UNION
POUR LA DÉMOCRATIE
ET LE PROGRÈS SOCIAL




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Déclaration de Politique Générale de l’Union pour laDémocratie et le Progrès Social, UDPS, au Dialogue Intercongolais, à Sun City, Afrique du Sud

1. INTRODUCTION

Excellence Monsieur le Président, Facilitateur du Dialogue Intercongolais,

Chers compatriotes délégués au Dialogue Intercongolais

Au nom de mon Parti, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, UDPS, et en mon nom personnel, je saisis cette opportunité pour adresser mes sincères remerciements à l’ensemble de la Communauté Internationale, pour les efforts qu’elle n’a cessé de déployer afin que le Dialogue National tant attendu par notre peuple devienne aujourd’hui une réalité. Qu’elle veuille bien accepter l’assurance de notregratitude.

Je remercie également, Son Excellence Monsieur le Président Thabo Mbeki, le gouvernement et le peuple Sud Africain pour l’accueil combien fraternel reservé à toutes les délégations congolaises ainsi que pour les sacrifices financiers et matériels consentis. Ce qui a permis la tenue de ces Assises.

Qu’il me soit également permis d’associer dans cette expression de gratitude, Son Excellence le Président Ketumile Masire, Facilitateur du Dialogue Intercongolais, d’avoir accepté cette lourde charge et fait preuve de patience et de perséverance sur la voie combien difficile qui a conduit à la réalisation de ceDialogue.

Je m’en voudrais par ailleurs, de ne pas remercier notre peuple, qui par ses prières et ses pressions diversifiées sur l’ensemble des acteurs dans la crise congolaise, a permis enfin la tenue de ce forum.

Mes remerciements s’adressent également aux belligérants pour avoir bien voulu accepter de déposer les armes afin de privilégier la voie du dialogue et de la réconciliation. Je remercie enfin tous les participants aux présentes Assises pour leur disponibilité et leur détermination à mettre fin à lacrise congolaise.

2.CONCERNANT LA CRISE

2.1 OrigineExcellence Monsieur le Président,

Chers compatriotes délégues au DialogueIntercongolais,

Pour l’UDPS, la crise qui mine notre pays depuis de nombreuses années est essentiellement d’originepolitique. Elle est due:

-au manque de culture des textes et
-à l’absence de l’Etat de droit et de la démocratie.

En effet, la première crise politique du Congo indépendant a été provoquée par la violation flagrante de la loi fondamentale. De même, la violation de la constitution de Luluabourg le 24 Novembre 1965, a marqué le début de la deuxième crise politique de notre pays. Il en fut ainsi du non respect du consensus réalisé à la Conférence Nationale Souveraine (CNS) de 1992, qui est la cause principale de l’actuelle crise politique. Il est donc évident que si nous ne respectons pas les décisions qui seront issues des présentes Assises, le pays sera plongé dans une tragédie aux conséquences graves et inimaginables dont les victimes principales seront les congolais, tous les congolais. S’agissant de la démocratie et de l’Etat de droit, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme définit les principes fondamentaux qui constituent le socle sur lequel sont bâtis l’Etat de droit et tout système démocratique. Les violations systématiques de ces principes par les différents régimes politiques qui se sont succédés à la tête de notre pays sont à la base des diverses crises politiques que nous avons vécues, que nous vivons et que nous déplorons tous aujourd’hui.

2.2. Conséquences

Les conséquences de cette crise sont multiples:

a)Sur le plan politique:

-Le déficit de la démocratie et l’absence de l’Etat de droit dans notre pays de 1960 à ce jour ont été à la base de la transformation du Congo en une jungle, de la négation du droit inaliénable des congolais d’être la source et le fondement de tout pouvoir politique, de sa légitimité, de son organisation et de son exercice; des violations des libertés et des droits fondamentaux de la personne humaine et de plusieurs manifestations, frustrations, mouvements de mécontentement ainsi que des révoltes populaires pacifiques ou armées ;

-L’instabilité politique devenue structurelle;
-La mauvaise gouvernance.

b)Sur le plan économique-La destruction des infrastructures de base;

-L’arrêt de la production;
-Le pillage systématique des ressources du pays;
-L’inflation toujours galopante;
-Le poids considérable de la dette extérieure;
-Un désequilibre macroéconomique criant;
-La prédominance d’une économie informelle qui prive ainsi l’Etat des ressources pouvant lui permettre d’assurer le développement du pays;
-Un systeme bancaire en banqueroute;
-Un secteur privé quasi-inexistant.

