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(Potentiel)

Delenda est Kigali ? Faut-il aller à Kigali ?

Par Silubwe Moke Bonaventure, Centre dEtudes et de Recherche sur le Développement du Congo (Cerdec), Lille. E-mail/ bonasil@yahoo.com silubwebona@yahoo.com

 

La reconquête du territoire à l'Est soulève le problème des limites géographiques des opérations militaires des Alliées. Derrière cette question cruciale se pose également la question des objectifs de la guerre vue du côté de Kinshasa, des conditions d'une paix durable pour le Congo agressé et du règlement global des conflits dans la région.

 

L'analyse des discours et communiqués officiels depuis le début de la guerre apporte une réponse cohérente à la question de savoir jusqu'où sétend le théâtre des opérations des Alliés : les limites de la contre offensive militaire des alliés devraient-elles se cantonner au territoire de la RDC ?

La conférence de presse de R. Mugabe à Lubumbashi le dimanche 01 novembre dernier et la déclaration récente de Monsieur l'ambassadeur angolais à Kinshasa sont sans ambiguïté sur le principe de proportionnalité entre la riposte et l'attaque. Il faut reconnaître en effet que la proportionnalité de la riposte à l'attaque reste le critère essentiel de toute légitime défense. Tout écart entre les moyens de la riposte et l'étendue de l'agression transforme la légitime défense en vengeance et donc en agression.

 

Si la proportionnalité de l'action alliée à l'étendue de l'agression transparaît du langage officiel des Alliés, elle semble sopposer à l'ambition avouée de Kinshasa dès le début des hostilités. En effet, en expliquant au mois dAoût dernier que « la Guerre sera longue », le Président de la République Laurent Désiré Kabila ajoutait clairement qu'elle se terminera sur le territoire de l'agresseur. Une expression qui, néanmoins, n'indique pas l'étendue de la zone opérable de la contre offensive. Cette expression ne permet pas en tout cas de définir avec précision les intentions réelles du Gouvernement de la RDC sur le champs d'action des opérations de l'Est.

Allez à Kigali soulève deux interrogations majeures :

 

Quel sens accorder à une telle action ?

Quelles sont les conditions d'engagement des troupes alliées au-delà de frontières congolaises ?

 

1. Porter la guerre jusqu'à Kigali devrait être bien sûr une suite logique d'une victoire sur les pays agresseurs. C'est avant tout et d'abord une décision politique, celle d'apporter un élément nouveau à la question rwandaise, en forçant Kigali à l'alternance politique. C'est aussi un choix stratégique, celui de rétablir l'équilibre des forces rompu entre le géant Congo et ses voisins agresseurs. Tout retrait des Alliés de la RDC avant ce rééquilibrage sera nécessairement néfaste au maintien d'une paix durable pour le Congo et la sous-Région. Rappelons-le, le conflit trouve sa justification dans la volonté délibérée des ex-alliés du Congo de porter un coup à sa souveraineté nationale au moment où ce rééquilibrage était en gestation.

 

2. L'engagement des Alliés aux côtés des Fac ne peut se traduire par une intrusion au sein du territoire Ruandais qu'à la condition que le contact des forces sur le terrain ait lieu dabord sur le territoire congolais et se poursuive ensuite sur le territoire ennemi. C'est donc seulement dans le feu de l'action qu'une telle action pourra trouver une justification. Tout retrait concerté ou unilatéral des forces ruandaises et ougandaises en amont des villes les plus à l'Est (Bukavu, Goma, Uvira …) enlèvera aux alliés toute occasion de justifier la poursuite des opérations au-delà de la frontière congolaise.

Il faudra donc, à un moment ou un autre, les alliés affrontent l'ennemi à Goma, Uvira ou à Bukavu ou dans toute localité frontalière, mais dans tous les cas sur le territoire de la RDC. La décision de Kagame de se retirer du territoire congolais rendra politiquement aléatoire, diplomatiquement répréhensible, tout engagement de poursuite par les Alliés de l'ennemi sur son territoire.

 

Cependant, la capacité alliée à marcher sur Kigali ne fait aucun doute. Mais son efficacité dépendra de la déconfiture ou de la sévérité de la débâcle des forces ruandaises. La capacité des Alliés à marcher sur Kigali est certainement tributaire de l'importance d'opérations de diversion sur les autres fronts que les autres alliés de Kigali(Ouganda et Burundi) ainsi que les diverses bandes armées incontrôlées dans la Région (l'Unita) pourraient ouvrir.

 

Que la guerre atteigne le territoire ennemi notamment ruandais semble inévitable. Il est évident que la reprise d'une ville comme Goma ne peut se faire sans que, du fait même de la portée pratique des engins de combat, les obus ou munitions légères ne terminent leur course sur le territoire ruandais, de l'autre côté de la frontière. Théoriquement, la guerre ne saurait s'arrêter à la frontière sans dommage pour l'action des alliées.

Comme dans la guerre du Liban sud ou celle de Kippour , la principale question qui se pose sur le plan militaire est l'étendue géographique de cette intrusion inévitable et la durée de stationnement sur le territoire ennemi. Cependant, les deux éléments sont aléatoires. Ils sont en effet dépendants de la capacité de résistance de l'armée ruandaise dans une mission de défense de leur territoire et évidemment de l'attitude de la communauté internationale.

 

En somme, on ne peut concevoir une victoire des alliés sans une extension des hostilités de l'autre côté de la frontière congolaise : la poursuite des combats jusquà la chute de Kigali est une option politique dont les effets sont aléatoires sur la durée de la crise et l'expansion du conflit à d'autres alliés de Kigali et de Kampala.

 

Silubwe Moke Bonaventure, Cerdec, Lille.

silubwebona@yahoo.com

bonasil@yahoo.com

 

 

 


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