L’UDPS/BELUX condamne à la fois :

-         l’intervention militaire rwandaise au Congo ;

-         le gouvernement Kabila d’avoir protégé les groupes armés étrangers au Congo, y compris les génocidaires rwandais interahamwe, d’avoir armé et entraîné ces derniers et d’avoir lié des alliances criminelles avec eux ;

-         le gouvernement de Transition de n’avoir pas résolu le problème des groupes armés étrangers présents au Congo ;

-         la Communauté Internationale pour son laxisme envers les uns et les autres

Réf. : RBL/UDPS/DE/102/07/12/2004

1.      L’UDPS/BELUX condamne l’intervention militaire rwandaise au Congo

L’UDPS/BELUX, tout en reconnaissant au Gouvernement Rwandais le devoir - qui incombe à tout gouvernement responsable -, de protéger le Peuple Rwandais contre les incursions meurtrières des rebelles rwandais armés en provenance du Congo, condamne néanmoins l’intervention rwandaise au Congo – que cette intervention soit oui ou non un arrangement et un accord entre le Président de la RDCongo, Hypolite Kanambe, alias Joseph Kabila et le Président du Rwanda, Paul Kagame-  pour des raisons ci-après :

-         Il s’agit d’une violation de l’intégrité de notre territoire national ;

-         C’est une violation des Résolutions pertinentes de l’ONU et des Accords signés entre le Congo et le Rwanda en la matière ;

-         Ce n’est pas la Solution car non seulement les soldats ex_FAR et les génocidaires interahamwe rwandais hutus sont disséminés sur l’ensemble de notre territoire y compris dans les forêts inaccessibles, mais aussi parce que l’Armée Rwandaise n’avait pas pu résoudre ce problème lorsqu’elle avait envahi le Congo avec l’AFDL en septembre 1996 et était restée sur notre territoire pendant au moins 6 ans jusque, officiellement en juillet 2002 lors de la signature de l’Accord de Pretoria entre le Gouvernement Congolais et le Gouvernement Rwandais et les pressions de l’ONU ;

-         Cette intervention va non seulement attiser des tensions interethniques déjà très exacerbées dans cette Région et des conflits interethniques entre les populations congolaises d’origine rwandophone et les populations congolaises d’autres origines ethniques et gâcher davantage les relations de bon voisinage et les efforts de certains Congolais (dont ceux de M. Etienne Tshisekedi et de tout notre Parti politique, UDPS) et de certains Rwandais d’assainir les relations entre nos deux pays et nos deux peuples de façon à créer les relations de confiance, d’entente, de bon voisinage, de solidarité, de coopération fructueuse et de progrès susceptibles d’amener notre Région à la paix, à la stabilité et au développement ;

-         Cette intervention risque aussi d’annihiler les efforts de la Communauté Internationale (ONU, Union Africaine, Union Européenne, SADC, Afrique du Sud, Belgique…) pour amener la paix et la stabilité dans notre Région ;

-         Cette intervention militaire va de nouveau soumettre notre Peuple aux horreurs et aux atrocités de la guerre (pertes des vies humaines, déplacements forcés des personnes, destruction des infrastructures nationales et de l’écologie, détériorations des conditions sanitaires de l’existence, crimes contre la paix, crimes contre l’humanité…) ;

-         Cette intervention va fragiliser davantage la période de Transition en cours au Congo et risque de retarder l’organisation des élections libres et transparentes vivement attendues par tout notre Peuple pour fermer définitivement la triste et malheureuse parenthèse ouverte dans le processus démocratique congolais par l’AFDL en septembre 1996 et dont notre Peuple paie les effets, les atrocités et les horreurs jusqu’à ce jour.

La seule attitude positive, constructive et efficace que l’UDPS/BELUX recommande au Gouvernement Rwandais et qui est la Véritable Solution à la paix réelle et durable, à la stabilité et à la sécurité des Peuples Congolais, Rwandais et des autres Peuples de la Sous-Région consiste à conjuguer ses efforts à ceux des Congolais, des Rwandais et de la Communauté Internationale (Organisations, Presse, Personnalités Politiques et de la Société Civile…) pour :

-         intensifier les pressions sur les gouvernants Congolais afin ces derniers renoncent à leurs alliances avec les soldats ex-FAR, les interahamwe génocidaires rwandais hutus et les groupes armés des autres pays limitrophes (burundais, ougandais…) ayant fait du Congo leur sanctuaire et leur base arrière d’hébergement et d’entraînement d’où ils déstabilisent les gouvernements de leurs pays respectifs et opèrent des incursions meurtrières contre les populations de ces pays ;

