UNION
POUR LA DÉMOCRATIE
ET LE PROGRÈS SOCIAL





[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page]


KABILA, nationaliste?

Depuis 1997, année de la prise de pouvoir par Kabila, succédant ainsi au dictateur Mobutu, les tentatives de construction d'un discours nationaliste en faveur de Kabila, ne se sont pas estompées. Discours d'abord timide, non bien articulé, qui finit par trouver un constructeur qui tente de lui donner une certaine cohérence. C'est pour ce travail de construction idéologique de nationalisme de Kabila que Sakombi Inongo, fut engagé . Celui-ci avait fait ses preuves pour avoir réussi à faire danser les Congolais devant un dictateur qui, pourtant, les affaimait, pillait leurs richesses et avait confisqué leurs libertés les plus fondamentales ( liberté d'association, libertés d'opinion, droit à la vie normale,....). Le discous de Sakombi Inongo devait trouver comme terrain d'essai la communauté congolaise du Canada, alors réputéé farouchement opposée à Kabila. La "démystification" qui en fut faite par la représentation de l'UDPS dans une réflexion intitulée: " Le discours de Sakombi: mythe et promesses de rédemption..." fit dire au pouvoir de Kinshasa que ce dernier qui fit aussi chargé de préparer l'acclamation de Kabila par la communauté congolaise au Sommet de la francophonie de Moncton, Nouveau Brunswick, Canada, avait échoué. Ce constat coûta à Sakombi son limogeage. Il sera récupéré plus tard par Kabila, sans doute, faute d'un autre idéologue efficace pour sa cause. Mais, la question qu'on peut se poser au regard des actes posés et du cheminement du pays, est celle savoir si Kabila est nationaliste?

D'emblée, il importe de partir de la définition du concept nation pour parvenir à d'autres définitions; celle du mouvement de révendications qui vise la réhabilitation des valeurs nationales ( le nationalisme) et celle des individus attachés à cette cause; les nationalistes ou les patriotes. La nation veut dire peuple. Celui-ci est uni par des traits culturels et historiques communs dont : un même territoire, la langue, des évenements historiques vécus ensemble, la conscience de constituer un même peuple, la même culture, ....) Pris positivement, le nationalisme est l'engagement collectif que prend ce peuple, grâce à sa prise de conscience , à lutter pour se gouverner, afin de sauver, protéger ou pour promouvoir les valeurs nationales. Il peut aussi prendre un extremisme négatif si la valorisation du peuple est exclusive et xénophobe, ignorant et méprisant tout autre peuple. Le nationaliste est alors tout membre de cette société qui, attaché à ses valeurs et faisant partie de ce mouvement collectif, se sacrifie de manière particulière et pose des actes en vue de la réhabilitation et du développement des valeurs nationales. Celles -ci impliquent développement au profit de la nation. Autrement dit, ce mouvemnt collectif vise; sur le plan économique, la prospérité économique et le progrès social au profit de la nation; sur le plan culturel, liberté et production intellectuelle et artistique; sur le plan technologique, innovations technologiques de suite de la liberté d'expression et de la créativité. Au regard de ce développement, le Congo est-ce une nation ou un pays?

Les anciens empires Lunda, Luba, et des royaumes: Kongo, Kuba, Yaka, ...remplissent certainemen les critères de nation; à savoir: même peuple sur un même territoire, parlant une même langue et partageant la même culture et une même histoire. Mais, les nationalismes développés par ces nations traditionnelles n'ont pas abouti à l'emergence des Etats nationaux. C'est plutôt un grand Etat-nation que la colonisation qui a combattu ces derniers a réussi à former : l'Etat du Congo. Le Congo est donc de par son essence un Etat multinational, un pays plutôt qu'une nation. Il n'y a pas une culture nationale dominante; il y a des cultures nationales rassemblées sous un même Etat. La culture luba n'est pas celle de Ngala. La culture Kongo est distincte de celle de Kuba. Les Yaka ont une culture et une histoire différentes de celle de Basakata, même s'ils sont établis sur un même territoire provincial. Alors quelle culture et quelle histoire le nationalisme de Kabila valoriserait-il? Celles des Luba, celles des Yaka, celles des Kongo ou celles des Balubakat?

