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Elections : pressions tous azimuts
(Le Potentiel 14/11/2005)


La délégation du Conseil de sécurité a séjourné du 5 au 10 novembre 2005 dans la région de l’ Afrique des Grands Lacs. Une tournée diplomatique qui n’ a qu’un seul but : mettre fin à la transition en République démocratique du Congo, avec à la clé l’ organisation des élections.

Aussitôt partie, cette mission des Nations Unies a laissé la place à une haute personnalité belge. Il s’agit de Armand De Decker, ministre belge à la Coopération internationale. Le but de son voyage est de « rappeler à ses interlocuteurs congolais le respect de leurs engagements pour que les élections se déroulent dans les délais prévus ». Entre les deux visites, Kinshasa a accueilli un groupe de « religieux », des « serviteurs de Dieu » venus de tous les quatre coins du monde pour prier afin que la « paix revienne au Congo et que les élections se déroulent dans de bonnes conditions ». Un ballet diplomatico-religieux. Qui confère à ce processus de la transition un caractère tout à fait spécial.

Le processus électoral est entré dans une étape cruciale. Pour preuve, ces visites en cascade en République démocratique du Congo. La plus importante est celle de la mission du Conseil de sécurité. Elle a mis à profit son séjour en Rdc pour interpeller la classe politique congolaise et insister sur le fait qu’ il n’y a « plus d’autre alternatives que l’ organisation des élections avant le 30 juin 2006 ». Jean-Marc de La Sablière est revenu plusieurs fois sur cette phrase qui résonne désormais comme une sommation. Raison pour laquelle cette même délégation s’est rendue à Kigali et à Kampala en rappelant à Kagame et Museveni que l’« organisation des élections en Rdc ouvrait une opportunité au retour de la paix dans la région. » Dans ces entrefaites, Armand De Decker, ministre belge de la Coopération est arrivé à Kinshasa. L’ objet de sa visite est d’inviter les autorités congolaises « à respecter leurs engagements pour que les élections se déroulent dans les délais conclus ». Mieux, il a souligné que pendant son séjour, il a discuté avec les autorités congolaises des voies et moyens susceptibles de résoudre les problèmes qui se posent dans l’organisation des élections. En d’autres termes, la Belgique est prête à fournir d’autres efforts pour réunir les conditions optimales à l’organisation des élections crédibles. Mais bien avant que le ministre belge signe des « accords de coopération » avec le ministre des Affaires étrangères et à la Coopération internationale, Ramazani Baya, l’Union européenne a débloqué une enveloppe de 60 millions d’euros à titre d’appui au programme du processus électoral.

Et voilà qu’un groupe de religieux, serviteurs de Dieu, vient d’entrer dans la danse à travers leurs prières. But : paix et organisation des élections. Jamais la République démocratique du Congo n’ a étét autant visitée. Des pressions de toutes parts.

ENTRE LE SCHEMA AFGHAN ET LIBERIEN

Il n’y a plus de doute : les partenaires extérieurs tiennent à l’organisation des élections. Ils ont mis de gros moyens. Depuis une année, ils ne font plus mystère de leurs intentions. D’ailleurs, le Conseil de sécurité n’ a pas mâché ses mots en exprimant tout son soutien à la Commission électorale indépendante.

Il est vrai que la question fondamentale est celle de savoir quel genre d’élections tient-on à organiser en République démocratique du Congo ? Bonnes ou mauvaises ? En fait, à ces interrogations, les réponses rassurantes tardent à venir. Comme si ceux qui exercent cette pression tous azimuts sont accrochés à l’envie « d’une certaine aventure ». C’est-à-dire, organiser d’abord les élections, et le reste on verra bien. Après tout, ce ne sera pas la première fois que la Communauté internationale tentera cette « aventure électorale ». Dans des situations tout aussi exceptionnelles cette communauté internationale a organisé des élections au Mozambique et en Namibie. Il n’y a pas eu beaucoup de dégâts et les choses sont demeurées sous contrôle..

Cette même Communauté internationale a réédité l’exploit en Afghanistan et au Liberia. La situation continue à être maîtrisée. Mais pour ce dernier pays, le Liberia, empressons-nous de relever que le suspense demeure. Nul ne sait prédire ce qui pourrait arriver à partir de mercredi si les « partisans » de George Weah n’obéissaient plus à leur leader. La reprise des combats est possible. Certes, jusque-là, le processus électoral au Liberia n’a pas été entaché d’irrégularités. Que maintenant il y ait cette plainte de George Weah dénonçant la fraude, c’est comme si l’on avait vite crié à la victoire. D’où, toute la crainte avec les impondérables électorales.

Quel est donc le schéma qui sera appliqué à la République démocratique du Congo ? Faut-il s’inspirer également de ce qui s’est passé en Irak ? Autant d’interrogations pertinentes.

LES CONGOLAIS AU PIED DU MUR

Avec ces pressions tous azimuts, il faut reconnaître que les Congolais sont placés au pied du mur. Ils n’ont plus d’autres choix que d’aller aux élections dans les délais connus.

Or, cette période pré-électorale est déjà émaillée des exigences et des contestations. Serait-ce un avant-goût comme si, subitement, tout le monde est en train de donner raison à l’ Udps, avec cette tendance d’exiger le report des élections, en remettant en cause le processus électoral tel que mené jusqu’ici par la Commission électorale indépendante. Tout part de cette opération d’identification et d’enrôlement contestée de plus en plus, ces derniers jours, par des individus, des autorités régionales, associations culturelles et mouvements politiques informels. La possibilité qu ‘un « certain électoral » soit exclu des élections suscite cette agitation, car certains candidats, avec ce système des « listes bloquées » risquent de ne pas être élus. On suggère déjà la création des « bureaux spéciaux d’enrôlement ».

Mais il y a d’autres points importants : le processus d’intégration de l’Armée et de la Police, la loi sur l’amnistie. Ces deux points qualifiés de capitaux suscitent beaucoup d’inquiétudes et peuvent tout remettre en cause. Le danger se situe à ce niveau. Comment alors organiser les élections si aujourd’hui aucune solution rassurante n’est trouvée ?

Jusqu’à preuve du contraire, tout confirme que le « risque » est déjà pris. On ne peut plus reculer et les pressions observées en disent long. Pour preuve, à la question à Jean-Marc de La Sablière, chef de la dernière délégation du Conseil de sécurité en Rdc de « reporter les élections comme c’est le cas en Côte d’Ivoire », le diplomate français a tout simplement répondu en ces termes : « pas question de décevoir le peuple congolais qui tient à l’ organisation des élections ».

C’est tout dire. Si le schéma afghan ou libérien échouait, ceux qui prennent le risque que les élections soient organisées « dans les délais » ont sûrement imaginé un autre scénario. Les parties congolaises sont-elles conscientes de l’enjeu de cette « partie politique » ? La question reste posée.


Par Le Potentiel

 

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