[Page principale]
[Home page]
Lettre de l'UDPS/BELUX aux Evêques Catholiques Congolais en réponse à leur Déclaration du 7 juillet 2002
L'Eglise Catholique Congolaise veut se donner une bonne conscience. Mais est-elle encore crédible? Est-elle encore réellement porteuse du message de paix, de lumière, de vérité, de justice et d'espérance pour notre population?
Réf.: RBL/UDPS/DE/019/02
Excellences,
Réunis en Assemblée Plénière à Kinshasa du 3 au 6 juillet 2002, vous avez publié, à l'issue de vos travaux le 7 juillet 2002, une Déclaration dans laquelle vous formulez 10 propositions pour sortir le pays de la crise.
Excellences,
L'UDPS/BELUX vous félicite pour la justesse de vos analyses de la situation politique et la pertinence de vos propositions passées et présentes. Vous avez raison de soutenir la poursuite du DIC et l'avènement d'un Accord inclusif et global pour mettre fin à la crise. L'UDPS/BELUX saisit rappelle à votre conscience et à celle de nos compatriotes le sacrifice suprème des chrétiens, le 16 février 1992, pour la démocratie et l'action menée par l'UDPS à la CNS ayant abouti à proclamer la journée du 16 février "Journée des Martyrs de la Démocratie" et en faire une journée chômée. Le temps ne doit pas effacer leur souvenir. Et la meilleure façon d'honorer la mémoire de ces chrétiens et de tous les autres martyrs de la démocratie, parmi lesquels l'UDPS compte beaucoup de ses membres, est de poursuivre leur combat jusqu'à la victoire finale.
Néanmoins, vu la place et le rôle de l'Eglise Catholique dans notre société et l'impact de ses messages et de ses actes au sein de notre population, notre Bureau juge nécessaire et utile de vous adresser des observations ci-après:
- L'Eglise Catholique compte beaucoup de membres au Congo. Elle a un grand pouvoir sur ses membres et la possibilité et la chance de les réunir chaque dimanche et même chaque jour pour les messes. Elle les réunit aussi au cours de la semaine au niveau des comités paroissiaux et des groupes de partage. Or, l'Eglise Catholique sait que la liberté est l'un des plus grands biens que l'homme ait reçus de Dieu dès sa naissance et non d'un quelconque César. Aucun chef temporel ne peut priver l'homme de sa liberté, même pendant une seule seconde et lui imposer une dictature, c'est-à-dire l'esclavage. En plus de la liberté, l'homme est créé pour être heureux. L'Eglise Catholique, dans sa mission de libérer l'homme de toutes les chaînes d'asservissement, a le devoir sacré de soulever le peuple contre tout pouvoir qui animalise l'homme, dégrade l'image de Dieu dont l'homme est le reflet, vide l'homme de son Dieu et de vertus et l'imprègne des anti-valeurs.
- Que prêchez-vous à nos compatriotes réduits au rang des esclaves (= êtres humains sans droit ni liberté), plongés dans une misère indescriptible et dont le pays est condamné à un état permanent de sous-développement par les dictatures (celle de Mobutu, celle de LD Kabila, celle de Joseph Kanambe et celle que prépare la coalition de descendants politiques de deux tyrans, Mobutu et LD Kabila)?
- Au moment où vous publiez votre Déclaration, nombreux membres de l'UDPS, nombreux étudiants, syndicalistes, journalistes et défenseurs des droits de l'homme croupissent, sous les tortures, dans des prisons officielles de Joseph Kanambe et dans les cachots clandestins et privés des collaborateurs de Joseph Kanambe. Nulle part dans votre Déclatration, vous avez condamné ces violations des libertés et des droits fondamentaux de l'homme et exigé leur libération immédiate et inconditionnelle!
- L'UDPS mène son combat de libération par conviction. Personne ne nous intimidera. Et nous n'attendons pas d'être félicités ou recompensés par qui que ce soit pour mener ce combat jusqu'au bout. Nous lutterons jusqu'à l'épuisement de nos forces physiques. Nous défendons notre statut d'être des êtres humains normaux comme les autres hommes et comme les autres peuples, c'est-à-dire des êtres libres, heureux et souverains sur leur territoire. C'est le temps seul, ce juge incorruptible, qui finira par rendre justice aux membres fondateurs et co-fondateurs de notre Grand Parti ainsi qu'à tous ses membres. Nénamoins, dans votre Déclaration du 7 juillet dernier, vous parlez du processus démocratique entamé depuis le 24 avril 1990.