C'est lorsqu'on arrive à cette question qu'il devient clair que le nationalisme de Kabila est une copie vile, une imitation d'enfant, une idéologie trompeuse. Ce n'est pas en terme de nationalisme qu'il faut concevoir le Congo, c'est plutôt en terme de pays. Un pays qui rassemble plusieurs peuples ( nations ) différents de par leurs origines,leurs histoires et leurs cultures et qui tous aspirent à la participation politique dans un pays, qui nous confère une identité commune; les Congolais, mais, dans lequels les divers intérêts sont en conflit légitime. Cet Etat-nation qui fond toutes les nations en son sein en un pays est, en fait, un Etat multinational. Cet Etat pour réfléter les aspirations nationales doit être dirigé avec la participation de tous les peuples qui composent le pays et doit viser la réalisation du progrès, dans tous les domaines: social, économique, culturel) pour chacun de ces peuples. Partant donc du principe tiré de l'égoïsme naturel de l'homme, aucun individu ne peut représenter l'intérêt général; seul un gouvernement responsable devant un parlement élu, peut prétendre tenir compte des intérêts divers. Kabila a-t-il posé jusqu'ici des actes dans le sens du respect des peuples du Congo et de la réalisation de leurs aspirations pour le développement? La réponse à cette question appelle une analyse des actes de Kabila par secteur de la vie du pays:

1. Sur le plan militaire, Kabila, dans la rébellion depuis une trentaine d'années, n'a pas pu encadrer efficacement des jeunes congolais de diverses régions du pays pour constituer une rébellion représentative. Et pourtant, beaucoup d'élements en faveur d'une telle rébellion nationale le permettaient: la dictature de Mobutu était contestée ouvertement depuis les années 60. Le mouvement de contestation lancé par un groupe de parlementaires en 1980 et qui a abouti à la formation de l'UDPS avait pris progressivement de l'ampleur. Les ex-gendarmes Katangais ont ouvert des hostilités armées envers le pouvoir de Kinshasa par deux fois; 1978 et 1980. Pendant, toutes ces épisodes de contestation du pouoir dictatorial en vue de la réhabilitation des droits des peuples du Congo confisqués par un dictateur, on a pas senti un rapprochement de Kabila avec un groupe contestataire pour y recruter des élements capables de composer une rébellion nationale. Bien au contraire, il s'est servi des minerais creusés des montagnes qu'il occupait et des aides qu'il aurait obtenues des personnalités et pays favorables à la cause de libération du Congo, pour exercer un commerce juteux pour lui-même.

Et lorsqu'enfin, il est utilisé par le Ruanda et l'Uganda, qui espèrent en finir avec les rébellions de leurs pays qui opèrent à partir du territoire congolais, Kabila arrive au pouvoir, ses premières victimes sont les élites militaires congolaises formés surtout à l'étranger. Il s'agit particulièrement de ceux qui ont pensé que leur présence dans l'armée devait servir le pays et non un individu. Pour cette raison, ils ont opéré le choix de rejoindre l'armée de Kabila. Ce dernier a ordonné leur massacre. L'histoire des massacres des colonnels: Tseka, originaire de Bandundu, fusillé avec ses collègues formés aux Etats-Unis, sur ordre de Kabila, avant d'exterminer aussi, par fusillades, leurs familles et leurs parents respectifs, est une illustration d'un pouvoir qui trouve dans des élements nationaux formés une menace pour son pouvoir. Alors qu'il fait zigouiller l'élite militaire de son pays, Kabila choisit de composer avec des militaires étrangers ruandais et ougandais. Les ex-gendarmes Katangais, dont il se méfie au début, sont enfin acceptés dans son entourage à cause des assurances données par certaines affinités ethniques. Il fait appel aux militaire étrangers qui reçoivent une paie régulière et consitente au détriment des unités nationales. Ces actes militaires ne donnent pas à Kabila l'image d'un Président désireux de constituer une armée nationale forte et représentative du pays.