-         soutenir le processus démocratique : l’aboutissement de ce processus est le seul capable de faire du Congo un facteur décisif de paix réelle et durable, de sécurité, de stabilité, d’entente, de solidarité, de coopération et de progrès pour toute notre Sous-Région ;

-         intensifier les pressions sur la Communauté Internationale pour qu’elle condamne, avec fermeté et effets réels, les gouvernants congolais pour leurs alliances criminelles avec les soldats ex_FAR, les génocidaires interahamwe rwandais hutus et les groupes armés des autres pays limitrophes, lesquelles alliances sont néfastes à la fois contre les populations congolaises et contre les populations et les gouvernements des pays limitrophes.

2.      L’UDPS/BELUX condamne le Gouvernement Kabila (Kanambe, alias Joseph Kabila)

2.1. Rappel : Arrivée des réfugiés rwandais hutus, des soldats ex-FAR et des extrémistes rwandais hutus interahamwe sur le territoire congolais en avril 1994

Suite à l’assassinat d’Habyarimana et à la défaite militaire des soldats Ex-FAR face au Front Patriotique Rwandais (FPR) en avril 1994, les soldats Ex-FAR (Forces Armées Rwandaises du régime d’Habyarimana), les extrémistes rwandais hutus « interahamwe », auteurs du génocide perpétré contre les Tutsi et contre les Hutus modérés au Rwanda en avril 1994, traversèrent la frontière rwando-congolaise, dans le lot de nombreux réfugiés civils rwandais hutus et furent acceptés au Congo par le régime Mobutu (Gouvernement Kengo) grâce à l’opération turquoise orchestrée par les Français.

 

2.2. Violations des Conventions Internationales par le régime Mobutu

 

Contrairement aux Conventions internationales, les soldats ex-FAR et les interahamwe ne furent pas désarmés, et ils furent logés à moins de 150 km de la frontière rwando-congolaise dans les camps des réfugiés civils. Ils furent nourris avec l’aide humanitaire internationale apportée aux réfugiés civils. Des camps d’entraînement leur furent cédés par le régime Mobutu. Ils continuèrent d’être armés par le régime Mobutu et par le Gouvernement français. Du territoire congolais, ils effectuaient des incursions meurtrières au Rwanda. Les Gouvernants français utilisaient ces éléments comme moyen de pression sur les gouvernants rwandais et comme tremplin pour le « come back » de Mobutu sur l’échiquier international (Mobutu allait jouer comme Médiateur entre le Gouvernement Rwandais et ces éléments armés hebergés sur le territoire congolais) et préparaient même militairement ces soldats ex-FAR et les interahamwe génocidaires rwandais hutus, à partir du territoire congolais à ré conquérir  militairement le pouvoir au Rwanda.

 

2.3. Le régime Mobutu et la Communauté Internationale sourds aux nombreux appels du Gouvernement Rwandais

 

Des appels du Gouvernement Rwandais  nombreux appels lancés par le Gouvernement Rwandais au régime Mobutu et à la Communauté internationale pour désarmer ces criminels et les livrer à l’Autorité Rwandaise demeurèrent sans effet jusqu’en septembre 1996.

 

  1. Décision du Gouvernement d’envahir le Congo et la création de l’AFDL

 

En septembre 1996, le Gouvernement Rwandais se décida d’envoyer ses troupes armées régulières sur le territoire congolais pour neutraliser lui-même ces criminels. Pour ne pas donner l’impression d’une invasion, le Gouvernement Rwandais se servit de LD Kabila comme paravent et de la création de l’AFDL comme « Un mouvement rebelle de congolais visant à venir chasser militairement Mobutu et son régime du pouvoir, puisque Mobutu était un obstacle à la réalisation des Résolutions de la Conférence Nationale Souveraine, et à appliquer la volonté de notre Peuple matérialisée à travers les Résolutions de la Conférence Nationale Souveraine ». En septembre 1996, les rebelles de l’AFDL et les troupes armées rwandaises  commencèrent les hostilités militaires contre le régime Mobutu et contre les soldats ex-FAR et les interahamwe à partir de l’Est du Congo et envahirent le territoire congolais.