- Mais l'UDPS/BELUX constate que vous n'aviez jamais, en tant que Corps organisé, eu le courage de soutenir officiellement et publiquement ceux grâce à qui la date du 24 avril 1990 a existé. Nous voulons citer l'UDPS, ses Leaders et ses membres qui, grâce à un combat héroïque de 10 ans (1980-1990), ont seuls enduré, pour la libération de la toute la Nation et de tout le Peuple congolais, l'oppression, les humiliations, les tortures, les relégations, les spoliations, la perte de leurs biens, de leur travail, de leur santé et même de leur vie. Même après l'autorisation par Mobutu, le 24 avril 1990, du pluralisme idéologique, politique et social - l'une des conquêtes démocratiques de la lutte de l'UDPS menée pendant la clandestinité - , vous n'aviez jamais, jusqu'à ce jour, élevé votre voix pour les féliciter. Et même aujour'hui, quel soutien réel et concret l'Eglise Catholique Congolaise apporte-t-elle aux forces patriotiques et démocratiques - une autre résultante de la lutte clandestine de l'UDPS - qui ont émergé depuis le 24 avril 1990?
- L'Eglise Catholique Congolaise, en dépit de nombreux messages et actes qu'elle a posés en faveur de la libération et du bien-être de notre population, a cependant, aux moments névralgiques de l'histoire nationale, contribué au blocage du processus démocratique et devrait, elle aussi, faire ce que M. Etienne Tshisekedi demande à toute la classe politique congolaise: demander pardon au peuple. Citons cinq cas parmi les plus flagrants:
- Elevé par l'élite congolaise réunie à la CNS au rang du Président de la CNS et du HCR, Mgr Monsengwo a contribué lui-même au blocage de l'application des fondements d'un Etat de droit souverain et démocratique décidés par la CNS. Il a été le géniteur de la 3ème voie qui a placé son poulain Kengo au pouvoir. Et pendant le règne de ce dernier (1994-1997), le processus démocratique a été bloqué, la dictature ressuscitée et renforcée, et les militants de l'UDPS et les autres forces démocratiques réprimées avec une violence rare.
- L'Eglise Catholique regorge de beaucoup d' intellectuels qui ont déjà, comme la CNS l'avait fait, diagnostiqué la cause profonde de la crise - absence d'Etat et de démocratie depuis 1960 à ce jour -, trouvé la solution définitive de la crise qui réside dans l'instauration d'un Etat de droit souverain et démocratique au Congo. A Sun City, l'instauration de cet Etat passait par un Accord inclusif et global entre toutes les Composantes au DIC. Or, qu'avons-nous vécu à Sun City? Les délégués de toutes les Eglises y compris ceux de l'Eglise Catholique, ont parrainé une tricherie et bloqué la solution définitive de la crise qui était déjà presqu'acquise à partir des convergences politiques dégagées de contributions de toutes les composantes au Document Mbeki II.
- Toujours à Sun City, nous avons vu des prêtres de l'Eglise Catholique et les pasteurs siéger sur le banc du Camp Kanambe pendant que les délégués de ce Camp bloquaient systématiquement tout débat et toute négociation sur le nouvel ordre politique, les institutions, les dirigeants, l'armée… Les pasteurs NGOY MULUNDA et NGOY et l'abbé MUGARUKA, avec leurs grosses croix distinctives bien en vue, ont été un réel scandale à Sun City. Nous leur avons fait remarquer leur contre-témoignage pour qu'ils se resaisissent, en vain. Ils étaient même parmi les plus arrogants et les plus obstinés à défendre le pouvoir militaire et dictatorial du rwandais Joseph Kanambe. Et jusqu'au dernier jour, ils sont restés sur le banc du Camp Kanambe et ils font partie de ceux qui ont fait échouer le DIC à Sun City. Ont-ils fait le travail de Satan ou de Dieu en bloquant la solution définitive de la crise? Pourquoi n'avez-vous pas agi différement pour continuer à mériter un maximum de respect et de confiance de notre part? Vos agissements n'ont pas été ceux des témoins de la liberté, de la vérité, de la lumière, de la justice et de l'espérance. Quel message pouvez-vous encore adresser aux membres de l'UDPS qui sont des chrétiens, aux autres forces patriotiques et démocratiques et à la population? Pourquoi ne gardez vous pas votre neutralité?
