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[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] Analyse des discours des travaux de Gaborone: bien cerner le contextePuisque les travaux préparatoires de Gaborone doivent baliser la voie du dialogue inter congolais, les discours prononcés à l`ouverture peuvent permettre la compréhension des dispositions morales des acteurs dans la crise congolaise et partant, prédire les chances de réussite du dialogue inter congolais. Plus grandes les divergences des perceptions du contexte politique actuel et des attentes, plus difficile sera la négociation. Point n`est besoin de rappeler que la guerre congolaise, initiée pour détrôner Mobutu du palais présidentiel, s`est poursuivie trois ans après le départ définitif de ce dernier. La guerre avec toutes ses conséquences sur la vie nationale a sévi, cette fois entre les alliés d`hier, renchérie par l`addition des armées étrangères : le Ruanda, l`Uganda, le Burundi, l`Angola, le Zimbabwe, etc. Suite aux pressions internes et internationales, l`ONU a pris quelques responsabilités, en ordonnant l`arrêt des hostilités pour un règlement pacifique. Dans l`entre-temps, un des chefs de guerre, M. Kabila, le Président du Congo est décédé. Sa mort devait permettre la négociation entre les protagonistes, comme c`est lui qui était présenté l`élément majeur du blocage. Kabila parti, Kabila présent. Car le pouvoir de Kinshasa est resté collé à sa fraction politique, c`est à dire un des protagonistes de la guerre. C`est le fils Joseph Kabila que cette fraction a décidé de nommer à sa tête et partant, au pouvoir. Le Gouvernement de Kabila dirige alors près du tiers du territoire national, le reste de territoire étant sous la direction de RCD/ Goma dirigé par Onusumba , RCD/Bunia dirigé par Wamba dia Wamba et MLC/Equateur alors sous la direction de J. P. Bemba et leurs allliés respectifs. Dirigé ainsi par trois fractions armées, plutôt qu`une république du Congo, nous sommes en présence d`une partition du pays en trois, chacun ayant son territoire et son État. Quel est l`État congolais dans ce cas? Qui est Président et qui ne l`est pas? Quel est le gouvernement national et lequel ne l`est pas? Contrairement aux discours démagogiques, le contexte actuel est celui d`un pays divisé en trois territoires et en trois gouvernements. La négociation doit permettre ; l`érection d`un État et d`un Gouvernement, capable de maintenir l`unité du pays dont la réunification est en perspective. Pour réussir cette entreprise, les prétentions des uns et des autres doivent être mises de côté pour privilégier le respect mutuel, la volonté de négocier, la culture discursive, l`amour de la patrie et le sens de responsabilité. A la crise d`État, la solution appropriée est le renouvellement de l`État (le Gouvernement). Alors, les autres aspects tels que : la guerre, la division, la désintégration nationale, l`ingérence, la misère du peuple, le délabrement du pays, la question de nationalité, etc. , tout aussi importants, sont des effets de la crise. Le redressement de l`État est, par voie de conséquence, une promesse du redressement des aspects sociaux liés au fonctionnement de celui-ci. A partir des discours prononcés par les acteurs à l`ouverture des travaux du pré dialogue, on peut percevoir les représentations que les acteurs ont du contexte actuel, des problèmes et des solutions ou des attentes qu`ils ont du dialogue inter congolais On peut aussi voir qui s`inscrit dans la rationalité de négociation et qui n`y est pas encore. Les efforts du Médiateur et du Facilitateur doivent consister à ramener ceux qui ne s`y inscrivent pas encore, à l`ethos de négociation avant la négociation proprement dite. En définitive, il vaut mieux que tous parviennent à une compréhension commune de la source et des dimensions de la crise actuelle. Plus on avance dans le temps, plus les humains, à moins qu`ils ne soient particulièrement attentifs, tendent à oublier le passé. La guerre déclenchée dans l`Est du Congo connaît près de six ans d`existence. A son déclenchement, c`est le Gouvernement de Mobutu que les rebelles appuyés par des pays voisins avaient cherché à renverser. Mobutu parti, d`autres rebelles exclus du pouvoir et de la citoyenneté ont mené la guerre pour renverser le Gouvernement Kabila qui a succédé à celui de Mobutu. Même si Kabila, le père est mort, c`est encoure le Gouvernement Kabila qui prétend diriger le Congo, en fait divisé en trois. Puisque ce Gouvernement occupe Kinshasa, la capitale et siège des institutions politiques, il semble avoir une plus grande visibilité que les gouvernements érigés dans les territoires occupés par les rebelles. La réalité est tout de même celle d`un État fragmenté et de trois gouvernements en place. Le contexte actuel du Congo est donc celui d`une crise d`État, une crise politique au sommet même de la société. Un État illégitime et exclusif éloigne des citoyens. Dans ce cas, il devient légitime que ceux-ci s`organisent pour le combattre. Aussi bien sous Mobutu que sous Kabila, l`État réunit ces caractéristiques d`illégitimité et d`exclusion. L`illégitimité procède du fait que ces gouvernements sont dirigés