UNION
POUR LA DÉMOCRATIE
ET LE PROGRÈS SOCIAL




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Déposition du Représentant de l'UDPS au Canada 
devant le Sous-comité des droits de la personne et du développement international du Comité permanent des Affaires étrangères et du Commerce international
de la Chambre des Communes du Canada.

 

Honorables,

Nous vous remercions de cet honneur et du privilège que vous nous avez accordés en nous invitant à comparaître devant vous cet après-midi. A notre connaissance, c'est la première fois dans les annales parlementaires du Canada que la Chambre des Communes organise des audiences sur le drame que traverse la République Démocratique du Congo. En tout cas, c'est la première fois que notre organisation, l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) est invitée à témoigner devant un comité du Parlement canadien.

 

Honorables Députés,

"La vérité des choses, a écrit Gianbattista Vico dans ses Principes d'une science nouvelle, est dans leur commencement". Tout, en effet, a commencé en octobre 1996 lorsque les troupes rwandaises sont intervenues au Congo, alors Zaïre, pour détruire les camps des réfugiés Hutu et chasser Mobutu du pouvoir. Les camps furent effectivement détruits, plusieurs milliers de réfugiés rentrèrent au Rwanda, mais des centaines des milliers d'autres s'enfoncèrent à l'intérieur du Zaïre où ils furent poursuivis et massacrés. Plus de 180.000 d'entre eux furent ainsi massacrés. Des dizaines des milliers de citoyens congolais périrent aussi dans cette guerre, d'autres se réfugièrent dans les pays voisins. C'est dans ces conditions qu'une fois arrivés à Kinshasa, les Rwandais et Ougandais installèrent Monsieur Laurent-Désiré Kabila au pouvoir.

Ayant refusé de répondre positivement aux attentes de la population qui voulaient la poursuite du processus de démocratisation, le Président Kabila choisit d'expérimenter ce qu'il avait appelé "le modèle chinois". Ainsi: la cour d'ordre militaire fut instituée pour juger aussi des civils; 91 magistrats furent envoyés à une retraite prématurée et plus de trois cents autres furent renvoyés tout simplement de la magistrature; les partis politiques furent bannis et les politiciens qui osaient faire des déclarations publiques étaient arrêtés, traduits devant la Cour d'ordre militaire et condamnés à des lourdes peines de prison. Certains, comme le Président national de l'UDPS, Monsieur Étienne Tshisekedi Wa Mulumba, furent relégués dans des villages, d'autres placés en résidence surveillée ou interdits de sortir du pays. Toutes les libertés acquises de haute lutte par la population sous le régime du Maréchal Mobutu furent supprimées. Comme à l'époque de Mobutu, plusieurs services de sécurité furent créés: l'Agence nationale de renseignement (ANR), la Détection militaire des activités antipatriotiques (DEMIAP), la Police d'intervention rapide (PIR), le Groupe spécial de sécurité présidentielle (GSSP), etc.

Un an après l'accession du Président Kabila au pouvoir, le bilan dressé par Amnistie internationale se résumait ainsi: "au cours de cette année, les citoyens de la RDC ont vu leurs espoirs anéantis, le nouveau gouvernement ayant fait tout ce qu'il était en son pouvoir pour écraser l'opposition dans le pays". Plusieurs observateurs avisés de la politique congolaise n'hésitèrent pas de qualifier le Président Kabila de "Clown de Mobutu" (Euloge Boissonnade), de "déguisement de Mobutu" (Le Devoir du 20 mai 1998), et de trouver dans le pouvoir de Kabila la continuité du "mobutisme sans Mobutu". C'est dire que rien n'avait positivement changé. Au contraire. En plus des politiciens qui furent réduits au silence, des journalistes, des académiciens, des animateurs de la société civile, bref, tous ceux qui, représentant une quelconque autorité, étaient critiques à l'endroit du pouvoir furent constamment réprimés. Et c'était bien avant que le Congo ne soit agressé par ses trois voisins de l'Est (le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi) pour la seconde fois. Comme des contradictions au sein du pouvoir étaient inévitables, la lutte entre les différentes factions de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), le Parti unique dont Kabila était le président, apparut au grand jour donnant au Rwanda et à l'Ouganda le prétexte de déclencher la guerre qui ravage actuellement le Congo depuis le 3 août 1998.

