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[Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] PLUS D'UN SIECLE DES CHARTES DE PRINCE AU CONGOIl me semble tres cynique de devoir acabler sieur Laurent Desire Kabila de toutes sortes de critiques, comme si seule sa politique servirait d'apesanteur au bien-etre du peuple congolais qui s'ecroule sous le poids de la misere. En denonçant les aspects controverses de sa politique, tout se passe comme si nous aurions d'autres preferences, sinon que par une certaine cecite nous ne voyions rien de positif dans sa pensee politique. Il n'en est rien de tout cela. Mais, non plus nous n'avons pas ici l'intention de renier certaines de nos assertions anterieures sur ce regime anachronique. Aujourd'hui le Congo n'est plus que l'ombre de cet Etat moderne que nous reprenions un certain 30 juin 1960 des mains des colonisateurs belges. L'industrie congolaise n'est plus ce deuxieme foyer de developpement en Afrique subsaharienne apres celui de l'Afrique du Sud. Kinshasa n'est plus cette ville dont Lumumba disait qu'elle etait une construction merveilleuse qui etonnait le monde et que nous devions aux Belges. L'homme congolais a rejoint la conhorte des refugies qu'il contemplait autrefois avec curiosite a la television. Ce n'est pas a Kabila que nous devons adresser des reproches pour cela. L'ordre economique international et l'inconscience des cadres congolais ont affaibli le Congo. Comme des vautours, les Etats voisins se precipitent pour achever le moribond Congo et enlever a son caracasse ce qui lui reste d'assez moeleux. Depuis que le Congo existe comme Etat, entendez depuis 1885, ce pays n'a jamais connu une seule ere des libertes individuelles. A la creation de L'Etat Independant du Congo, le mobile d'etouffment de ces libertes en etait la necessite de ''discipliner'' ou mieux ''civiliser'' le Noir congolais pour accroitre la production en vue de servir la puissance du roi. Nous avons tous eu connaissance des massacres perpetres sur notre territoire par les agents leopoldiens dans leur effort de maximisation de la production de caoutchout qu'attendait le roi en vue de construire la splendeur de la couronne. Les massacres des travailleurs de l'Union-Miniere du Haut-Katanga en 1942, a la suite d'une greve (pour 2 frs d'augmentation) demeurent dans la memoire du peuple comme tant d'autres scandales des droits humains commis par le colonisateur au detriment du colonise. Ici, le subterfuge aux violations des droits elementaires etait la necessite d'assurer le progres (pour qui?) et la continuite de ''l'oeuvre civilisatrice''. On ne fera jamais allusion assez au fameux ''Pas d'elite, pas d'ennuis'' qui a mis le Congolais en retard sur tous les peuples colonises du continent en matiere de formation a l'administration de son territoire. Le beneficiare de ce deuxieme refus des libertes au peuple n'etait pas non plus le peuple congolais lui-meme, mais plutot le Belge. En orchestrant la chute du gouvernement Lumumba en 1960 d'abord ensuite en commanditant la mort de son leader en 1961, la C.I.A. americaine, la Belgique ainsi que les gouvernements central de Leopoldville et provincial d'Elizabethville avaient pour objectif de s'assurer une dominion economique et politique, mais la confiscation des libertes democratiques qui s'ensuivit devait avoir pour pretexte ''la protection du Congo contre la penetration communiste en Afrique''. Le beneficiare de cet Etat des choses, on le sait, ce n'est pas le peuple Congolais. C'est plutot le monde occidental et ses suppots congolais du Groupe de Binza. Lorsque Mobutu decida de ''prendre ses responsabilites'' en 1965: l'espoir de notre peuple fut enorme, tant la deception etait grande avec la politicaille des annees 60. Les succes des premiers mois de son gouvernement nous pousserent a lui accorder un cheque en blanc. Le pouvoir legislatif, le pouvoir executif et le pouvoir judiciaire furent tous concentres entre les mains d'un seul homme. Lorsque la ''constitution'' proclamait la plenitude de son pouvoir, le parti-Etat erigeait en loi toute parole publique du Chef. Le prince n'y alla pas des mains nues pour tirer profit de ce cheque en blanc, au moment ou notre peuple l'adulait. ''Le fils providentiel du peuple congolais'' rejoingnit rapidement le club privilegie, restreint, des richards parvenus du tiers monde comme ses comperes et intimes, le Saoudien Adnan