Suite à l’assassinat d’Habyarimana et à la défaite militaire des soldats Ex-FAR face au Front Patriotique Rwandais (FPR) en avril 1994, les soldats Ex-FAR (Forces Armées Rwandaises du régime d’Habyarimana), les extrémistes rwandais hutus « interahamwe », auteurs du génocide perpétré contre les Tutsi et contre les Hutus modérés au Rwanda en avril 1994, traversèrent la frontière rwando-congolaise, dans le lot de nombreux réfugiés civils rwandais hutus et furent acceptés au Congo par le régime Mobutu (Gouvernement Kengo) grâce à l’opération turquoise orchestrée par les Français.
2.2. Violations des Conventions
Internationales par le régime Mobutu
Contrairement aux Conventions internationales, les soldats ex-FAR et les interahamwe ne furent pas désarmés, et ils furent logés à moins de 150 km de la frontière rwando-congolaise dans les camps des réfugiés civils. Ils furent nourris avec l’aide humanitaire internationale apportée aux réfugiés civils. Des camps d’entraînement leur furent cédés par le régime Mobutu. Ils continuèrent d’être armés par le régime Mobutu et par le Gouvernement français. Du territoire congolais, ils effectuaient des incursions meurtrières au Rwanda. Les Gouvernants français utilisaient ces éléments comme moyen de pression sur les gouvernants rwandais et comme tremplin pour le « come back » de Mobutu sur l’échiquier international (Mobutu allait jouer comme Médiateur entre le Gouvernement Rwandais et ces éléments armés hebergés sur le territoire congolais) et préparaient même militairement ces soldats ex-FAR et les interahamwe génocidaires rwandais hutus, à partir du territoire congolais à ré conquérir militairement le pouvoir au Rwanda.
2.3. Le régime Mobutu et la Communauté
Internationale sourds aux nombreux appels du Gouvernement Rwandais
Des appels du Gouvernement Rwandais nombreux appels lancés par le Gouvernement Rwandais au régime Mobutu et à la Communauté internationale pour désarmer ces criminels et les livrer à l’Autorité Rwandaise demeurèrent sans effet jusqu’en septembre 1996.
En septembre 1996, le Gouvernement Rwandais se
décida d’envoyer ses troupes armées régulières sur le territoire congolais pour
neutraliser lui-même ces criminels. Pour ne pas donner l’impression d’une
invasion, le Gouvernement Rwandais se servit de LD Kabila comme paravent et de
la création de l’AFDL comme « Un mouvement rebelle de congolais visant à
venir chasser militairement Mobutu et son régime du pouvoir, puisque Mobutu
était un obstacle à la réalisation des Résolutions de la Conférence Nationale
Souveraine, et à appliquer la volonté de notre Peuple matérialisée à travers
les Résolutions de la Conférence Nationale Souveraine ». En septembre
1996, les rebelles de l’AFDL et les troupes armées rwandaises commencèrent les hostilités militaires contre
le régime Mobutu et contre les soldats ex-FAR et les interahamwe à partir de
l’Est du Congo et envahirent le territoire congolais.
M. Etienne Tshisekedi prit, en novembre 1996,
une initiative visant à convaincre Mobutu à travailler de concert avec lui
pour :
-
arrêter
la guerre, et donc les pertes des vies humaines, les horreurs et les
atrocités dont le déplacement forcé des personnes, la destruction des
infrastructures nationales…;
-
stopper
la progression des troupes armées étrangères sur le territoire congolais vers
la Capitale (en septembre 1996, les rebelles de l’AFDL et les troupes armées
étrangères étaient encore à Goma) ;
-
demander
aux Gouvernements étrangers ayant aidé l’AFDL avec leurs troupes armées une
facture en bonne et due forme, à les remercier et les prier de rentrer dans
leurs pays d’origine respectifs (Cfr le cas de la façon dont les Angolais
s’étaient comportés envers les Cubains et les Russes qui les avaient aidés dans
la guerre de libération contre le Colonisateur portugais);
-
entamer,
à Goma, les négociations entre le Gouvernement de la Transition issu de la CNS
- empêché de fonctionner normalement par les militaires sur l’ordre de Mobutu
et du Gouvernement Kengo - et les Congolais membres de l’AFDL pour former un
Gouvernement d’Union Nationale entre les rebelles congolais de l’AFDL et le
Gouvernement de Transition issu de la CNS et
-
appliquer
pacifiquement les Résolutions de la CNS enrichies de l‘apport positif de
l’AFDL, mettre ainsi fin à un régime qui avait chosifié et animalisé les
Congolais, les faire passer de l’état des esclaves à celui des citoyens et
insérer le Congo dans le concert de grandes Nations libres, civilisées,
démocratiques, prospères.
