A voir le soutien logistique américain, du côté ougandais et ruandais dans cette guerre, il y a lieu de saisir combien, dérrière ce conflit, se profilent des intérêts économiques. Dans cette perspective, des nationalistes comme Kabila et ses alliés sont gênants. Leur défaite, c'est la victoire de la libéralisation de marché régional et la voie libre à l'application du Progrmme d'ajustement structurel au service de la dette énorme du Congo, contractée par Mobutu et que Kabila ne serait pas prêt à honorer. L'ONU, l'Etat du monde, qui aurait pu jouer plus efficacement son rôle de pacificateur, est privé de moyens que devraient lui fournir les grandes puissances. A la place, ceux-ci prennent de l' intérêt à voir l'Afrique se consituer en simple marché de consommateurs pour leurs produits et en lieux de production à meilleur marché pour leurs multinationales. Quelle doit être alors la solution pour les pays des grands lacs?
D'abord, sur le plan interne, la folie politique que favorise l'interdiction de la critique et de l'opposition politique débouche sur des mauvaises politiques couvertes par un discours idéologique. Il faudrait que l'utilisation des ressources humaines nationales enrichisse la réflexion libre et encourage la critique "constructive" de la société civile et de l'opposition politique. Sur le plan de la sous-région, seuls ces pays concernés dans le conflit,, devraient,en toute indépendance, dans un élan de solidarité et de vision politique africaniste, regarder dans le sens du développement de leurs peuples. En concret, Museveni et Kagame devraient cesser de s'offrir en marionnettes au service des Occidentaux et privilégier plutôt l'intérêt du bloc économique régional, comme stratégie pour s'inserrer dans la mondialisation. Tous, devraient intégrer leurs peuples au processus politique, sans exclusive et éviter ainsi la perte des ressources en humains et en capital. Ainsi, à la place des conflits, la diplomatie et l'amitié devraient être de mise. Cette stratégie requiert prise de conscience, clairvoyance et compétence des gouvernements. Le refus des présidents des pays des grands lacs l'Afrique à sombrer dans la médiocrité devrait déboucher sur un cesser - le feu immédiat dans la guerre actuelle - à des négociations pour la paix dans la région - et surtout à l'engagement de la part de chaque Etat à conduire le processus démocratique dans son pays à bonne fin; ce qui, ultimement, doit aboutir à un Etat de droit; où seule la Loi est suprême devant des citoyens égaux, jouissant des droits et libetés. La société civile, le peuple, a un grand rôle à jouer; celui de causer la démocratie, c'est à dire la participation de tous aux décisions publiques et ce, grâce à leur resistance et à leur détermination à faire changer les politiques ou les gouvernements. La prise de conscience à ce niveau doit être un refus de se laisser fasciner par le déspotisme et de prendre une distance avec les discours idéologiques des hommes au pouvoir, pour voir la réalité, c'est à dire le sous-développement continu don't on est victime, en dépit des ressources abondantes disponibles mais non rationnellement exploitées. Le problème, c'est donc des mauvaises politiques nationales, avant tout, dont le blocage du processus de transition vers de l'Etat moderne est la cause principale.
Marc Kapend
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