Kashogi et le Juif Leon Tamman. En appliquant ici le principe ennonce par Mobutu lui meme a l'ONU en 1973, lorsque les riches deviennent de plus en plus riches, les pauvres deviennent de plus en plus pauvres. Surtout lorsque toutes lois cessantes, les princes investissent mines, champs et reserves. Des millions en devises lourdes retires du tresor public sur simple coup de telephone a l'appropriation des societes d'Etat, la poule aux oeufs d'or s'est retrouvee exsangue. Est-il encore necessaire de dire que les trente-deux ans de mobutisme ont une epoque de deconstruction systematique d'un tissu economique puissant? Un seul exemple suffit a en donner la mesure: la Gecamines qui fournissait 60 % des ressources budgetaires de l'Etat et 70 de ses rentrees en devises ne produit plus que 7 a 8 % de la capacite de ses installations. Le Congo economique s'est mis a genoux, ses finances en consequence ont implose. La lutte menee pendant pres de 7 ans par notre peuple avait deja permis d'identifier les objectifs immediats de la collectivite. En effet, la democratie, l'independance des trois pouvoirs les uns des autres, la planification par la base (une forte decentralisation, sinon le federalisme), la relance du developpement par l'assainissement du cadre macro-economique, l'equite par la justice distributive, la restructuration des forces armees par l'integration des milices tribalo-regionales dans une veritable armee nationale, le plafonnement des depenses de fonctionnement des organes constitues, la lutte contre le culte de la personnalite, etc... Il convient de signaler que c'est la Conference Nationale Souveraine, qui a tant premier forum de cette ampleur dans toute l'histoire du Congo, avait permis une aussi large concertation pour cheminer vers un certain nombre des conclusions. Autant notre mediocrite en tant qu'elite que la resistance quasi-inembralable de l'ex-dictateur Mobutu avaient conduit a une impasse qui n'a pas permis au peuple d'experimenter sur le terrain les resolutions de la C.N.S. Pour eprouver profondement le peuple en vue de se presenter par la suite comme son '' sauveur'', l'ex-dictateur ne tarit point d'imagination: pillage des commerces, plasticage des etablissements prives, detournement des fruits de l'exportation des metaux produits par les entreprises d'Etat, syphonnage de la tresorerie locale de ces entreprises, abattage des troupeaux entiers d'elephants et des rinoceros, etc. Produit des services speciaux occidentaux, Mobutu savait, par experience personnelle, qu'on peut acheter la conscience de n'importe qui au moyen de l'argent. Il y est alle des mains de maitre. Les episodes de la N'sele avec les ''partis alimentaires'', et celui de Tshimbombo Mukuna, distribuant des cartons de billets de banque au Palais du Peuple, a la C.N.S. en disent long. Ainsi, la ''democratisation avait-elle capote plus par la faute d'un mauvais pouvoir, un pouvoir corrupteur, que de la faute d'une mauvaise opposition (reellement mauvaise). De compromis a compromission, la charte de la transition issue des travaux de la C.N.S. avait perdu toute sa quintescence; en outre, le comportement des acteurs politiques elus par le peuple a la C.N.S. indiquait qu'on etait de plus en plus loin d'ateindre les objectifs que s'etait fixes le peuple en leur confiant un mandat deliberatif. Ainsi, la ''Rebellion des Banyamulenge'' suscita-t-elle en son debut un sentiment mitigie: le doute sur les veritables intentions des vrais commenditaires (les gouvernements mono-ethniques du Ruanda et de l'Uganda) versus l'opportunite d'enrayer le mobutisme decidement difficile a balayer par la voie pacifique. Lorsque les commanditaires de la''Rebellion des Banyamulenge'' deciderent de contourner les contraintes du droit international, par le recrutement d'un prete-nom congolais comme Chef de la ''Rebellion'', nous a tant que peuple, avions naivement mordu a l'hameçon. La ''Rebellion'' nous liberera du mobutisme a travers le massacre des autres populations ruandaises, mais nous perdions notre autonomie de decision a tant que collectivite nationale. Un partage du pouvoir convenu dans les accords de Lemera permit alors aux etrangers d'avoir la haute main sur les questions de defense, la collecte et le traitement des renseignements generaux et de securite, les finances et la diplomatie, etc... Le vrai pouvoir donc. Nous avions deja donne l'exemple des Juifs qui avaient