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ET LE PROGRÈS SOCIAL

 

 


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ELECTIONS AU Libéria : Le cuisant échec des candidats hommes technocrates et intellos et le triomphe de deux candidats atypiques  

Chères toutes et tous,

Je suis allée à Bangkok (Thaïlande) pour participer au colloque de l’Association pour les Droits de la Femme et le Développement (AWID).  Nous nous réunissons une fois tous les trois ans. Cette fois-ci, c’était Bangkok.  Nous étions 1800 femmes dont 300 africaines ; 4 RDCongolaises.  Nous avons fait l’état des lieux du Monde, tel que nous le voyons.  Nous avons abordé des thèmes nouveaux mais aussi des thèmes récurrents comme le SIDA , les calamités naturelles.  Nous avons analysé les incidences bénéfiques et perverses de ces enjeux sur les femmes.  Nous avons analysé les changements (progrès, régressions) des conditions des femmes dans le monde.  Il y avait plusieurs ateliers de travail dont un réservé à la RDCongo.  Malheureusement les Congolaises qui devaient venir du Kivu pour exposer sur les violences dans cette partie du pays, ont obtenu les visas en retard.  L’atelier a failli être supprimé. Mes sœurs et moi présentes au Forum, avons décidé d’animer l’atelier.

J'ai fait la connaissance des compatriotes là-bas ; ils sont 37.  Malheureusement 4 sont en prison (2 femmes et 2 hommes), victimes de l’Immigration Clandestine (mon article : Immigration Clandestine : Hypocrisie Européenne et Responsabilité Africaine a été publié par le journal Suisse : SOLIDARITES pour une alliance socialiste ; N0 76 du 8 Novembre 2005).  

Avec quelques amies Thais, on a pensé à Rosa Parks.  Cette héroïne, qui le 1 Décembre 1955 refusa de céder sa place à un blanc.  Dans ce Montgomery (Sud des Etats-Unis) ou la ségrégation est institutionnalisée, ce geste fut ressenti comme un affront, sinon un défi à la suprématie blanche. Rosa Parks et son mari payeront très cher.  Le couple fut mis au chômage et les menaces de mort les contraignirent de quitter la ville. Mais le geste de Rosa Parks donnera naissance au mouvement des Droits Civiques dont le jeune pasteur noir, le révérend Martin Luther King (il avait alors 26 ans), sera le fer de lance.  Ma copine Thai me dit : ‘Tu sais, en restant assise, Rosa Parks a permis à tous les opprimés de la terre de ne jamais céder et de se lever pour la quête d’un monde meilleur’. 

Toutefois, j’ai aussi pensé à l’Afrique, particulièrement le Libéria. Le Libéria fut créé en 1821 par une société américaine de colonisation pour y installer des noirs américains affranchis de l’esclavage.  Ces noirs américains obtiendront l’indépendance du Libéria en 1847, faisant de ce pays la première République Noire Indépendante de l’Afrique et la deuxième République Noire du Monde après Haïti (1804).   Les élections viennent de se dérouler dans ce pays.  Toute une série de leçons à apprendre. 

D’abord la déroute des candidats hommes, technocrates et intellectuels, tous éliminés comme des malpropres dès le premier tour.  Les candidats technocrates et intellos n’ont pas su comment mobiliser et donner espoir a ces jeunes en perte des repères.  Ils se sont trompés d’électorat et de lectorat.  Leur campagneà l’américaine et surtout leurs discours étaient  principalement destinésà la consommation extérieure : convaincre les potentiels bailleurs de fond, les institutions multilatérales et les pays occidentaux, Etats-Unis en tête, qu’ils étaient sérieux, qu’ils avaient la maîtrise absolue des dossiers, qu’ils chasseraient la mal gouvernance et la corruption, rétabliraient l’orthodoxie financière, élimineraient l’extrême pauvreté, en relançant l’économie, qui à son tour créerait des emplois.  Le tout accompagné par un langage technocratique et caustique qui plaisait certes aux décideurs extérieurs, aux étudiants et aux nantis Libériens des beaux quartiers, mais totalement inaudible au petit peuple des villes et des zones rurales.  Une campagne électorale étonnement ubuesque, surmédiatisée, mais à grande défaillance didactique et à très faible lisibilité thématique.  Les femmes de la société civile du Libéria ont fait un travail de sensibilisation et conscientisation, qui a grandement contribué aux taux de participation élevés.  Voyage au cœur de la débâcle des candidats hommes technocrates et intellos et le triomphe de deux candidats atypiques.