 

  1. L’initiative de M. Etienne Tshisekedi et le voyage à Nice

 

M. Etienne Tshisekedi prit, en novembre 1996, une initiative visant à convaincre Mobutu à travailler de concert avec lui pour :

-         arrêter la guerre, et donc les pertes des vies humaines, les horreurs et les atrocités  dont le déplacement forcé des personnes, la destruction des infrastructures nationales…;

-         stopper la progression des troupes armées étrangères sur le territoire congolais vers la Capitale (en septembre 1996, les rebelles de l’AFDL et les troupes armées étrangères étaient encore à Goma) ;

-         demander aux Gouvernements étrangers ayant aidé l’AFDL avec leurs troupes armées une facture en bonne et due forme, à les remercier et les prier de rentrer dans leurs pays d’origine respectifs (Cfr le cas de la façon dont les Angolais s’étaient comportés envers les Cubains et les Russes qui les avaient aidés dans la guerre de libération contre le Colonisateur portugais); 

-         entamer, à Goma, les négociations entre le Gouvernement de la Transition issu de la CNS - empêché de fonctionner normalement par les militaires sur l’ordre de Mobutu et du Gouvernement Kengo - et les Congolais membres de l’AFDL pour former un Gouvernement d’Union Nationale entre les rebelles congolais de l’AFDL et le Gouvernement de Transition issu de la CNS et

-         appliquer pacifiquement les Résolutions de la CNS enrichies de l‘apport positif de l’AFDL, mettre ainsi fin à un régime qui avait chosifié et animalisé les Congolais, les faire passer de l’état des esclaves à celui des citoyens et insérer le Congo dans le concert de grandes Nations libres, civilisées, démocratiques, prospères.

 

Telles sont les « grandes choses » auxquelles M. Etienne Tshisekedi fit allusion lorsque, arrivé en Novembre 1996 à Nice où se trouvait Mobutu malade, il serra la main de ce dernier devant les télévisions du Monde entier. Si Mobutu avait suivi les conseils lui prodigués par M. Etienne Tshisekedi lors de ce voyage, ils auraient effectivement ensemble réalisé ces grandes choses.

 

M. Etienne Tshisekedi fut attaqué par le régime Mobutu et le Gouvernement Kengo, dans les médias officiels de l’Etat et menacé d’être déféré devant la justice pour s’être opposé à la guerre, avoir appelé LD Kabila « mon frère », déclaré qu’il y avait, au sein de l’AFDL, des Congolais respectables et révoltés contre la dictature et avec qui il fallait négocier.

 

Revenu à Kinshasa en décembre 1996, Mobutu reconduisit le Gouvernement Kengo, engagea des mercenaires et promit à l’AFDL et aux Rwandais une « contre-offensive foudroyante » qui allait ramener la guerre jusqu’à Kigali. Cette contre-offensive n’eut jamais eu lieu. Au contraire, l’AFDL et les troupes armées rwandaises, ougandaises… avancèrent, avec l’appui de la population congolaise fatiguée de la dictature de plus de trois décennies de Mobutu, sans trouver une résistance militaire de poids sur leur chemin.

 

  1. La Lettre de M. Etienne Tshisekedi le 15 mars 1997 adressée à LD Kabila

 

Pressentant la fin prochaine du régime Mobutu, M. Etienne Tshisekedi, au nom de l’UDPS, adressa, le 15 mars 1997, une Lettre à LD Kabila, Président auto-proclamé de l’AFDL, félicitant l’AFDL pour sa lutte armée contre la dictature Mobutu comme dernier recours pour mettre fin à une dictature qui n’avait que trop duré, chosifiant et animalisant chaque jour davantage notre Peuple et pillant les richesses nationales. Dans la même Lettre, M. Etienne Tshisekedi demanda avec insistance à M. LD Kabila de résister de toutes ses forces à la tentation de venir instaurer une nouvelle dictature, mais d’organiser plutôt le Dialogue Intercongolais dès l’arrivée de l’AFDL à Kinshasa pour pouvoir comment enrichir les Résolutions de la Conférence Nationale Souveraine de l’apport positif de l’AFDL et poursuivre le processus démocratique initié, à l’intérieur même du pays, par le combat non-violent de l’UDPS depuis 1980 et concrétisé par les premiers acquis démocratiques le 24 avril 1990 et sublimé par la tenue de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) où le diagnostic de la cause profonde de la crise congolaise fut posé et l’avenir balisé par les fondements démocratiques contenus dans les Résolutions de la CNS. LD Kabila promit à l’émissaire de M. Etienne Tshisekedi une réponse positive et constructive dès l’arrivée de l’AFDL à Kinshasa.