fait venir les Romains pour les aider a chasser les colonisateurs grecs. Ce que les premiers firent facilement, mais ils devinrent a leur tour les nouveaux maitres de la Palestine. La tentative de soulevement juif sous la direction de Bar Khokeba vers l'an 70 suscita une reaction farouche, sanglante, des Romains. Les rescapes juifs n'eurent le salut que dans l'exil. Le monde parlera de leur diaspora bi-millenaire. Ponctuee des massacres (pongrons), cet exile ne se terminera qu'a la suite d'un genocide qui est devenu une grande reference historique. Si on ne prend garde, ceci pourrait etre le cas du peuple congolais dans les annees a venir. Il convient de noter que le genocide a laisse une telle marque dans la conscience de l'humanite que les attitudes similaires attirent souvent un desaveu international a leurs auteurs. Une fois a Kinshasa, le pouvoir AFDL a pose un certain nombre d'actes sincerement patriotiques. La rupture totale avec la mentalite ancienne qui comprenait le pouvoir comme un mandat pour jouir, et jouir non seulement sans limite mais aussi hors normes, la remise sur selle des preoccupations de planification du developpement national, la reduction des depenses de l'Etat a un niveau compatible avec les recettes degagees par l'economie, entrainant une incidence significative sur la sante de la devise nationale, la mise en confiance du peuple sur ses chances de prise en charge a travers une possible decentralisation, etc... ont ete autant de hauts faits patriotiques a inscrire a l'actif de l'ancien guerrillero converti en homme d'Etat patriotique. Seuls les hommes de mauvaises foi pourraient meconnaitre les resultats de ces politiques que nous avons attendues des decennies durant de l'ancien dictateur Mobutu. Seulement voila, un certain nombre d'irrationnalites ne tarderent pas a se manifester. La C.N.S. ayant decommande le principe de la nationalite collective, les Banyaruanda pretendument congolais ne voulurent plus entendre la moindre allusion aux travaux de ce forum comme documents de base pour l'elaboration du cadre institutionnel de la Troisieme Republique. La lutte pour le pouvoir entre Mobutu et l'opposition pacifique ayant personnalise le debat, dans plusieurs esprits, l'allusion aux resolutions de la C.N.S. signifiait la nomination de Tshisekedi comme premier ministre de la Transition, ce qui faisait fulminer ses nombreux adversaires. L'allusion au projet de constitution redige de maniere cavaliere par la commission Kashamura nommee sur decret par Kabila signifiait tout autant la legitimation du pouvoir auto-investi de ce dernier. Ainsi, encore une fois comme en 1991-92, le debat etait fausse. Les tshisekedistes et les kabilistes ne produisaient plus d'arguments, ils repetaient les uns les idees propagandistes de leur maitre et vice-versa. Ils ont donc privatise, sinon emprisonne les aspirations de notre peuple en les deformant dans la seule logique de leurs ambitions. Comme autrefois sous Mobutu, les reseaux tribalo-ethniques des clients et des intellectuels-milices des membres du gouvernement se constituerent pour surveiller les adversaires ou ceux qu'ils croient en etre potentiellement. L'insulte facile regnera en maitre en lieu et place du debat. Alors que se developpe ce meli-melo, l'histoire semblait se repeter. On se rappelera qu'a l'epoque des grandes decouvertes geographiques, ce sont les Portugais et les Espagnoles qui dominaient l'Occident. Cependant, c'est la diapora juive qui y avait la puissance financiere. Alors que l'or massif pille par Bartholome Diaz et son armee des conquistadors chez les Aztheques affluait dans la peninsule Iberique, les financiers-banquiers juifs se serviront des stocks d'or sous leur garde pour financer les projets qui conduiront a la revolution industrielle et navale en Angleterre et en Hollande, celle-ci ayant ete alors presentie comme gage de maitrise et de domination du commerce transcontinental auquel leurs hotes iberiques venaient de donner le ton. Les deux projets de constitution contiennent pourtant des inovations importantes pour la societe de demain. Le projet Kashamura retouche par l'equipe Lutundula apporte une approche originale de l'administration du territoire, avec un accent particulier sur la gestion moderne des collectivites urbaines, il remet sur scelle le drapeau du Congo a l'independance, qui etait une adaptation en 1960 de l'embleme de l'E.I.C. en 