 

Elections au Libéria : le cuisant échec des candidats hommes technocrates et intellos et le triomphe de deux candidats atypiques.   

Avant même que le premier et le deuxième tour de l’élection présidentielle, eurent lieu, le Libéria était déjà entré trois fois dans l’Histoire. 

D’abord, parce que le pays a tenu ses premières élections libres, transparentes, démocratiques et équitables.  Apres 14 ans de guerre civile (1989-2003, plus de

300.000 morts et des centaines de milliers des Libériens poussés à l’exil), il a suffi au Libéria deux ans de transition pour retrouver la paix, recouvrir l’intégrité territoriale et organiser les  premières élections libres et pluralistes.  Malgré les 421 observateurs internationaux et 3533 nationaux, les Etats-Unis ont tenu à envoyer leurs propres observateurs dans ce pays qu’ils considèrent un peu comme leur ancienne colonie. Car, ne l’oublions pas,  le Libéria fut créer en 1821 par une société américaine de colonisation pour y installer des noirs américains affranchis de l’esclavage.  Ces noirs américains obtiendront l’indépendance du Libéria en 1847, faisant de ce pays la première République Noire Indépendante de l’Afrique et la deuxième République Noire du Monde après Haïti (1804).

 Selon le rapport préliminaire du Département d’Etat américain diffusé le 13 octobre 2005, juste deux jours après le premier tour des élections : ‘Les membres, qui avaient à leur tête la secrétaire d'État adjointe aux affaires africaines, Mme Jendayi Frazer, ont observé la vérification des cartes d'électeur, le placement des bulletins dans l'urne de vote et leur dénombrement tout au long de la journée dans de nombreux bureaux de vote répartis dans plusieurs régions. En outre, des observateurs agréés par l'ambassade des États-Unis à Monrovia ont observé toutes les activités relatives au scrutin. Au cours de ces élections, quelque 1,3 million d'électeurs inscrits sur les listes électorales ont dû choisir parmi une vingtaine de candidats un candidat à la présidence et faire une sélection parmi les 700 candidats à un siège dans les deux chambres du Parlement libérien‘.  Le pays le plus puissant du monde félicite le Libéria pour l’organisation sans faille des élections et apporte sa caution morale. 

L’Union Européenne, n’est pas en reste, félicite à son tour les Libériens, tout comme l’Union Africaine.  Les élections –du premier comme du deuxième tour- se sont poursuivies dans le calme.  Pas des liesses de détresse, pas d’incidents gravissimes, pas du sang surtout. Seule ombre au tableau : la proclamation des résultats préliminaires du deuxième tour, le 11 Novembre 2005, a provoqué la colère des nombreux partisans de Georges Weah, qui sont descendus dans les rues,à Monrovia comme dans toutes les autres villes du pays pour contester et protester (voir ci-bas).

Ensuite, le pays a créé un événement de taille : une femme est en passe de devenir président de la République.  Une double première : pour la première fois au Libéria, une femme est en passe d’accéder à la magistrature suprême et occuper l’ Executive Mansion, le palais présidentiel de Monrovia, en Janvier 2006  (date de la fin de la période de transition en cours), mettant ainsi fin à 160 années de domination masculine.  Le Libéria donnerait aussi à l’Afrique sa première dame de Président, un continent exclusivement présidé par les hommes, un continent, qui pourtant a eu des reines dans le passé -mais qui après- s’est laissé miner par un machisme médiéval et phallocratie rétrograde.     

Enfin, étrangement, le Libéria décidément imprévisible,  s’offrirait -a défaut d’une dame- un footballeur comme Président de la République (le 23ieme depuis la naissance de la République), encore et toujours, une toute première dans notre continent. 

Comme si cela ne suffisait pas, le choix est aussi singulier, entre deux générations (d’une génération à l’autre, il y a 24 ans de différence), et entre deux genres. La ‘ Senior Lady ’ Sirleaf ; 66 ans (la plus âgée des candidats à la présidence) et le ‘ballon d’or ‘  Weah ; 39 ans (le plus jeune des prétendants à la magistrature suprême).

Les Libériens ont étonnés tout le monde lors de la campagne électorale.  Au gré des sondages, deux candidats sur les 22 qui concouraient pour l’élection présidentielle, émergeaient du lot : George Weah et Ellen Johnson-Sirleaf.  Deux candidats atypiques parce que le premier est footballeur, fusse-t-il, de renommée internationale et le second est une femme, fusse-t-elle, diplômée de la prestigieuse université de Harvard, brillante économiste de renommée mondiale (ancienne haut fonctionnaire a la Banque Mondiale et PNUD, ancienne Ministre des finances). 