 

Vu la progression inexorable de l’AFDL, Mobutu, sentant sa fin et celle de son régime politique devenues inévitables, réhabilita, en avril 1997, comme paravent et bouclier, le Gouvernement de Transition de M. Etienne Tshisekedi. M. Etienne Tshisekedi fit preuve d’un courage politique rare et d’une perspicacité étonnante. Il ne reprit, dans son Gouvernement que les ministres qui étaient restés fidèles, respectant la décision libre de tous ceux qui, volontairement et suite à la corruption, avaient quitté le Gouvernement de Transition, entre le coup d’Etat militaire de Mobutu du 1er décembre 1992 contre le Gouvernement Légal de Transition et avril 1997, et s’étaient faits membres de différents gouvernements dictatoriaux nommés par Mobutu et qui s’étaient succédé entre le 1er décembre 1992 et avril 1997. C’est ainsi que M. Etienne Tshisekedi ne reprit notamment aucun ministre du MPR dans ce Gouvernement. C’était un signal fort posé envers la démocratie et envers l’AFDL.  En outre, M. Etienne Tshisekedi laissa vide 6 postes ministériels pour l’AFDL. Ce fut un signal fort et un test envers l’AFDL pour voir l’attitude qu’adopterait l’AFDL envers le Gouvernement Légal de Transition. En cas de refus de l’AFDL de négocier avec ce Gouvernement, M. Etienne Tshisekedi et le Peuple auraient conclu que LD Kabila et l’AFDL venaient pour instaurer une nouvelle dictature : M. Etienne Tshisekedi, l’UDPS et les autres Forces Démocratiques auraient directement demandé au Peuple Congolais de s’opposer à l’avancement de l’AFDL. Et l’AFDL ne serait pas arrivée à Kinshasa.

 

Mais avant même que l’AFDL ne se soit prononcée sur la proposition faite par M. Etienne Tshisekedi, Mobutu, voyant que le premier Ministre du Gouvernement Légal de la transition n’avait repris aucun ministre ayant fait la défection, y compris les ministres MPR, perpétra aussitôt, pour la nième fois, un autre coup d’Etat militaire contre M. Etienne Tshisekedi et contre le Gouvernement Légal de la Transition, et nomma le Général Likulia Premier Ministre.

 

L’AFDL avança facilement, sans rencontrer une quelconque résistance militaire ou populaire, soutenue par toute la population fatiguée par une dictature mobutienne de plus de trois décennies. Ce la défaite militaire du régime de Mobutu que ne put défendre une armée congolaise corrompue et démotivée. Mobutu s’enfuit de Kinshasa le 16 mai 1997, laissant derrière lui un pays totalement pillé et détruit et une population exsangue gémissant sous le poids d’une dette extérieure de plus de 14 milliards de $US.

 

Le 17 mai 1997, l’AFDL et toutes les troupes étrangères qui l’avaient aidée pour une glorieuse victoire entrèrent dans Kinshasa désertée par l’Armée et le Gouvernement de Mobutu.

 

Dès le 18 mai 1997, M. Etienne Tshisekedi débuta les démarches, humiliantes, pour rencontrer « son frère » LD Kabila et régler les problèmes relatifs à l’organisation du Dialogue Intercongolais et au retour, négocié et en toute transparence, de toutes les troupes armées étrangères l’ayant accompagnée jusqu’à Kinshasa. En vain. LD Kabila proposa, par le canal de ses collaborateurs - dont M. Bugera - à M. Etienne Tshisekedi d’accepter le poste de Vice-Président de la République dans le régime dictatorial de l’AFDL. M. Etienne Tshisekedi refusa l’offre.

 

Le 22  mai 1997, LD Kabila et l’AFDL mirent en place un gouvernement dictatorial. Et le 23 mai 1997, M. Etienne Tshisekedi convoqua la presse à sa Résidence de Limete. Il dénonça la nouvelle dictature et la présence, sur le territoire congolais, des armées et groupes armés étrangers ; appela le Peuple à poursuivre son combat pour l’avènement de l’Etat de droit démocratique et pour obtenir le retour négocié et en toute transparence des troupes et groupes armés étrangers du Congo.

 

Le lendemain, LD Kabila et l’AFDL publièrent, par le canal de M. Mwenze Kongolo, alors ministre de l’Intérieur, un Communiqué officiel niant la présence, sur le territoire congolais, des troupes et groupes armés étrangers.

(A suivre)

 

Fait à Bruxelles, le 7 décembre 2004.

 

Dr François Tshipamba Mpuila

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