Plus d'un an après le déclenchement de cette deuxième guerre, le pays est aujourd'hui divisé en quatre parties. Il y a d'abord le gouvernement des Comités des Pouvoirs Populaires (CPP qui ont remplacé l'AFDL) basé à Kinshasa. Dirigé par Monsieur Laurent-Désiré Kabila, il contrôle moins de la moitié du pays. La partie Nord de la province de l'Équateur est contrôlée par le Mouvement de libération du Congo (MLC) dont le siège est établi à Gbadolite. Son gouvernement est dirigé par Jean-Pierre Bemba. Puis vient le Rassemblement congolais pour la démocratie-mouvement de libération (RCD-ML) qui est basé à Bunia. Dirigé par Wamba Dia Wamba, son gouvernement contrôle la partie Nord-Est du Congo. Finalement, il y a le gouvernement du RCD-Goma qui est dirigé par Emile Ilunga. Basé à Goma, il contrôle le reste du territoire occupé par les troupes rwandaises, ougandaises et burundaises. Partout, que ce soit dans la partie contrôlée par le gouvernement de Kinshasa comme dans celle contrôlée par les groupes rebelles, on observe des graves violations des droits humains.

A Kinshasa, écrit Monsieur Roberto Garreton, le Rapporteur spécial de la Commission des Nations Unies sur les droits humains au Congo, "la nature du régime de Kinshasa reste entièrement inchangée. Le droit fondamental à la démocratie n'a pas été rétabli et rien ne donne à penser qu'il sera reconnu d'ici peu. Le Président continue à exercer tout seul le pouvoir exécutif (ce qui est normal), mais aussi le pouvoir législatif et dispose de pouvoirs importants sur le plan judiciaire". Dans le même rapport, Monsieur Roberto Garreton fait remarquer que dans le territoire contrôlé par le gouvernement de Kinshasa, aucun droit fondamental n'est respecté. Qu'il s'agisse du droit à la vie, à l'intégrité physique et psychique, à la liberté individuelle, à un procès équitable, à la liberté d'expression et d'opinion, à la liberté d'association, à liberté de rassemblement¼ , tous ces droits sont carrément méconnus à la population.

Dans les territoires contrôlés par les trois groupes rebelles, les violations sont encore graves, d'autant plus qu'il s'agit en fait des territoires occupés par des troupes rwandaises, ougandaises et burundaises qui pillent systématiquement les richesses naturelles du Congo faisant d'eux, aujourd'hui, des grands exportateurs d'or, des diamants, de cassitérite¼ Vous avez entendu parler des femmes qui ont été enterrées vivantes par des soldats rwandais dans le territoire de Mwenga (Sud-Kivu). Ce n'est que la pointe de l'iceberg dont la base, plus large et invisible car non médiatisée, est faite des plusieurs massacres des populations civiles commis à Kasika (856 personnes), à Luhwinja (400 personnes), à Kingulutwe (127 personnes), à Kalama (16 familles), à Bukavu (50 personnes), à Kitutu (13 familles), à Rushima où 326 corps avaient été trouvés¼ et la liste macabre peut s'allonger encore sans être exhaustive. En effet, rien que le conflit ethnique entre les Hema et les Lendu dans l'Ituri, en plein territoire sous occupation ougandaise, le nombre de morts est estimé à plus de 7.000 personnes. D'après l'agence Reuters, des soldats ougandais se sont activement impliqués dans ce conflit. La récente relégation de Mgr Kataliko, Archevêque de Bukavu dans le Sud-Kivu, à Beni dans le Nord-Kivu par les autorités rwandaises est une preuve de plus de violation des droits humains par les armées qui occupent l'est du pays.

Comme vous le savez, Honorables, on ne peut pas parler de développement là où les droits humains ne sont pas respectés, où il n'y a pas d'État de droit, où les règles de bonne gouvernance ne sont pas respectées. Contrairement à ces belligérants qui ne croient qu'au pouvoir acquis et géré par la terreur des armes comme à l'époque du Maréchal Mabutu, l'UDPS a fait, dès sa création le 15 février 1982, de la lutte non violente son moyen de combat contre la dictature de Mobutu d'abord, puis celle de Kabila ensuite. Voilà pourquoi, un mois après le déclenchement de la deuxième guerre, le Président national de l'UDPS, Monsieur Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, avait adressé un mémorandum au Secrétaire général de l'ONU et à la Communauté internationale concernant le règlement politique global et durable de la crise congolaise. C'était le 4 septembre 1998. Un an après, on remarque que ses recommandations sont celles auxquelles les négociateurs de l'Accord de Lusaka sont arrivés. C'est-à-dire:

Un cessez-le-feu immédiat;

Le déploiement d'une force d'interposition et de maintien de la paix;

La création d'un groupe d'observateurs de l'accord de paix;

La formation d'une armée nationale républicaine constituée des soldats issus des forces armées congolaises et des groupes rebelles;

Le départ des troupes étrangères;

L'organisation des négociations regroupant toutes les forces politiques représentatives et significatives du pays pour aboutir d'une manière consensuelle à la mise en place des institutions de transition (Parlement, Gouvernement¼ ), à une constitution garantissant la gestion transparente et démocratique du pays, et à un calendrier électoral devant permettre la tenue des élections libres, honnêtes et transparentes sous la supervision de l'ONU et de l'OUA.