Pourquoi Johnson-Sirleaf, estampillée affectueusement la ‘dame de fer’ a devancé, lors du premier tour des élections (11 Octobre 2005), tous les candidats hommes aux cursus universitaires impressionnants, aux Curriculum vitae flatteurs et aux carnets d’adresses volumineux ? Elle qui n’avait pas fait le poids face à Charles Taylor ; 9.7% seulement des voix, lors de l’élection présidentielle de 1997.   

Car, hormis George Weah et quelques anciens chefs de guerre, beaucoup des candidats hommes pour accéder à la magistrature suprême ont tous des beaux diplômes universitaires ou sorti des grandes écoles, des brillantes carrières dans des domaines pointus, maîtrisent a la perfection la langue de Shakespeare (l’anglais).  Ils ont tous la double culture : africaine et occidentale.  Quelques exemples :  Charles Brumskine est avocat de formation (ancien ministre du Travail et président du Sénat en 1997), Roland Massaquoi, agronome de formation (protégé de Charles Taylor, successivement ancien ministre de l’Agriculture, ministre du Plan et de l’Economie), Varney Sherman, diplômé de Harvard, avocat, a exercé des hautes fonctions dans des entreprises multinationales et la haute finance internationale, Winston Tubman (neveu de l’ancien président William Tubman) est le plus titré des candidats, diplômé de deux prestigieuses universités :  Harvard (Boston, Etats-Unis) et London School of Economics (Londres, Angleterre), excellent produit de l’enseignement Anglo-saxon triomphant et bon teint. 

Pourtant ces candidats technocrates et intellectuels n’ont fait que de la figuration, ils n’ont pas su convaincre les 1,3 millions d’électeurs Libériens. Ils ont été sanctionnés lourdement. Lors de la proclamation des résultats du premier tour, le couperet est tombé : Georges Weah arrive en tête avec 28.3% des voix, suivi de la ‘dame de fer’ Sirleaf avec 19.8% et un peu loin Charles Brumskine (14%), talonné par Winston Tubman (9%).  Les autres candidats hommes, bardés des diplômes et expériences, a l’élocution Shakespearienne, battent de l’aile et piquent du nez : aucun n’a dépassé la barre de 7%. Piètre résultat après une formidable débauche d’énergie, de  temps et d’argent.  

Les femmes Libériennes de la société civile ont orchestré une stratégie de sensibilisation et conscientisation tout azimuts.  Elles ont fait comprendre aux femmes et aux jeunes filles en age de voter, que ce devoir civique leur conféraient un pouvoir : sanctionner les responsables de la décrépitude et de la destruction du pays et élire les femmes et les hommes a même de reconstruire le Libéria en répondant concrètement a leurs aspirations.  Leur discours était simple mais très persuasif et convaincant.  Nous autres femmes avons souffert et soufrent encore, proportionnellement plus que les hommes, des affres de la guerre civile et de la destruction de ce pays.  Nous avons souffert du viol, de l’humiliation horrible puisque nous étions forcées de nous accoupler avec nos fils, nos maris  à faire de même avec nos propres filles.  Nous sommes devenues des veuves, souvent d’une manière atroce ; nos époux ont été décapités et assassinés, souvent devant nous.  Comme mères,  nos enfants nous ont été arrachés et envoyés à la mort.  Qui parmi nous ne compte pas, dans sa famille proche ou lointaine,  soit une veuve, soit une fille violée, soit un enfant amputé ? Nous ne demandons pas la vengeance, nous voulons du ‘plus jamais ça’, que cela ne se répète plus.  Elles soulignent aussi que pendant la guerre civile, les différents chefs de guerre –sans exception- dopaient le moral de leurs troupes par des chants, qui décrivaient leurs adversaires comme……des femmes (c’est-à-dire des adversaires faciles a vaincre parce qu’ils se battent comme des femmes). 

Les jours de l’enrôlement pour les élections,  les Libériennes de la société civile, ont investie les quartiers populaires, les quartiers huppés, les villes et les zones rurales, pour pousser les femmes et les jeunes filles de s’enrôler. 