c)Sur le plan social, culturel et éthique

-D’innombrables pertes en vies humaines;
-Une recrudescence des maladies endémiques et épidémiques jadis éradiquées et la propagation fulgurante de nouveaux fléaux tels que le virus HIV/SIDA. De manière générale la situation sociale est caractérisée par un taux de chômage trés élevé, la paupérisation en progression croissante, un pouvoir d’achat décroissant au jour le jour, la malnutrition, un accès difficile à l’enseignement, aux soins de santé et à l’eau potable, un environnement insalubre, un surpeuplement des centres urbains et un déclin criant de toutes les disciplines sportives;
-Avec un taux de mortalité trés élevé et un PIB en chute libre (-11% maintenant), la population vit dans une pauvreté permanente. Cette situation a engendré les enfants de rue et la dépravation des moeurs, hypothéquant ainsi l’avenir de tout un peuple;
-La création et l’émergence des conflits intertribaux et interethniques à l’Est du Congo;
-La guerre et ses atrocités telles que les pertes envies humaines;
-La propagation de la culture de la violence, de la haine et de la vengeance; l’enrôlement des enfantsdans les groupes armés ;
-Les assassinats, les viols, les meurtres, les arrestations arbitraires et autres actes de violence commis contre les paisibles citoyens sur toute l’étendue du territoire national;
-La destruction de l’écosystème;
-Le manque d’une politique sociale en faveur del’émancipation de la femme;
-Le manque d’une politique de relance de la recherche scientifique, base de tout développement, dans la politique gouvernementale de notre pays.

3.LE REGLEMENT DE LA CRISE

Excellence Monsieur le Président et Facilitateur duDialogue Intercongolais,

Chers compatriotes délégués au DialogueIntercongolais,

Le Congo notre pays est devenu la risée de tous ceux qui, hier encore, avaient de l’estime à notre endroit. Nous sommes donc condamnés à relever ce défi. C’est pourquoi, je vous donne, ci-après, la vision de mon Parti sur les différentes matières retenues dans l’ordre du jour de nos travaux.

D’une manière générale, l’UDPS considère que les décisions et recommandations de la CNS constituent la base consensuelle des solutions à la crise.

3.1. Sur le plan politique et juridique

-L’unité nationale, l’intégrité territoriale et la souveraineté du peuple ne sont pas négociables.
-La mise en place du nouvel ordre politique implique:

a) L’élaboration par consensus d’une constitution devant régir notre pays pendant la période de transition; il s’agit d’un cadre juridique, qui consacre et protège rigoureusement les droits humains et les libertés fondamentales, l’équilibre et la séparation des trois pouvoirs traditionnels(législatif, exécutif et judiciaire);

b) La réalisation d’un consensus sur la forme de l’Etat. A ce sujet, l’UDPS, propose un Etat unitaire fortement décentralisé pendant la transition. Cette option politique levée par la CNS est aujourd’hui amplement justifiée en raison de la situation politique actuelle caractérisée par une crise très profonde et par la partition de fait du pays; tandis que le fédéralisme a été voulu par notre peuple à la CNS comme forme de l’Etat pour la troisième République. L’UDPS souscrit entièrement à cetteoption;

c) La fixation de la durée de la transition : l’UDPS propose une transition de trois à cinq ans;

d)L’élaboration d’un criterium objectif et impersonnel, préalable au choix des animateurs de latransition;

e) En ce qui concerne le régime politique, pour les raisons sus- évoquées ( profondeur de la crise politique et partition de fait du pays), l’UDPS propose qu’un consensus puisse se dégager en faveur d’un régime présidentiel sui generis pendant la période de transition, régime qui tient compte des forces politiques en présence et de la nécessité d’une cohésion indispensable à la paix, à la sécurité, à la réconciliation et à la reconstruction de la Nation dans l’intérêt général du peuple congolais. Ce qui previendrait la répétition de l’histoire et éviterait des conflits au sommet de l’Etat, conflits qui seraient de nature à bloquer la transition et à provoquer une nouvelle crise politique.

f) Concernant le projet de constitution devant régir la 3ème République, l’UDPS renouvelle son attachement au projet du texte constitutionnel élaboré par notrepeuple réuni à la CNS.

3.2 . Sur le plan économique, financier et monétaire

L’UDPS propose l’adoption par les présentes Assises d’un programme économique , financier et monétaire d’urgence dont les grands axes sont :

-La réhabilitation des infrastructures de base;
-L’assainissement des finances publiques, la lutte contre l’inflation en vue de la stabilisation de lamonnaie;
-La création, la promotion et le développement d’un secteur privé dynamique et performant ;
-La lutte contre la corruption et la revalorisation du contrôle à tous les niveaux;-La réhabilitation du système bancaire;
-La création des conditions de relance du tourisme.

Il est bien entendu que ce programme ne peut réussir que si, ensemble, nous prenons l’engagement de refonder l’Etat, de restaurer son autorité, de consolider la paix et de créer d’excellentes relations non seulement avec les pays limitrophes mais aussi avec ceux d’Afrique et du reste du monde.

3.3 . Sur le plan social, culturel et éthique

Toute l’action du gouvernement de transition doit viser l’amélioration du vécu quotidien de la population . Pour ce faire , l’UDPS propose :

-La création de nouveaux emplois par l’incitation à l’investissement tant public que privé;-Le paiement régulier des salaires des fonctionnaires et des autres agents de l’Etat ainsique la solde des militaires;
-Le rapatriement des déplacés de guerre et leur réinsertion en créant des emplois dans les provinces, districts, territoires, collectivités et villages;
-L’allocation d’une enveloppe significative des resources de l’Etat aux secteurs sociaux, notamment à la santé, à l’éducation, à la recherche scientifique ainsi que l’assainissement de l’environnement;
-L’accroîssement et l’amélioration des infrastructures de distribution d’eau potable et d’électricité sur toute l’étendue du territoirenational; -La réhabilitation du sport national et la promotiondes activités culturelles ;
-La mise en place d’une politique d’encadrement et deprotection de la jeunesse ;
-L’assainissement des mœurs;-La mise en place d’une politique d’émancipation de la femme.