L'accord de Lusaka reste la seule sortie honorable aux troupes étrangères impliquées dans la guerre chez nous, tout en redonnant aux Congolais la chance de se retrouver entre eux pour se mettre d'accord sur la façon de refaire leur pays. C'est uniquement par l'application, contraignante s'il le faut, de l'accord de Lusaka que cette guerre que le Secrétaire d'État américain, Madame Madeleine Albright, a appelée "la première guerre mondiale africaine" pourra prendre fin. Notre parti, l'UDPS, soutien fortement l'accord de Lusaka, et en Afrique du Sud où il séjourne pour des raisons de santé, notre Président national, Monsieur Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, s'est déjà entretenu avec les dirigeants des groupes rebelles. Il s'agit pour l'UDPS de convaincre tous ces frères qui ont servi de Cheval de Troie aux armées d'agression de donner une chance à notre pays en se conformant à l'esprit et à la lettre de l'accord de Lusaka. Nous voulons que demain ils puissent participer d'une manière constructive au Dialogue intercongolais.

 

Honorables,

Après nous avoir écouté décrire le tableau assez sombre de la situation que vit notre peuple, il nous reste à répondre à la question de savoir ce que les Congolais actuellement attendent du Canada.

Le peuple congolais, longtemps subjugués par la dictature du Président Mobutu qui a cédé la place à celle du Président Kabila, attend du Canada un soutien ferme dans ses efforts pour faire cesser la guerre, débarrasser le Congo de toutes les armées étrangères et pour la tenue du Dialogue intercongolais comme le prévoit l'accord de Lusaka. Là-dessus, qu'il nous soit permis d'exprimer notre satisfaction à l'endroit du Gouvernement canadien dont le ministre des affaires étrangères, l'Honorable Lloyd Axworthy, à la tête d'une importante délégation, avait participé à la journée consacrée par le Conseil de sécurité de l'ONU à la guerre au Congo. Bien plus, nous avons grandement apprécié l'effort financier que le Canada est prêt à consacrer aux problèmes congolais: "27 millions de dollars pour l'assistance humanitaire", "500.000 dollars pour aider au bon fonctionnement de la Commission militaire conjointe", "2 millions de dollars supplémentaires pour appuyer le processus de paix et de réconciliation", en plus d'un million de dollars qui sera versé pour "aider à désarmer, à réadapter et réintégrer les enfants soldats". Nous voulons voir le Canada accompagner les Congolais durant toute la période de transition, s'impliquer dans l'organisation des élections devant être organisées à la fin de la période transitoire, et presser les voisins du Congo à résoudre leurs problèmes de coexistence interethnique chez eux.

En effet, si au Congo nous croyons que la solution à nos problèmes socio-économiques et ceux relatifs à la sécurité de notre pays réside dans le dialogue entre le pouvoir et tous les Congolais, dans la participation des Congolais dans la gestion de leur pays, y compris les rebelles responsables de tout ce qui se passe dans les territoires qu'ils contrôlent, cela l'est également pour le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi. Ils ne doivent pas continuellement refuser de dialoguer avec leurs oppositions, les obliger à s'exiler afin d'avoir le prétexte de faire la guerre au Congo. Tant que tous les pays de la région ne seront pas dirigés par des pouvoirs issus des urnes et que l'État de droit y sera absent, l'insécurité dans nos pays persistera. Car, il suffira que des citoyens fuyant la répression d'un pouvoir autocratique à la tête de leur pays trouvent asile dans le pays voisin pour que celui-là se trouve justifié d'agresser l'autre coupable de les avoir accueillis. L'antécédent est déjà là, il faut maintenant éviter que cela ne devienne la règle, la norme de conduite des relations interétatiques entre les pays de la région.

Les Congolais comptent sur le Canada, et nous espérons que celui-ci ne les abandonnera pas. C'est dans les malheurs, dit-on, que l'on connaît des vrais amis.

Ainsi présenté à Ottawa, ce mercredi le 1er mars 2000.

 

Pour l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social,

 

 

 

Kadari M. Mwene-Kabyana, Ph.D.

Représentant au Canada


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