Mais les Libériennes de la société civile, savent que s’enrôler ne veut pas dire voter.  Il ne fallait pas baisser la garde.  Il fallait motiver les hésitantes.  Le jour de l’élection du premier tour ; 11 Octobre 2005, les Libériennes de la société civile des villes tout comme celles des campagnes sillonnent les quartiers  et les marchés.  Elles avaient beaucoup d’astuces.  Par exemple, aux vendeuses du marché qui hésitaient d’abandonner leurs étals et marchandises, elles répondaient : ‘ nous avons amenés des jeunes filles et garçons qui n’ont pas encore l’age de voter, ils  prendront soin de tout, pendant votre absence.  Faites leur confiance, allez voter, accomplissez votre devoir ‘.  D’autres femmes accompagnèrent des jeunes filles jusqu’aux bureaux de vote.  Elles ne donnèrent pas de consigne de vote, elles respectèrent le libre-arbitre de ces nouvelles électrices.  Résultat : les femmes et les jeunes filles ont été plus nombreuses à s’enregistrer et à voter, et pour la première fois, elles ont dépassés les hommes. Lors du premier tour, le taux de participation au niveau national a été élevé : 75%.  Les électeurs Libériens avaient envahis les 3070 bureaux de vote disséminés dans le pays.  Beaucoup de ces électeurs étaient devant les bureaux de vote des 2 heures du matin.  La forte affluence des femmes et jeunes filles, profitera avant tout à Ellen Johnson-Sirleaf, la seule dame candidate parmi les 21 autres prétendants.

Ce taux élevé de participation qui devrait faire l’affaire des candidats technocrates et intellos, a contré toute attente causer  leur déconfiture.  Plusieurs facteurs expliquent l’humiliante débâcle de ces érudits.  Démographiquement et sociologiquement d’abord.  Sur les 1,3 millions des Libériens inscrits sur les listes d’électeurs, près de la moitié ont moins de 32 ans.  Or la grande majorité de ces jeunes vit dans des bidonvilles et ghettos.  Ces jeunes filles et jeunes hommes ont payé un tribut très lourd lors de la guerre civile : embrigadement forcé dans des milices, tortures pour les récalcitrants, mutilations, viols et beaucoup sont morts.  Les attentes de ces jeunes étaient très grandes.  

Une fois la guerre civile finie, un gouvernement de transition présidé par l’homme d’affaires Gyude Bryant vit le jour en octobre 2003, après le départ de Charles Taylor au Nigeria en août 2003.  Si ce gouvernement a réussit son immense pari d’organiser les élections, il n’a pas pu -malheureusement- répondre aux attentes des jeunes.  La fin de la guerre qui avait susciter tant d’espoirs pour une vie meilleure, se révèle n’être qu’un miroir aux alouettes.  Ce gouvernement fut aussi fragilisé par des scandales  financiers a répétitions : détournements des deniers publics, que la presse relatait avec beaucoup de gourmandise.  En si peu de temps des fortunes se sont édifiées sur fond de la clochardisation généralisée du petit peuple.  Faible ou plutôt absence du pouvoir d’achat du peuple d’en bas, cohabite avec un chômage élevé dépassant 80% de la population active.

La ‘dame de fer’ Sirleaf dénonça la gabegie,  l’incurie, la cupidité, l’incompétence et l’enrichissement grandissante des animateurs du gouvernement de transition.  Ce courage explique peut être, la présence de Sirleaf et sa victoire probable au deuxième tour.  Car la ‘dame de fer’ n’était pas à son premier combat.  En 30 ans de présence dans l’arène politique de son pays -a dominance male- elle a connu des hauts et des bas.  Elle fut aux  affaires sous les présidences William Tubman (1943-1971) et William Tolbert (1971-1980).  Mais les inégalités des revenus nourrissent des fortes tensions entre les Americano-liberiens (minoritaires) et les autochtones.  Le sergent Samuel Doe mettra a profit cette tension pour disculper son coup d’Etat sanglant en 1980.  Il fera fusiller 13 anciens ministres, images terribles qui furent le tour du monde.  Sirleaf, americano-liberienne, échappera au carnage et s’exila.  Mais la ‘dame de fer’ reviendra dans son pays pour dénoncer les dérives totalitaires et fascisantes du régime Samuel Doe (1980-1989).  Sans ménagement, Samuel Doe la jettera deux fois en prison ; dont le deuxième séjour en prison sera d’un an.       