1885, consacra ainsi une continuite de l'etat congolais sur ses 114 ans d'existence en tant qu'entite nationale. Il reprend la plupart des principes repris tant dans la constitution de Luluabourg que dans le projet de la C.N.S. en matiere des droits des citoyens. Mais il restreint les possibilites de controle du pouvoir executif par le parlement, alors que la C.N.S. avait institue les mecanismes de controle de l'executif comme garde-foux contre l'abus de l'autorite. Le projet Kashamura propose le regime presidentiel a l'americaine, alors que la C.N.S. avait propose un regime parlementaire. Il propose aussi l'unitarisme decentralise, alors que la C.N.S. avait souhaite le federalisme. Le projet Kashamura reduirait le nombre des provinces a six comme en 1960, alors que la C.N.S. prevoyait la creation de nouvelles provinces au depart de onze entites actuelles. A l'epoque de Mobutu deja, plusieurs faiblesses du projet de la C.N.S. avaient deja ete epinglees: l'election au suffrage universelle d'un president sense regner sans gouverner, alors que le premier ministre, qui sera un depute, chef de la majorite parlementaire, ne sera qu'un representant d'une circonscription electorale (l'equivalent d'une municipalite ou commune); ceci augurait un conflit de legitimite entre le Chef de l'Etat (detenant la legitimite la plus large, mais sans pouvoir etendu) et le premier ministre (concentrant la realite du pouvoir, mais ne jouisant pas d'une large legitimite). L'institution des delais butoir fort limites denotait la mefiance de la classe politique a l'egard du Chef de l'Etat de l'epoque, bref, nombre des dispositions prises a la CNS l'etaient dans le but de contrer les malices du Marechal Mobutu. Une constitution d'un Etat moderne ne peut pas etre redigee selon la tete d'un individu qui est au pouvoir. Ainsi, apparait-il que les deux projets de constitution actuels qui sont les produits du genie de notre peuple se valent et sont complementaires l'un a l'autre. Il importe de les decoupler avec les individus, surtout de les decoupler avec leurs ambitions pour en sortir un texte unique, un texte de synthese susceptible de regir l'exercice du pouvoir dans la Republique au grand dam des inconditionnels des uns et des autres. Le concept de Nouveau panafricanisme economico-commercial ne a l'arrivee de l'A.F.D.L. a Kinshasa semblait ainsi s'adapter aux courants commerciaux contemporains sur la mondialisation. Mais ils ont demarre dans un contexte des rapports de dependance entre le Congo infeode et le duo Ruanda-Uganda relativement plus aguerri. Les denonciations actuelles de pillages des gisements de metaux rares, de l'or et du diamant congolais a l'Est, au profit de nos voisins orientaux devenus allies privilegies des USA et de l'Angleterre en lieu et place d'un Congo affaibli constituent une evidence de redition de la malheureuse experience des Iberiques. En son temps, Mobutu avait inflige une blessure beante a l'unite nationale en utilisant Kyungu wa Kumwanza pour accomplir une basse besogne sur les Kasaiens au Katanga, alors que sur place a Kinshasa, il utilisait les services d'un autre Katangais, Kibasa Maliba, pour espionner son adversaire Tshisekedi, pendant qu'untroisieme Katangais, le PDG Umba kyamitala regionalisait les postes de commandement a la Gecamines. A l'arrivee du nationaliste Kabila, on pouvait s'attendre a une politique antinomique a celle de Mobutu sur ce dossier, sans certes remettre en question l'ascenssion des cadres katangais dans l'administration de leurs affaires. Rien de tel se fit. Mr Kabila prendra comme pretexte le voyage (certainement inopportun) de Tshisekedi a nice sur le chevin de son adversaire, ainsi que la nomination acceptee par le meme Tshisekedi au poste de premier ministre pour le declarer pro-mobutiste et indesirable. Pendant ce temps les mobutistes katangais precites (Kyungu, Kibasa et Umba) sont associes dans la direction du gouvernement Kabila. Ci on se demandait qui etait plus mobutiste que l'autre entre Tshisekedi et Kibasa, la on franchissait le Ribicom en expliquant la nomination de ces trois mobutistes par leur origine Katangaise comme Kabila. L'arrivee du chantre du mobutisme, Mr Dominique Sakombi Inongo , au poste de conseiller en communication du Chef de l'Etat sera aussi expliquee par l'origine katangaise de son epouse. Les nominations au ministere de la defense et de la securite, dans la