Telles sont les « grandes choses »
auxquelles M. Etienne Tshisekedi fit allusion lorsque, arrivé en Novembre 1996
à Nice où se trouvait Mobutu malade, il serra la main de ce dernier devant les
télévisions du Monde entier. Si Mobutu avait suivi les conseils lui
prodigués par M. Etienne Tshisekedi lors de ce voyage, ils auraient
effectivement ensemble réalisé ces grandes choses.
M. Etienne Tshisekedi fut attaqué par le régime
Mobutu et le Gouvernement Kengo, dans les médias officiels de l’Etat et menacé
d’être déféré devant la justice pour s’être opposé à la guerre, avoir appelé LD
Kabila « mon frère », déclaré qu’il y avait, au sein de l’AFDL, des
Congolais respectables et révoltés contre la dictature et avec qui il fallait
négocier.
Revenu à Kinshasa en décembre 1996, Mobutu
reconduisit le Gouvernement Kengo, engagea des mercenaires et promit à l’AFDL
et aux Rwandais une « contre-offensive foudroyante » qui allait
ramener la guerre jusqu’à Kigali. Cette contre-offensive n’eut jamais eu lieu.
Au contraire, l’AFDL et les troupes armées rwandaises, ougandaises… avancèrent,
avec l’appui de la population congolaise fatiguée de la dictature de plus de
trois décennies de Mobutu, sans trouver une résistance militaire de poids sur
leur chemin.
Pressentant la fin prochaine du régime Mobutu,
M. Etienne Tshisekedi, au nom de l’UDPS, adressa, le 15 mars 1997, une Lettre à
LD Kabila, Président auto-proclamé de l’AFDL, félicitant l’AFDL pour sa lutte
armée contre la dictature Mobutu comme dernier recours pour mettre fin à une
dictature qui n’avait que trop duré, chosifiant et animalisant chaque jour
davantage notre Peuple et pillant les richesses nationales. Dans la même
Lettre, M. Etienne Tshisekedi demanda avec insistance à M. LD Kabila de
résister de toutes ses forces à la tentation de venir instaurer une nouvelle
dictature, mais d’organiser plutôt le Dialogue Intercongolais dès l’arrivée de
l’AFDL à Kinshasa pour pouvoir comment enrichir les Résolutions de la
Conférence Nationale Souveraine de l’apport positif de l’AFDL et poursuivre le
processus démocratique initié, à l’intérieur même du pays, par le combat
non-violent de l’UDPS depuis 1980 et concrétisé par les premiers acquis
démocratiques le 24 avril 1990 et sublimé par la tenue de la Conférence
Nationale Souveraine (CNS) où le diagnostic de la cause profonde de la crise
congolaise fut posé et l’avenir balisé par les fondements démocratiques
contenus dans les Résolutions de la CNS. LD Kabila promit à l’émissaire de M.
Etienne Tshisekedi une réponse positive et constructive dès l’arrivée de l’AFDL
à Kinshasa.
Vu la progression inexorable de l’AFDL, Mobutu,
sentant sa fin et celle de son régime politique devenues inévitables,
réhabilita, en avril 1997, comme paravent et bouclier, le Gouvernement de
Transition de M. Etienne Tshisekedi. M. Etienne Tshisekedi fit preuve d’un
courage politique rare et d’une perspicacité étonnante. Il ne reprit, dans son
Gouvernement que les ministres qui étaient restés fidèles, respectant la
décision libre de tous ceux qui, volontairement et suite à la corruption,
avaient quitté le Gouvernement de Transition, entre le coup d’Etat militaire de
Mobutu du 1er décembre 1992 contre le Gouvernement Légal de
Transition et avril 1997, et s’étaient faits membres de différents
gouvernements dictatoriaux nommés par Mobutu et qui s’étaient succédé entre le
1er décembre 1992 et avril 1997. C’est ainsi que M. Etienne
Tshisekedi ne reprit notamment aucun ministre du MPR dans ce Gouvernement.