Si la démobilisation des anciens combattants –estimés a 100.000- et la destruction des armes (30.000 arsenaux et 6 millions des munitions) fut un succès, l’insertion sociale des ces jeunes anciens soldats a la vie civile fut un fiasco.  Pas de structures d’encadrement, pas de formation artisanale et professionnelle, pas de soutien financier aussi. Résultat, beaucoup des jeunes se trouvèrent sans perspective d’avenir, certains d’entre eux iront grossir les rangs des candidats à l’immigration clandestine (voir mon posting sur ce sujet).  Quelques uns regretteront Charles Taylor et la …guerre civile.  Sans sourciller, quelques jeunes nostalgiques de la guerre civile confessent sur RFI : ‘on regrette, car pendant la guerre, on mangeait et on travaillait, maintenant on a rien, on ne fait rien.  Si quelqu’un nous propose de refaire la guerre et s’occupe de nous, on le suivra’.  Ces propos qui font froid dans le dos traduisent la frustration des ces jeunes, que quelques malins peuvent utiliser pour mettre a mal le processus de réconciliation et replonger le pays dans la guerre civile.  

Les candidats technocrates et intellos n’ont pas su comment mobiliser et donner espoir a ces jeunes en perte des repères.  Ils se sont trompés d’électorat et de lectorat.  Leur campagne a l’américaine et surtout leurs discours étaient  principalement destinés a la consommation extérieure : convaincre les potentiels bailleurs de fond, les institutions multilatérales et les pays occidentaux, Etats-Unis en tête, qu’ils étaient sérieux, qu’ils avaient la maîtrise absolue des dossiers, qu’ils chasseraient la mal gouvernance et la corruption, rétabliraient l’orthodoxie financière, élimineraient l’extrême pauvreté, en relançant l’économie, qui a son tour créerait des emplois.  Le tout accompagné par un langage technocratique et caustique qui plaisait certes aux décideurs extérieurs, aux étudiants et aux nantis Libériens des beaux quartiers, mais totalement inaudible au petit peuple des villes et des zones rurales.  Une campagne électorale étonnement ubuesque, surmédiatisée, mais a grande défaillance didactique et a très faible lisibilité thématique.

Prisonnier de leur technocratisme hautain et intellectualisme nombriliste, aveuglé par une attitude condescendante, ‘prima donna’ et cassante, les candidats intellos  commirent une autre erreur monumentale.  Ils versèrent dans une campagne de dénigrement contre George Weah.  Ils s’attaquèrent à son manque d’expérience politique, de formation scolaire et à son anglais approximatif (entendez par la, non Shakespearien).  Cette frénésie de dénigrement, qui traduisait avant tout l’exaspération et le désespoir de ces intellos, heurta de plein fouet les susceptibilités et sensibilités des jeunes des quartiers misérables en ravivant leurs rancoeurs et frustrations.  

Pour ces jeunes, les gouvernements successifs, dans lesquels se sont trouvés des ministres bardés des doctorats (Ph.D) et professeurs d’universités, sont responsables et coupables pour avoir complètement phagocytés, détruits, ruinés le pays et l’ont précipités dans la guerre civile dont beaucoup des Libériens portent encore les stigmates aujourd’hui.  Ces jeunes ont été privés d’une bonne formation scolaire, qui leur aurait permis d’opérer une mobilité sociale dans le pays.  L’école n’a pas été l’ascenseur social comme sous d’autres cieux et n’a pas pu jouer son rôle de régulation sociale, simplement parce qu’elle fut détruite par ces mêmes érudits.

Or le talent de Weah, sa capacité de s’être extirpé des pesanteurs annihilatrices des ghettos, de la misère et surtout de s’être enrichis a coup des millions des dollars américains, fait rêver plus d’un jeune.  Ce rêve que les candidats technocrates et intellos n’ont pas été capables de faire miroiter aux jeunes et autres damnés du Libéria.  Car ‘King Georges’ comme l’appellent affectueusement ses nombreux partisans n’a pas oublié ses origines.  Il mettra sa notoriété internationale au service de la paix de son pays et sa fortune personnelle à la noble lutte contre la pauvreté.  Moyennant certaines fondations, il financera beaucoup d’activités, des œuvres charitables au profit des réfugiés Libériens fuyant la guerre civile et éparpillés dans la sous - région ouest africaine.   Il prendra financièrement a charge toutes les dépenses de l’équipe nationale : frais de séjour a l’étranger, salaire, etc.