- Le Camp Kanambe veut se maintenir au pouvoir, non pas en résolvant pacifiquement le problème de légitimité de pouvoir qui se pose au Congo depuis 1960 à ce jour, et le problème subséquent de sécurité de la population congolaise au prise avec différentes armées étrangères. Il veut s'y maintenir plutôt par la culture de la haine, de la violence et de la vengeance qu'il diffuse, à travers les mass médias publics de l'Etat toujours privatisés, dans les coeurs des congolais pour perpétuer des conflits interethniques, d'une part au sein de la population congolaise, et d'autre part entre les congolais et les pays voisins. A plusieurs reprises, LD Kabila et Joseph Kanambe ont rencontré Paul Kagame, non pas pour résoudre le problème, mais pour lui proposer des combines et des arrangements obscurs contre notre population et contre notre pays. La population n'a jamais été prévenue de ces rencontres et n'a jamais eu des comptes rendus de ces entretiens. Et depuis 1996 à ce jour, malgré ces entretiens, des forces négatives et les troupes étrangères y compris rwandaises sont toujours au Congo. La chanson officielle du Camp Kanambe est toujours la même: les troupes rwandaises doivent quitter le Congo. Et le Rwanda répond: nous sommes au Congo pour notre sécurité. Et le statu quo est gardé, au profit des deux protagonistes et au grand damn de la population congolaise. Et nous savons tous que la campagne de haine, de violence et de vengeance avait amené au génocide du Rwanda de 1994. L'UDPS s'est quant à elle toujours lancée dans une campagne contre la haine, la violence et la vengeance et diffuse plutôt la culture de l'amour, de la solidarité, de la tolérance, de la solution pacifique et radicale des problèmes de fond et non des solutions palliatives et symptômatiques, de la coexistence pacifique et enrichissante entre les différents peuples, continents, cultures, ethnies et tribus. Pourquoi l'Eglse Catholique n'a-t-elle jamais condamné cette campagne de la haine, de la violence et de la vengeance menée par le Camp LD Kabila hier et par Joseph Kanambe aujourd'hui?
- Les plus naïfs ont cru que le Camp LD Kabila et Joseph Kanambe veut résoudre le problème des forces négatives et des troupes étrangères présentes au Congo. Convaincue que le Camp LD Kabila et Joseph Kanambe trompaient la population, l'UDPS a demandé à M. Etienne Tshisekedi de s'occuper de ce problème qui empoisonne, d'une part la vie des congolais de l'Est entre eux, et d'autre part les relations entre le Congo et le Rwanda. M. Etienne Tshisekedi est allé parler avec les populations de l'Est et avec Paul Kagame pour résoudre le problème, et le résoudre en toute transparence et de façon définitive. M. Etienne Tshisekedi est le seul leader congolais qui ait prouvé, à travers son combat non-violent de plus de 20 ans pour l'instauration d'un Etat de droit souverain et démocratique au Congo, son indépendance d'esprit, sa forte personnalité et son amour pour son pays et pour son peuple. Au vu de sa grande expérience et son nationalisme éprouvé, il est même le leader politique congolais le plus indiqué pour parler avec Paul Kagame. Curieusement, certains prêtres de l'Eglise Catholique, qui n'ont jamais réagi contre la culture de la haine, de la violenve et de la venganece diffusée par le Camp Kabila et Kanambe, appellent à la haine et au meurtre contre M. Etienne Tshisekedi. L'Eglise Catholique Officielle est restée muette envers ces appels. Et dans votre Déclaration du 7 juillet dernier, l'UDPS s'attendait à ce que vous condamniez avec énergie et fermeté ces appels et que les prêtres coupables soient sanctionnés. Rien de tout cela!
- Vous falsifiez l'histoire quand vous affirmez que la Transition démocratique dure au Congo depuis 12 ans (1990-2002). La Transition démocratique est la période qui se situe entre la fin de la dictature et les élections démocratiques. Elle est gérée par un cadre juridique, constitutionnel, institutionnel et politique consensuel. Ce cadre se reflète dans les institutions de la Transition qui sont la Présidence de la République, le Gouvernement, le Parlement et les Cours et Tribunaux:
- En 1960, les institutions démocratiques issues de la Loi Fondamentale de la Table Ronde de Bruxelles (20 janvier-20 février 1960) et les dirigeants démocratiquement élus aux élections de mai 1960 n'ont fonctionné que pendant trois mois, du 30 juin 1960 au 14 septembre 1960, date du 1er coup d'Etat militaire par le groupe de Binza avec Mobutu comme chef de file.
