UNION
POUR LA DÉMOCRATIE
ET LE PROGRÈS SOCIAL




[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page]


LA CONFERENCE PUBLIQUE DE SAKOMBI INONGO: CRAINTE, SECRETS ET ILLUSION

La conférence publique de Sakombi Inongo ce 10 août à Ottawa a été un mélange de crainte, de secrets et de promesses du bonheur. L'analyse de ce discours doit susciter l'inquiétude dans le milieu de congolais quant au projet de dévéloppement en cours au Congo. Dans sa structure, ce discours de plus de 3 heures de temps exprime le processus idéologique qui est engagé par la classe dirigeante actuelle au Congo. A travers la rhétorique nationaliste et l'instrument des CPP mis en marche, on peut entrevoir l'implantation du totalitarisme en cours au Congo-Kinshasa.

1. La crainte

En idéologue, Sakombi a commencé à peindre un tableau de terreur. Les congolais devaient apprendre que leur indépendance et pouvoir confisqués des royaumes et empires ancestraux ne leur avaient pas été rendu avant l'arrivée de Kabila. "Nous sommes restés un peuple occupé et toujours exproprié."

2. les secrets

La reprise de notre pouvoir passe par l'homme providential, le Président Kabila, un nationaliste. L'idéologue n'a pas pu démontrer comment cette libération s'est concrétisée, alors que le pays est en crise, une crise sciemment ou inconsciemment créé par le même pouvoir. Tantôt, Sakombi innocente les frères ruandais et Ougandais, imputant la cause de la crise congolaise actuelle à l'Occident, tantôt, il accuse ces deux pays africains comme vrais responsables de la crise.

Sur le plan politique, l'idéologue ne pouvait expliquer les contradictions entre la libération clamée et la privation des libertés individuelles et politiques chez des congolais. Comme d'ailleurs il ne pouvait expliquer si la misère de plus en plus accentuée du peuple congolais est tout de même libération.

Sur le plan économique, Sakombi n'a donné aucune indication sur le projet de dévéloppement du gouvernement Kabila; comment l'indépendance économique peut-elle être réellement acquise dans un pays si fortement endetté et dont les libertés créatrices des citoyens ne sont pas garanties. En plus de la dette dèjà lourde contractée par Mobutu, Kabila ne peut s'empêcher d'attendre l'aide multilatérale de FMI et de la BM, dont il a tant besoin; ce qui ne fera qu'accroître le niveau de notre endettement. Or, celle-ci est liée à des conditions d'ajustement structurel qui, en réalité impliquent aliénation des capacités de contrôle de l'Etat local.Ce qui est loin d'être la vrai indépendance nationale. Bien plus, à l'ère de la mondialisation et de la libéralisation du commerce qui en résulte, comment un gouvernement aussi endetté que le Congo, peut-il réussir à appliquer des politiques économiques indépentistes? C'est impossible, les conditions liées à l'aide financière tant attendue par l'Etat congolais, rendent ces politiques irréalisables. D'ailleurs, ce gouvernement n'a pas été capable jusqu'ici de donner des orientations économiques de son programme. Bref, la manière dont le libérateur nous restitue l'indépendance politique et économique est démeurée un grand secret d'Etat.

3. Promesses de rédemption

Après avoir brandi la terreur et présenté le rédempteur, Sakombi a demandé au peuple congolais d'attendre le bonheur. Celle-ci se fera grâce à la structure des comités du pouvoir populaire ( CPP).

Mais seulement, les comités du pouvoir populaire ( CPP) sont une structure d'Etat, dont le chef reste le chef de l'Etat. Les responsables des quartiers de cette structure sont des fidèles du pouvoir qui doivent dénoncer et traquer tout autre citoyen avec des idées contraires à l'idélologie du pouvoir.

Ces comités sont ce que les JMPR ET KDR furent au pouvoir de Mobutu; des instruments d'extension de pouvoir dictatorial dans la masse. ils sont probablement plus que ça; ils sont plutôt ce que fut la société du Dix-Décembre au pouvoir de L. Bonaparte. En 1849, sous le prétexte de fonder une société de bienfaisance, Bonaparte avait fait organiser "le lumpen-prolétariat parisien en sections secrètes, mis à la tète de chacune d'entre elles des agents bonapartistes, la société elle-même étant dirigée par un général bonapartiste". Les membres fûrent les élements de la masse flottante que le Français appellent bohème: des soldats licenciés, des charlatants, des pickpockets, des joueurs, des tenanciers des maisons publiques, des écrivassiers, des mendiants, des déchets corrompus de la bourgeoisie, etc... Les membres de cette société de bienfaisance, dont Bonaparte lui-même, ce fut le peuple qui devait s'entraider. En réalité, la société du Dix-Décembre constituait le parti spécial de Bonaparte. Et les membres devaient improviser un public à Bonaparte lors de ses déplacements officiels et simuler l'entousiasme populaire. Ils étaient chargés aussi d'insulter, de rosser et mâter les républicains. C'était le peuple de Bonaparte ( source: Marx & Engels, le 18-brummaire de Louis Bonaparte, p.138,139)