Pour les jeunes Libériens,  Georges Weah est plus qu’un icône, plus qu’un égérie, plus qu’un grand frère qui leur sert d’aiguillon, plus qu’un bienfaiteur généreux,  plus qu’une figure emblématique, il est tout simplement un….dieu.  Or s’attaquer a leur dieu, c’est les attaquer directement.  Pour défendre leur dieu, ils préparent les armures, les gourdins.  Ils serrent les dents, roulent les muscles, bombent les torses et donnent de la voix.  Ils sont prêts pour le combat ultime, prêt à s’immoler, prêts pour le sacrifice suprême.  Deux jours avant le premier tour des élections, ils étaient 150.000 a défiler, sillonnant les rues et brandissant des branches des palmiers et pancartes ou on pouvait lire : ‘ Georges Weah est le messie’.   La moyenne d’age de ces jeunes est de 20 ans, beaucoup parmi eux sont étudiants à l’université.   Ils chantaient : ‘notre messie fera des miracles pour nous, Il nous donnera de l’eau, de l’électricité, du travail…’.  

Pendant toute la durée de la campagne électorale du premier tour, ‘King George’ prendra de la hauteur mais distribuera quelques flèches.  Il fera une campagne à l’américaine (bains des foules, grands meetings au stade) et une campagne de proximité (visite dans des quartiers, prendre la température a la racine, discussion avec des responsables des quartiers, débats avec des groupes restreints).  Dans ses meetings, il répétera inlassablement : ‘On n’a pas besoin des doctorats pour construire des écoles, des routes, des hôpitaux.   Eux qui ont des gros diplômes, qu’ont-ils faits, a part voler beaucoup d’argent et détruire ce pays? Mes mains sont propres et ne sont pas souillées par le sang des innocents Libériens, ma conscience est tranquille, car je n’ai jamais volé l’argent du peuple’   Ce message fut ressassé et amplifié par un dispositif audio-visuel puissant : King FM la radio de Weah et sa chaîne de télévision Clar TV.

Quand le 26 Octobre, Frances Johnson-Morris, la présidente de la Commission Electorale Nationale proclame officiellement les résultats du premier tour, confirmant ce que tout le monde savait déjà : George Weah était en tête avec 28.3%, suivit d’Hellen Johnson-Sirleaf avec 19.8% et que tous les autres 20 candidats étaient hors course, quelque chose d’insolite et d’inouï apparut.

Le peuple assista médusé a la danse de ventre a laquelle se livrèrent les candidats technocrates et les intellos autour de Weah (oubliant qu’hier encore, ils le traitaient de semi-lettre et d’andouille).  Les ralliements se multiplièrent.  Les intellos s’offrirent a Weah, armes (belle plumes, boites a idée) et bagages (matière grise, expertise, expériences, carnets d’adresses et réseaux prétendument vastes) en mains. Le colistier de Weah ; Rudolph Johnson (ancien ministre de Samuel Do) futur vice-président en cas de l’élection de ‘King George’, est débordé.  Les téléphones pleuvent, les sollicitations aussi.

L’équipe de campagne de Weah commettra une grosse erreur, oubliant une règle très simple, chère au sport Roi : un match n’est jamais gagné tant qu’il n’est pas finit.  L’équipe de campagne passera beaucoup trop de temps à des tractations et conciliabules.  Cole Bangalu, le président de Congress for Democratic Change (le Congres pour le Changement Démocratique), le parti de Weah se montre très sur de lui : ‘Nous avons engage le dialogue avec d’autres partis pour voir comment conjuguer nos forces.  Nous obtenons une réponse très positive.  Nous pensons très largement remporter le second tour’.   Les instituts de sondage ne prédisent-ils pas un triomphe de ‘King George’ ? Si, ils ont eu tout juste au premier tour, pourquoi se tromperaient-ils au second tour ?

‘King George’ se met dans la peau du président.  Il confiera : ‘ Dans ma première équipe de football ; Invincible Eleven, je portais le numéro 9 et a Milan, je portais le numéro 19 ; or 9+14=23. Je serai le 23ieme président du Libéria’.  Difficile de comprendre si cette méthode  relève de la discipline de Descartes ou de l’auto-suffisance.  Difficile aussi a savoir si la baisse de garde de l’équipe de campagne de ‘King George’ n’a pas contribué a la démobilisation des électeurs, qui se traduira le 8 Novembre 2005 (jour du second tour) par une baisse drastique de taux de participation: 60% contre 75% au premier tour, soit 15 points de moins, dont Weah en fera les frais.