territoriale, etc... montrera que le pouvoir sombrait dans le clanisme cher au regime precedent. La conclusion qui s'imposait etait que Mr Kabila passait a cote de l'histoire en manquant de realiser la reconciliation nationale. De meme, il ne respectait pas lui-meme les principes qu'il opposait aux autres. L'imposition d'un decret unilateral sur la gestion de la ''Transition'' l'eloignait du reste de la classe politique qu'il traitait ostentoirement de pourrie et de ramassie. Des lors, il jettait aux mais des ennemis du Congo ces politiciens ''ramassis''. De la a ce que les ennemis se servent de ses adversaires comme il se sont servis de lui-meme Kabila hier, il n'y avait plus qu'un pas qui effectivement a ete franchi. Il est de bonne foi de reconnaitre que Kabila etait otage des forces ruandaises. Son refus d'accepter les critiques de l'opposition pacifique sur la domination ruandaise dans les couloirs du pouvoir peut passer dans ce compte. Mais Kabila n'aurait-il pas fait mieux de ne pas endosser personnellement les atrocites commises par la soldatesque ruandaise sur les etudiants et les masses manifestantes a Kinshasa, sur les combattants Mai-Mai et les Chefs coutumiers au Kivu? Plutot que de les dementir, Kabila n'aurait-il pas fait mieux de nier sa responsabilite personnelle dans les massacres des refugies ruandais dans la province Orientale et dans l'Equateur, bien sur sans accuser ceux dont-il etait otage? Aujourd'hui, on sait que la gestion de ce dossier a rendu un tres mauvais service a la Republique, tant a l'ONU qu'aupres de nos partenaires bilateraux, cependant, il n'est qu'un secret de polichinelle que ce sont les soldats ruandais, sur lesquels Kabila n'avait pas autorite, qui ont perpetre ce crime sur ordre de Kagame. Plutot que d'adopter une rhetorique ethnocentrique, refletant la realite, mais peu opportune, compte tenu de l'actuelle commisseration internationale contre le genocide, le Congo aurait pu se garder de stigmatiser l'invasion tutsie, pour faire plus etat de l'agression ruandaise. Dans le me ordre d'idee la collaboration avec les ex-forces genocidaires nous place en porte en faux devant l'opinion internationale, et nous nous nous nous plaignons ensuite de son indifference vis-a-vis des theses congolaises sur l'agression. L'historique de la dette exterieure du Congo montre que celle-ci s'est litteralement accrue pendant la periode d'execution du Programme des Grands travaux de 1966-1972. Mal conçus, les projets de ce programme n'ont pas permis a l'Etat congolais de recuperer le capital investi dans la quasi totalite de ces unites. Le nombre d'elephants blancs qui parseme le territoire national en est l'illustration, bien qu'une bonne partie des financements liberes avait ateri dans les comptes speciaux du Marechal et de ses comperes en Europe. Le refus de reconnaitre la dette exterieure aupres des partenaires tant bilateraux que multilateraux du Congo a genere une impasse dans les negociations sur un eventuel programme d'assistance ou celui d'ajustement structurel que necessite la situation actuelle de l'economie nationale. Les realisations su budget de l'Etat congolais pour l'exercice precedent sont tombees a 350 millions de dollars, alors que la remise a flot de la seule Gecamines demanderait plus de 4 milliards de dollars dont au moins la moitie a affecter au remboursement des dettes de la societe. La fameuse dette exterieure de l'Etat depassait 15 milliards en fin 1998, alors que le service annuel de cette dette devrait depasser le double des realites du budget annuel du Congo. Qui plus est, les ''trois armees'' congolaises actuelles et leurs allies regionaux s'equipent en gageant la production a venir du pays. On ne voit pas comment le Congo pourrait relancer sa production industrielle par autofinancement ou par un schema classique. Certes les reformes locales avaient permis aux petits producteurs agricoles de retrouver la confiance, les efforts d'elargissement de l'assiette imposable ainsi que l'assainissement de la perception des recettes des douanes et assises avant la seconde guerre avaient engendre la stabilite de la monnaie, tant qu'on ne liberait pas systematiquement les salaires dans la fonction publique et les credits a l'economie aupres des banques commerciales. Il est evident que le pays ne resterait pas eternellement sans strategie de reprise de la croissance economique, mais tout effort pour en creer les