Les CPP, c'est Kabila lui-même, c'est son parti spécial. Et les membres sont ses fidèles. Les congolais ont difficile à percevoir comment les CPP peuvent assurer le bonheur du peuple alors que ceux-ci sont dèjà occuper à traquer les militants de l'UDPS et du PALU à Kinshasa et en régions. C'est l'expansion même du totalitarisme et de la terreur.

4. L'idéolgogie nationaliste

Depuis l'émergence de la modernité,le nationalisme s'avère très propice au discours politique de la classe dirigeante. Il se veut une matrice idéologique sécurisante; un discours réconfortant parce que familier et immédiat, un réflet de l'identité collective d'une communauté, une projection idéalisée de ses désirs et de ses aspirations. S'appuyant sur des références à l'unité ou à la beauté nationale, la rhétorique nationaliste offre un cadre épistémologique facile et à priori aux idéologues de la classe dominante. Comme l'hégémonie, telle que définie par Gramsci, le nationalisme détient et répand son pouvoir en s'enracinant profondément dans la souche des moeurs populaires, s'y intégrant de manière imperceptible et y adhérant de façon tenace et inlassable. C'est un processus idéologique qui dissimule ses intentions et ses intérêts économiques et politiques.

Les exemples de l'idéologie nationaliste pour asseoir un pouvoir autoritaire sont nombreux dans l'histoire politique. Hitler est un des hommes politiques qui ont assis leur pouvoir sur le nationalisme. Au nom de cette idéologie, les juifs et tous ceux qui n'étaient pas allemands purs devaient être exterminés. Si en Allemagne, on pouvait prétendre à l'Etat homogène sur base du sang,une fois les juifs expulsés ou exterminés, il ne peut en être de même au Congo, un Etat pluriculturel et politique.

Le nationalisme de Kabila vise un accord qui rassemble tout le monde devant une bannière familiale de la nation homogène, à condition que le peuple s'agenouille de façon docile et maléable devant l'unité idéale qui couronne la communauté entière. Ce discours qui veut fondre dans un creuset de patriotisme et de devoir civique, les diverses contradictions sociales et politiques qui caractérisent historiquement la société congolaise, en principe entre une minorité dirigeante riche et la majorité populaire pauvre, est une comédie.

Comment peut-on peindre l'Etat congolais comme une entité homogène dépouillée de toute contradiction politique alors qu'en réalité, il est pluripolitique et érigé, en principe, en conflit entre un projet démocratique et un pouvoir autoritariste? Une autre réalité historique congolaise est que nous sommes une diversité ethnique, linguistique et régionale. Cette réalité reflète des attentes politiques, sociales et économiques diversifiées. Le refus du nationalisme de Kabila à instituer cette diversité est une illusion.

Tant de contradictions entre la rhétorique et la réalité nationale laissent entrevoir que le discours de Kabila, par Sakombi interposé, se veut une persuasion idéologique qui cache les intérêts politiques et économiques de ses auteurs. Nous sommes en présence des hommes occupés à instaurer un culte de pouvoir personnel et à jeter les bases de sa pérénité. La réalité politique congolaise est toute autre: une diversité culturelle, politique et régionale qui ne ne peut s'exprimer que dans un cadre réellememt démocratique. Cadre dans lequel, le gouvernement élu est responsable vis à vis des représentants élus ( parlement), qui cherchent à se rassurer que les intérêts de tous sont représentés. Quant à l'indépendance économique, seules la jouissance des libertés individuelles peuvent aboutir aux initiatives des activités économiques. Rien de tout ce qui développe n'est de mise avec le gouvernement Kabila. Nationalisme et CPP sont juste un discours idéologique pour endormir les congolais dans le processus de l'expansion du pouvoir totalitaire de Kabila.

Marc Kapend


[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page]