- En 1961, le Gouvernement d'Union Nationale mis en place par le Parlement le 2 août 1961 au Conclave de Lovanium pour résoudre la crise créée en 1960 n'a fonctionné comme tel que pendant quelques trois mois. Il a ensuite été soumis aux remaniements intempestifs, sans l'aval du Parlement. Ces remaniements, exigés avec les armes par le groupe de Binza et leurs parrains étrangers, visaient le remplacement des patriotes par des agents néocolonaux. C'est quand ce gouvernement était devenu un gouvernement néocolonial dévoué à leur cause que le groupe de Binza et les parrains étrangers le laissèrent en paix et procédèrent à la réintégration du Katanga dans l'ensemble du Congo: le danger des patriotes dans le gouvernement de Léopoldville n'existait plus.
- En 1992, le Gouvernement Légal de Transition n'a fonctionné que pendant trois mois, du 15 août 1992 au 1er décembre 1992, date du nième coup d'Etat militaire de Mobutu contre les institutions démocratiques issues de la CNS. De cette date jusqu'au 17 mai 1997, c'est la dictature qui était revenue par le canal des gouvernements des Secrétaires généraux, de Birindwa, de Kengo et de Likulia.
- Du 17 mai 1997 à ce jour, le pays est géré par un pouvoir militaire et dictatorial successivement de LD Kabila, du 17 mai 1997 au 16 janvier 2001, et de l'un de ses descendants politiques, le rwandais Joseph Kanambe du 26 janvier 2001 à ce jour.
- Enfin, nous dénonçons votre hypocrisie. Vous connaissez bien la cause profonde de la crise, qui est l'absence d'Etat et de démocratie depuis 1960 à ce jour. La solution à la crise est aussi connue: c'est l'instauration d'un Etat de droit souverain et démocratique. Et vous connaissez bien la cause actuelle du blocage: le Camp Joseph Kanambe. Au lieu d'adresser à ce Camp un message clair et ferme, d'exercer des pressions sur lui et même de soulever les chrétiens contre lui, vous vous donnez une bonne conscience en rédigeant, au plus fort de la crise, des messages généraux qui ne s'adressent à personne spécifiquement. Vous ne nommez pas les coupables par leurs noms et Composante; vous ne les interpelez pas au plus profond de leur conscience et vous n'invitez pas la population à une action précise si ces coupables ne s'exécutent pas dans le délai que aurez fixé. Vous avez une puissance énorme qui peut, avec nous, provoquer aujourd'hui même les changements souhaités au Congo.
Excellences,
Vous comprendrez aisément, à la lumière de quelques observations ci-haut mentionnées, notre grande déception. L'UDPS a une très haute idée de la noble mission de l'Eglise Catholique au Congo et compte sur vous dans le combat de la libération totale de notre pays et de notre peuple. C'est pourquoi nous avons consacré ce jour une partie de notre précieux temps et énergie pour rédiger cette lettre et vous l'adresser. Il n'est jamais tard de faire du bien. Nous lançons envers vous un appel ardent pour qu'ensemble, nous remplissions l'aspiration profonde et légitime de notre peuple de vivre en paix, libre et heureux dans un Etat de droit souverain et démocratique et que nous insérions notre pays dans le concert des nations libres, civilisées, démocratiques et prospères.
Vous comme nous, c'est par les actes concrets d'amour pour notre Patrie et pour notre Peuple que nous serons jugés par Dieu.
Fait à Bruxelles, le 14 juillet 2002.
Pour le Bureau de Représentation de l'UDPS/BELUX
Dr François Tshipamba Mpuila
Représentant
Contact:
- Représentant: 8 Pachthof, 3010 Leuven, Tél. 016/25.97.81, GSM 0475/33.89.34, E-mail
tshidibi.tshipamba@chello.be
Représentant-Adjoint: Ir Victor Nzuzi Kabamba, 26/29 rue de Vlogart, 1060 Bruxelles, GSM 0498/80.36.20
Directeur du Cabinet: Dr Ir Grégoire Mbuyi Kamba, 48/301 Verte Voie, 1348 Louvain-La-Neuve, Tél. 010/45.22.12, E-mail: repre.udps.belux@posphost.eunet.be
Conseiller: Ir Raphaël Kashala Mutambayi, 59 tiensestraat, 3020 Aarschoot, GSM 0477/233.968
Conseiller: Dr Pharm. Félicien Shambuyi Ngombo Mukendi, 24/47, Champ des Hirondelles, 1970 Wezembeek-Oppem, Tél. 02/731.16.72
www.udps.org
[Page principale]
[Home page]
|