conditions relancerait les pressions inflationnistes dans le climat actuel ou la stabilite monetaire n'est pas soutenue par un certain niveau de production. Dans ce cas, l'effort interne de redressement ne pourrait jamais se passer de la cooperation avec les partenaires exterieurs du pays. Le Congo n'aura pas les moyens de mettre en valeur, dans un contexte autharcique, les ressources naturelles a propos desquelles des contrats signes par le meme gouvernement Kabila ont ete ensuite retires a leurs beneficiaires. L'octroi de contrats aux entreprises tenues par les nouveaux allies du Congo (le Zimbabwe, la Namibie et l'Angola), en remplacement de celles du Ruanda et de l'Uganda ne fera que multiplier les sources eventuelles de conflit dans la region, car les nouveaux gestionnaires voudront defendre mordicus leurs droits acquis au detriment du peuple congolais. Le refus de negocier les contrats avec les investisseurs eventuels dans un contexte patriotique accule le gouvernement a ceder les entreprises publiques en difficulte a des mains non expertes juste pour degager des liquidites en vue de l'effort de guerre, alors que les nouveaux gestionnaires se servent. Des lors la rhetorique dirigee contre les investisseurs etrangers devient absurde. Le Congo a beau critiquer la mondialisation initiee par les nations imperialistes, mais il apprendra a vivre avec elle. Il fait partie d'un environnement international qui s'y engouffre fermement. Il y a des evenements que le cours de l'histoire vous impose malgre la revolte interne. Alors que les pays ayant un certain potentiel s'activent a preparer leur entree dans un marche globalise, au Congo un discours irresponsable se developpe, comme si les Congolais se doteront d'un marche particulier ou il vendront et acheteront seuls, en dehors des normes mondialement adoptees. En politique, ce reve d'un Congo isolationniste ne peut etre entrepris que dans un cadre d'une certaine unite de commandement, d'ou la necessite d'un pouvoir fort pour appliquer une approche qui ne trouvera pas de defenseurs a moyen terme. Ainsi, le decor est entierement plante: le nouveau pouvoir s'est alliene la confiance des partenaires multilateraux et bilateraux ainsi que celle de l'opposition interne. Les forces centrifuges en Occident ont trouve aux ennemis regionaux du Congo des allies de circonstance pour y faire eclater un deuxieme conflit militaire en moins de deux ans, dans le but d'intimider si pas eliminer le leadership congolais pour y retrouver les interets perdus. Comme avec Kabila en 1996-97, les ennemis regionaux du Congo ont recrute des mecontents parmis le peuple. Une sorte d'union sacree anti-Kabila s'est ainsi dressee en face de celui-ci, ecrasant au passage nos pauvres paysans, pendant que nos compatriotes du Kivu sont massacres a loisir par la soldatesque ruandaise. Devant cette tragedie, il n'y a pas de place au debat libre, car le pouvoir s'acculerait a des formules a l'emporte piece, a des dogmes et a des proclamations. La charte du price est la seule possibilite qui s'offre. On comprend des lors pourquoi notre peuple, pour la nieme fois devra louper une occasion d'instituer les libertes democratiques. Comme avec le roi Leopold II en 1885, avec la Charte coloniale de 1908, avec le coup d'Etat du colonel Mobutu en septembre 1960, avec le coup d'Etat du meme Mobutu en novembre 1965, le pouvoir autoproclame de 1997, aura nie au peuple congolais la possibilite de s'auto-assumer, tant sous la surveillance des Ruandais qu'apres leur expulsion. De 1885 a 1999, le Congo totalise 114 ans des pouvoirs totalitaires qui n'ont pas permis au peuple congolais de faire l'apprentissage de la democatie. Avec ce constat, il demeure encore difficile de rencontrer les aspirations du peuple maintes fois reaffirmees depuis 1960, a savoir: la democratie, l'independance des trois pouvoirs, la planification par la base, la relance du developpement, l'equite par la justice distributive, la creation d'une veritable armee nationale (ipso facto detribalisee), etc... A moins d'un sursaut de rationnalite de la part de nos leaders pour depersonnaliser le debat, particulierement en decouplant les individus Kabila et Tshisekedi, Wamba et Ilunga, etc... des projets de constitution en presence pour en realiser la synthese que pourrait adopter notre peuple par referendum. Lambert Opula. [Courriers des lecteurs] [Page principale] [Home page] | |