Sur le plan économique, c'est avant même la prise de Kinshasa, que Kabila signe des contrats personnels d'exploitation minière avec des sociétés étrangères, se prenant lui-même pour l'Etat du Congo. Ceux-ci furent en général un bradage des richesses nationales. Aujourd'hui encore, ce ne sont pas les sociétés d'Etat, comme la GECAMINES, la MIBA que Kabila réhabilite, c'est aux pays étrangers, comme le Zimbabwe, l'Angola.. qu'il a confié l'exploitation minière officielle. En bloquant les initiatves de paix de la SADC, de l"OUA et de l'ONU, Kabila laisse aussi libre cours à l'exploitation des richesses nationales par l'Ouganda et le Ruanda, dans l'Est et le Nord du pays, en même temps qu'il cautionne la perte continue des vies humaines; ce qui a pour conséquences; la réduction des ressources tant humaines qu'économiques du pays. Oui, le Congo est un pays occupé aujourd'hui, mais toujours de par la volonté de Kabila et non par celle des Américains ou de l'Occident.

Sur le plan social, puisque ce dernier secteur est intimement lié au développement économique; de la prospérité économique procède le progrès social. La destruction de l'économie implique la destruction du tissu social. En arrivant au pouvoir, Kabila a même expréssement détruit le secteur de l'informel qui est un début de la constitution du capital privé des citoyens et donc, un fondement de la petite et moyenne entreprise avec des capitaux du pays. Et depuis, aucune innovation n'a eu lieu dans ce domaine. Bien au contraire, il confisque tous les gains des entreprises de l'Etat au nom de l'effort de guerre. Une guerre que tout le monde veut arrêter ( respect des Accords de Lusaka) mais, que lui seul relance continuellement par son refus de respecter son propre accord de paix signé à Lusaka.

Or, sur le plan social, cette guerre signifie occupation militaire et politique du Ruanda et de l'Ouganda, avec comme conséquences: les déplacements des populations de l'ex-Kivu et du Haut-Congo, l'instabilité du pays, des victimes innocentes dans la population civile, la paupérisation continue du fait de la cessation d'activités, etc...L'instabilité continue du pays favorisée par Kabila est loin de donner du crédit au patriotisme de Kabila. Ce, par rapport au plan de paix et au rétablissement de l'intégrité territoriale qui s'ensuit, grâce l'implication de la communauté internationale, en général et de l'ONU, en particulier, mais rejeté par lui. Celui qui travaille à l'opposé des intérêts économiques et sociaux de son pays, on peut l'appeler traître, mais pas nationaliste.

Sur le plan culturel, il suffit de jeter un regard retrospectif sur l'histoire, on s'aperçoit que tous les pays occidentaux, par exemple, qui prospèrent aujour'hui, ont dû, à un moment donné, libéré leurs peuples des autorités conservatrices qui avaient confisqué la souveraineté des peuples. Le faisant, ils ont rendu aux citoyens leur liberté d'entreprendre; individuellemt et collectivement, leur liberté de production intellectuelle. Celle-ci est avant tout production d'idées dans tous les domaines de la vie nationale; politique, social, économie, agriculture, éducation, presse, musique, théâtre, pêche, art, environnment, militaire, sécurité, etc....C'est sur base de ces idées qu'une société passe de l'immobilisme au progrès, du traditionnel au moderne, du sous-développement au développement. Ce que l'on voit au Congo, c'est un régime politique incapable de produire un projet de société. Il pâtauge dans une direction sans objectifs; en fait un gouvernement incompétent. Et comme pour se préserver et pour cacher leur ignorance, les membres de ce gouvernement usent d'une panoplie de violence et de séduction, les citoyens n'ont ni moyen ni liberté de réflechir et d'entreprendre.

Et alors sur quoi reposerait un certain nationalisme de Kabila, lorsque sur tous les plans, on obseve un sabotage de l'intérêt commun et une direction au service des intétêts personnels et étrangers? Il faut que les Congolais qui croient encore en la possibilité d'un Kabila qui libérerait le pays d'une emprise occidentale cessent le ridicule. Le Congo doit être libéré, certes, pour permettre à ses peuples de vivre libres et de travailler pour leur prospérité. C'est de la dictature qu'il faut le libérer et non d'une emprise étrangère, en fait, inexistante si l' Etat était responsable.

Marc Kapend
UDPS/Canada


[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page]