et tenus par des personnes qui se sont imposées par la force plutôt que par le choix du peuple ou par un consensus national. Bien plus, parvenus au pouvoir ils ont privé le peuple du droit le plus cher : la liberté, comme pouvoir d`agir. L`exclusion procède du fait de la privation des libertés d`opinion, d`association, etc. D`où la détermination, dans chaque cas, pour des groupes de citoyens lésés, de chasser un mauvais gouvernement. Les uns comme l`UDPS, le PALU, Le Fonus, le PDSC, etc. l`ont fait pacifiquement. Mais d`autres ont préféré s`associer aux étrangers qui avaient des armes. Une crise aussi aiguë au niveau d`État ne peut entraîner que le délabrement général de la société. La vie politique, sociale et économique en est gravement affectée. La guerre, avec tous ces effets dramatiques sur nos peuples et sur notre pays, est une conséquence de cette crise d`État. Alors, quelle est la solution,? Faut-il arrêter juste la guerre ou plutôt recréer l`État? Faut-il réconcilier le peuple en arrêtant juste les hostilités ou plutôt arrêter les hostilités, certes, pour négocier et s`entendre sur la manière de mettre en place un État de transition qui inspire confiance aux nationaux et aux pays voisins, et qui par ce fait, contribue au maintien d`une paix durable? Faut-il juste donner à manger au peuple affamé ou plutôt créer une structure d`État qui permette le maintien en place des conditions permanentes de prospérité. Telles sont les questions auxquelles le dialogue inter congolais se devait de répondre dans le souci de bien cibler les dimensions de la crise. Les acteurs à ce pré dialogue partagent -ils la même compréhension du contexte? Pas tous de ceux qui ont parlé au pré dialogue semblent bien cibler le contexte et proposer une voie de règlement en harmonie avec le contexte. Le facilitateur Masire a attiré l`attention des acteurs congolais en ces termes : « pour la communauté internationale le pré dialogue est un test de capacité pour les Congolais de s`entendre ». Bien que, suivant les perspectives, ces propos frisent un défi ou une menace, on y entrevoit de la prudence. Le facilitateur évite d`influencer dans un sens ou dans un autre l`entente. « S`entendre » paraît chez le Facilitateur l`objectif majeur du dialogue. Il laisse le cours de l`entente aux Congolais qui doivent s`entendre dans un sens ou dans un autre. Pour un Facilitateur dont la mission est limitée au dialogue, cela se comprend. Une fois que les Congolais ont signé une entente, sa mission est accomplie. Qu`advient-il si, après l`entente, d`autres problèmes surgissent à court, moyen ou à long terme? Seuls les Congolais ont la responsabilité de s`entendre sur les représentations de la source du mal et des solutions adéquates. Une entente durable est à ce prix. Des observateurs, le Président Ciluba, Médiateur du conflit congolais et Président en exercice de l`OUA, est celui qui a le mieux cerné la crise congolaise en indiquant que celle-ci est politique. Il soutient aussi que pour sortir la RDC de la crise et pour une paix durable, un compromis politique négocié est nécessaire. En appelant au compromis politique, le Président de Ciluba cible bien l`objectif d`un ordre politique de transition, capable de ramener une paix durable. Cette perception diffère de celle de M.Festus Magae, le Président du Botswana qui voit dans le dialogue inter congolais, l`occasion pour l`organisation des élections libres. Celui-ci est un objectif à moyen ou long terme, certes, mais il n`est pas l`objectif immédiat. Avant les élections générales, le Congo doit avoir un seul bon gouvernement au lieu de trois mauvais gouvernements en place aujourd`hui. L`ordre politique est un objectif prioritaire. Il ne doit pas attendre mais doit plutôt être négocié au dialogue inter congolais Quant aux acteurs congolais qui se sont exprimés, Bemba cerne la crise congolaise comme étant politique; c`est une crise d`État Puisque l`État n`est pas organisé de manière à intégrer tout le peuple, il a proposé comme solution le renouvellement de l`architecture de la République Démocratique du Congo. Ce qui revient à mettre en place des nouvelles institutions d`État, susceptibles de rétablir un climat de confiance. Pour permettre au dialogue congolais d`atteindre le résultat escompté, il a recommandé l`humilité nécessaire à la réconciliation à tous les participants, la prise des décisions en toute souveraineté nationale et le respect de celles-ci. Quant à Onusumba, il reconnaît l`impuissance de la guerre à résoudre une crise, en fait, politique. La politique est justement cet art de concilier les différences, cette capacité d`intégrer des tendances disparates; opposition et pouvoir, des groupes aux intérêts divergents, les minorités et les faibles. Intégrer ne veut pas dire unir, mais plutôt créer des conditions telles que les groupes et les individus agissent. C`est aussi permettre que les individus prennent part à leur citoyenneté, en participant à la vie politique. C`est dans ces conditions de liberté d`action et de sécurité pour tous que la production devient possible. La prospérité économique et la paix sociale deviennent aussi possibles dans un contexte d`État responsable