3.4. Sur le plan de la défense et de la sécurité

L’UDPS propose que la commission défense et sécurité du Dialogue Intercongolais prenne en compte la nécessité et l’urgence qu’il y a à mettre en place une armée véritablement nationale, républicaine, apolitique et soumise au pouvoir civil. L’UDPS propose également l’élaboration d’un statut destiné à réglementer le fonctionnement de ce corps, statut qui contienne des règles impersonnelles et obligatoires régissant le recrutement, la promotion, la formation et la mise à la retraite du personnel militaire. Il devrait en être de même, mutatis mutandis, des services d’ordre et de sécurité.

3.5.Concernant la paix, la réconciliation et l’uniténationales.

L’UDPS considère que l’Accord de Lusaka, particulièrement en ce qui concerne le point relatif à la question de la nationalité, est le socle sur lequel devront être bâties la paix et la réconciliation nationale. Pour cette raison, l’UDPS adhère totalement aux principes énoncés dans cet Accord. C’est le prix à payer par les congolais pour garantir la paix durable dans notre pays.

3.6.Concernant les élections

Pour assurer la transparence dans l’organisation des élections libres et justes, l’UDPS suggère la mise en place d’une commission nationale électorale indépendante composée et animée uniquement par la Société Civile, les formations politiques n’yassistant qu’à titre de témoins.

4.CONCLUSION

Excellence Monsieur le Président et Facilitateur du Dialogue Intercongolais,

Chers compatriotes délégués au DialogueIntercongolais,

A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle! Le Congo notre pays traverse une crise profonde qui touche toutes les fibres de l’organisation et du fonctionnement de l’Etat et de la Société. Le Dialogue Intercongolais est le Seul cadre à même de répondre aux aspirations et aux espoirs du peuple congolais. Et, tirant les leçons de l’expérience de la République Sud Africaine qui nous accueille en ce jour, où c’est par le dialogue et la négociation qu’un changement pacifique sécurisant toutes les couches de la population est intervenu, au point de devenir un modèle de démocratie, de réconciliation, de paix et de coexistence dans une société arc-en-ciel, nous avons tout intérêt à nous inspirer des méthodes pacifiques qui ont permis à ce pays d’éviter une destructiontotale.

L’histoire retiendra dans les annales de notre pays que le destin du peuple congolais fût éclairé par lesoleil de Sun City.

Nous sommes ici pour jeter les bases d’une société nouvelle, différente de celle qui a échoué, de celle qui a tout détruit, de celle qui a humilié, déshumanisé et clochardisé le congolais et refuser de placer l’homme au centre de nos préoccupations. Nous sommes ici pour repenser ensemble notre société, apprendre à vivre ensemble et avoir un autre regard sur notre voisin et sur notre proche. Nous sommes ici pour recréer le consensus social rompu. Tout cela n’est possible que dans un élan de dépassement total de chacun de nous. Le monde entier a en ce moment-ci les yeux rivés sur Sun City. Tous nos morts tombés au front de la lutte pour la démocratie nous regardent du haut de cette superbe salle de Sun City.

Je suis fermement convaincu qu’au regard de la misère profonde dans laquelle croupit notre peuple, l’ampleur du délabrement du tissu social et économique, la déliquessence et l’inversion des valeurs morales et spirituelles, chacun de nous devrait être résolument déterminé à oeuvrer pour le plein succès des présentes Assises afin de pouvoir ainsi relever le défi auquelle Congo est confronté.

Excellence Monsieur le Président et Facilitateur duDialogue Intercongolais,

Chers compatriotes délégués au DialogueIntercongolais,

L’un des objectifs que nous devons atteindre à travers le Dialogue Intercongolais est la réconciliation nationale. Car si nous sommes incapables d’intérioriser en nous-mêmes et de promouvoir dans toute notre société la culture du pardon et de l’amour, tout ce que nous faisons est voué à l’échec.

C’est pourquoi en ce qui me concerne, devant Dieu et devant l’Histoire, devant le peuple congolais qui nous suit en ce moment ainsi que devant ma conscience, je déclare solennellement que je pardonne à tous ceux qui m’auraient fait du tort dans ma vie. De même, je demande à tous ceux qui se seraient sentis offensés par mes propos ou par l’une ou l’autre de mes attitudes de bien vouloir me pardonner de tout cœur.

Que Dieu bénisse les travaux du Dialogue Intercongolais et protège la Nation congolaise et notre peuple. Je vous remercie.

Fait à Sun City, le 8 mars 2002.

Etienne Tshisekedi Wa Mulumba
Président National de l’UDPS


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