Toujours est-il que ‘King George’ plus présidentiel que jamais proclamera sur TV5 Afrique : ‘ Je n’ai aucun problème avec qui que soit dans ce pays.  Ma rivale dit qu’elle peut travailler avec moi.  Mais c’est très simple, moi aussi je peux travailler avec elle.  Nous sommes d’ailleurs restés en contact durant toute la campagne.  Nous avons tous les deux la volonté de collaborer, quel que soit l’issue du scrutin du 8 Novembre.  Mon message a été très clair et tous mes compatriotes l’ont très bien compris.  Je suis le symbole de la paix et de la réconciliation.  Tous les Libériens voient en moi l’exemple à suivre.  Je suis prêt à travailler avec tout le monde pour le bien-être de tous les Libériens’. 

Pendant ce temps, la ‘Dame de fer’ et son colistier Joseph Nyumah Boakai, 61 ans diplôme de l’université de Kansas et richissime homme d’affaires (futur vice-président en cas de victoire de Sirleaf), ne se laissent guerre intimider par la valse et l’effervescence des ralliements au camp adverse.  Ils ne sont pas non plus découragés par le peu des ralliements, des candidats battus au premier tour aux maigres scores :  Nathaniel Barnes (Parti du Destin du Libéria,1%), Joseph Kortn (Parti de l’égalité des droits au Libéria, 3.3%) et de Jewell Howard Taylor, épouse de Charles Taylor, elue senateur dans le comte de Bong (Centre du Libéria). 

La ‘Dame de fer’ et son équipe peaufinent une stratégie qui leur permettra de rattraper leur retard, qui du reste n’est qu’un peu moins de10 points.  Hellen-Sirleaf met les paquets et les bouchées doubles. Elle privilégie désormais la campagne de proximité.  Elle cible les jeunes, parmi lesquels beaucoup des jeunes filles en age de voter. Elle salue comme les jeunes et leur parle comme une grand-mère parlerait à ses petits enfants.   Elle organise un grand meeting au stade ou beaucoup des jeunes affluent.  A la sortie de ces meetings, beaucoup des jeunes sont conquis.  A l’instar de cet étudiant de 29 ans a l’université du Libéria, Anthony Philips : ‘Les hommes qui ont été présidents n’ont amené que guerre, souffrance et chômage.  Nous devons essayer une femme pour voir ce qu’elle peut faire’.  Beaucoup des jeunes adoptent la ‘Dame de fer’ et l’appellent ‘Our Mother’  (notre mère). Consécration d’une affection plus gratifiante pour elle, que son diplôme de maîtrise (administration publique) de l’université de Harvard.  Plus gratifiante encore que sa licence de l’université du Colorado a Boulder.  Il faut reconnaître que pendant ses meetings, Hellen-Sirleaf a refusé de jouer aveuglement du féminisme.  Dans un stade de football, elle assène avec brio et force : ‘ Les hommes vont travailler avec nous, les hommes vont nous aider a marquer l’histoire’.

Courtoise mais ferme, elle frappera la ou ça fait mal.  La ‘ Dame de fer’ accusera son jeune adversaire d’avoir accepté le plan GMP (Plan d’Action de Gouvernance et de Gérance Economique).  En effet, Horrifiée par la corruption rampante et des détournements des deniers publics, pendant la période de transition (qui en principe s’achèvera en Janvier 2006), la communauté internationale, tapa du poing sur la table et concocta ce fameux plan.  Déjà, juste avant le second tour, quelques ambassadeurs occidentaux donnent de la voix.  ‘Nous n’avons pas de préférence mais n’accepterons pas un gouvernement, même issu des urnes, qui pérennisera la corruption’. 

Ce qui implique la trivialité suivante : quel que soit le vainqueur et le gouvernement issu des élections, la communauté internationale aura son mot à dire.  Apres tout, c’est elle qui a porté a bras le corps le budget du gouvernement de transition et continuera a le faire avec un gouvernement sortit des urnes.  Encore elle qui a financé les élections et financera le coût de la reconstruction.  Pour s’assurer que l’argent des contribuables occidentaux et asiatiques (Chine, Japon) sera utilisé a bon escient et bien géré, le plan GMP prévoit que tous les ministères clés (économie, finances, reconstruction, budget, travaux publics, etc) seront ‘occupés’ par des experts et fonctionnaires internationaux. 