qui veille à la liberté, la productivité et la sécurité des citoyens. Dans les appels de Bemba et d`Onusumba pour un renouvellement des institutions, il y a l`expression de la nécessité d`un État légitime et responsable. Le message du Délégué de l`UDPS, M Mubake, rencontre aussi la même préoccupation de résoudre la crise à sa source. Par « source du problème », il veut dire l`État ( institutions politiques). On retrouve aussi ce v^Üu d`État crédible dans le message de She Okitundu, Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Kabila qui parle d`un pacte de la République à signer. La « Res-publica », comme gouvernement du peuple, est un gouvernement responsable vis à vis d`un Parlement qui représente le peuple. Ce v^Üu rejoint celui du Président du Botswana qui parle des élections. Il est intéressant mais il ne résout pas le problème immédiat; celui d`un gouvernement de consensus, capable d`unifier la nation et d`organiser les élections dans l`abstraction et la transparence. M. Kabila Joseph est celui qui doit arriver à une meilleure compréhension du contexte et des objectifs à cibler au dialogue. Sa représentation du contexte actuel est celle de l` agression des forces étrangères. La solution qu`il préconise est l`instauration de l`intégrité territoriale et donc la réconciliation de tout le peuple. Il indique aussi que son gouvernement est incontestable ( Journal le Phare du 21/8/2001). L`accent placé sur l`agression étrangère est une négation de la rébellion. Et pourtant, pré dialogue ou dialogue inter congolais, on est en présence des groupes congolais en conflit politique. Ici, l`accent est à mettre sur la crise congolaise, qui est politique et qui se situe à un niveau général; celui d`État. Que M. Kabila parle de son gouvernement comme étant incontestable, je ne pense pas qu`il en soit sûr. Les personnes en face de lui, ne contestent-elles ce gouvernement? M. Kabila veut aussi que le dialogue soit l`affaire de tout le peuple. Le dialogue n`est pas une élection générale dans laquelle participerait tout le peuple. Puisant à la théorie politique , l`espace discursif est un cadre démocratique et les décisions qui en émergent sont légitimes ( Habermas). Bien plus, ce sont les élites qui, dans toutes les sociétés, préparent des changements, créent des conditions de prospérité pour l`ensemble du peuple. Le dialogue doit donc être un espace discursif pour des élites ( politiques et société civile). Il est important que les participants soient suffisamment représentatifs. Les chefs des partis et des associations, des syndicats, des églises, etc. remplissent bien le critère de représentativité. Il est important aussi que les travaux soient éclairés par la théorie politique. Des personnalités du monde universitaire; nationales ou internationales ( sociologues, politologues, etc.) devraient être associés à titre individuel. Dans ce cas, des africanistes ou des ``tiers- mondistes`` de réputation internationale pourraient être recherchés et invitées à faire des présentations (philosophiques) qui éclairent les participants et qui précisent le fondement philosophique du projet de société à concevoir. Les voeux du rétablissement de l`intégrité territoriale et de l`unité nationale reviennent aussi chez M. Kabila. Mais, pour y parvenir, ne faut-il pas résoudre la crise à la source; c`est à dire; dégager par négociation, un consensus sur les institutions d`État pour la transition? Pour conclure, la crise congolaise est perçue par certains comme une crise d`État dont La solution réside dans le renouvellement de celui-ci à partir du dialogue inter congolais. Ce renouvellement signifie la mise en place négociée des institutions d`État moderne, caractérisé par l` abstraction et la division des pouvoirs. La perception des autres acteurs qui va dans le sens que le dialogue décide du cadre électoral n`est pas erronée. Mais, cet objectif n`est pas en harmonie avec l`urgence de la crise qui appelle une solution immédiate; celle de recréer un État dans lequel tout le monde agit en toute confiance pour gérer la vie nationale pendant la transition, dont la préparation des élections générales. C`est donc un État moderne de compromis que le dialogue doit mettre en place. C`est cet État qui se charge de la préparation des élections. L`accent et la priorité doivent donc être placés sur l`État, de manière que toutes les décisions qui seront prises par le dialogue, et donc les effets de l`accord de Lusaka ainsi que les décisions du Conseil de Sécurité de l`Onu, dont le retrait total des troupes et milices étrangères, soient exécutées de manière responsable par un État crédible. Déplacer l`accent de la source du problème risque d`amener les participants à se préoccuper des effets plutôt que de leur source. Entre l`objectif d` élections privilégié par Kabila et son gouvernement, d`une part et l`État de transition proposé par des opposants, le compromis n`est pas facile. Le Facilitateur, le Médiateur et d`autres personnalités d`influence devraient amener Kabila et son gouvernement à plus d`humilité, si l`on veut rendre le dialogue inter congolais efficace.
Marc Kapend [Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] | |