C’était un signal fort posé envers la démocratie et envers l’AFDL. En outre, M. Etienne Tshisekedi laissa vide 6
postes ministériels pour l’AFDL. Ce fut un signal fort et un test envers l’AFDL
pour voir l’attitude qu’adopterait l’AFDL envers le Gouvernement Légal de
Transition. En cas de refus de l’AFDL de négocier avec ce Gouvernement, M.
Etienne Tshisekedi et le Peuple auraient conclu que LD Kabila et l’AFDL
venaient pour instaurer une nouvelle dictature : M. Etienne Tshisekedi,
l’UDPS et les autres Forces Démocratiques auraient directement demandé au
Peuple Congolais de s’opposer à l’avancement de l’AFDL. Et l’AFDL ne serait pas
arrivée à Kinshasa.
Mais avant même que l’AFDL ne se soit prononcée
sur la proposition faite par M. Etienne Tshisekedi, Mobutu, voyant que le
premier Ministre du Gouvernement Légal de la transition n’avait repris aucun
ministre ayant fait la défection, y compris les ministres MPR, perpétra
aussitôt, pour la nième fois, un autre coup d’Etat militaire contre M. Etienne
Tshisekedi et contre le Gouvernement Légal de la Transition, et nomma le
Général Likulia Premier Ministre.
L’AFDL avança facilement, sans rencontrer une
quelconque résistance militaire ou populaire, soutenue par toute la population
fatiguée par une dictature mobutienne de plus de trois décennies. Ce la défaite
militaire du régime de Mobutu que ne put défendre une armée congolaise
corrompue et démotivée. Mobutu s’enfuit de Kinshasa le 16 mai 1997, laissant
derrière lui un pays totalement pillé et détruit et une population exsangue
gémissant sous le poids d’une dette extérieure de plus de 14 milliards de $US.
Le 17 mai 1997, l’AFDL et toutes les troupes
étrangères qui l’avaient aidée pour une glorieuse victoire entrèrent dans
Kinshasa désertée par l’Armée et le Gouvernement de Mobutu.
Dès le 18 mai 1997, M. Etienne Tshisekedi
débuta les démarches, humiliantes, pour rencontrer « son frère » LD
Kabila et régler les problèmes relatifs à l’organisation du Dialogue
Intercongolais et au retour, négocié et en toute transparence, de toutes les
troupes armées étrangères l’ayant accompagnée jusqu’à Kinshasa. En vain. LD
Kabila proposa, par le canal de ses collaborateurs - dont M. Bugera - à M.
Etienne Tshisekedi d’accepter le poste de Vice-Président de la République dans
le régime dictatorial de l’AFDL. M. Etienne Tshisekedi refusa l’offre.
Le 22
mai 1997, LD Kabila et l’AFDL mirent en place un gouvernement
dictatorial. Et le 23 mai 1997, M. Etienne Tshisekedi convoqua la presse à sa
Résidence de Limete. Il dénonça la nouvelle dictature et la présence, sur le
territoire congolais, des armées et groupes armés étrangers ; appela le
Peuple à poursuivre son combat pour l’avènement de l’Etat de droit démocratique
et pour obtenir le retour négocié et en toute transparence des troupes et
groupes armés étrangers du Congo.
Le lendemain, LD Kabila et l’AFDL publièrent,
par le canal de M. Mwenze Kongolo, alors ministre de l’Intérieur, un Communiqué
officiel niant la présence, sur le territoire congolais, des troupes et groupes
armés étrangers.
(A suivre)
Fait à Bruxelles, le 7 décembre 2004.
Dr François Tshipamba Mpuila
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