La ‘Dame de fer’ dénonça ce plan en assenant : ‘cette mise de tutelle du pays est inacceptable.  Le Libéria a été dans le passé mis sous tutelle cinq fois, ça n’a rien donné’.  Elle joue a fond sur la fibre patriotique.  Elle promet de ramener au pays les élites intellectuelles, les chefs d’entreprise et autres exilés qui ont quitte le pays pendant les 14 ans de guerre civile pour que, martèle-t-elle : ‘ nos ressources humaines soient a la hauteur de nos ressources naturelles et nous permettent d’introduire des changements structurelles’.  Elle met en exergue sa longue expérience : ‘ Je vais mettre sur pied une équipe compétente et expérimentée qui saura exactement comment prendre a bras le corps les problèmes.  Moi-même, je les ai déjà abordé tout a la fois pour mon pays et pour l’Afrique, quand ‘étais à l’ONU.  Ce ne sont donc pas des domaines inconnus pour moi, je vais m’y atteler à la tache’.

Ce 8 Novembre, jour du second tour, des fuites organisées furent distillées à la presse, au fur et à mesure que le dépouillement avançait.  Hebetes et tétanisés, les candidats technocrates et intellos n’en reviennent pas: La ‘Dame de fer’ était en tête et creusait dangereusement l’écart.  Décidément, ces érudits ont eu tout faux : leur cuisante défaite au premier tour et leur ralliement spectaculaire a ‘King George’. 

Les partisans de Weah, eux aussi, sont désorientés et ne s’expliquent ce maudit résultat –fusse-t-il provisoire- : leur dieu est donné battu, il a obtenu 40.6% contre 59.4% pour Sirleaf . Quand le 11 Novembre, le résultat provisoire fut publié, ce qu’on redoutait arriva : les partisans de Weah envahissent les rues a Monrovia et dans les autres villes du pays.  A Monrovia, ils se dirigent vers l’Ambassade des Etats-Unis et vers le siège la Commission Electorale Nationale.  Interposition des casques bleus de l’ONU.  Affrontements, fort heureusement avec peu des dégâts : quelques blessés, pas des morts. 

Les supporters de ‘King George’ n’en décolèrent pas.  Ils chantent des chansons de guerre, poussaient des cris: ‘No Weah, no Peace’ (pas de Weah, pas de paix).   Quelques uns menacent : ‘Nous n’avons pas rendu toutes les armes, nous les avons englouties dans des caches.  Il suffit de les déterrer’. 

Le spectre de la guerre civile rode et hante les esprits, a commencer par la ‘Dame de fer’ et ‘King George ».  La communauté internationale aussi.  Les appels au calme se multiplient (ONU, Union européenne et Union africaine).  George Weah est le premier à appeler au calme et a l’apaisement : ‘ Les rues de Monrovia ne doivent pas appartenir aux personnes violentes.  Au nom de la paix, ne sortez pas dans la rue, les gens ont peur, ils ne veulent plus de la guerre.  Vous pouvez me croire, je resterai à vos cotés’.  Le CDC de Weah a introduit un recours et demande l’arrêt de dépouillement et l’organisation d’un nouveau scrutin. 

Ce a quoi répondra la présidente du NEC : ‘ Si la Cour suprême nous demande de suspendre le processus, nous serons obligés de le faire.  Nous enquêtons toujours sur la plainte du Congre pour le Changement Démocratique’.

Hellen-Sirleaf refuse de se proclamer vainqueur et appelle aussi au calme.  Sur TV5 Afrique, elle confie : ‘ J’espère que quand tout ceci sera finit, Mr. Weah entendra raison et acceptera les résultats qui selon moi, reflètent le choix du peuple Libérien.  J’espère qu’il acceptera de travailler avec moi et qu’il voudra faire parti du gouvernement’.

En attendant la réponse de la Cour, la ‘Dame de fer’  faisant allusion a sa victoire très probable, confie sur TV5 :  ‘Je pense que c’est une porte ouverte pour toutes les femmes sur le continent.  Je suis vraiment heureuse d’être celle qui a ouvert cette porte et j’espère que beaucoup, beaucoup d’autres vont suivre’.

En tout cas si sa victoire se confirme, La ‘Dame de fer’ aura fort a faire, car le Libéria est complètement détruit.  Les taches qui l’attendent sont immenses et nombreuses : reconstruire les routes, les ponts,  et chaussées, les écoles, les dispensaires et les hôpitaux, rétablir l’eau et l’électricité dans le pays et surtout réussir la réinsertion sociale dans la vie civile des anciens enfants-soldats.  Hellen-Sirleaf, a son dernier meeting avait prédit : ‘ Je suis élue, je rétablirai l’électricité dans 6 mois’.  Elle sait qu’elle sera jugé à cette première promesse dans la limite du calendrier, qu’elle a, elle-même établie.

Patriotiquement votre,

Mme Mulegwa Kinja

Dimanche, le 13 novembre 2005

 


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